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PEINTURE

L’Hermitage présente dès vendredi Asger Jorn

Par Florence Millioud-Henriques. Mis à jour le 20.06.2012

L’institution abritera une rare exposition d’œuvres du Danois de Cobra. Visite en compagnie de Teresa Ostergaard, qui conserve son musée-atelier.

Asger Jorn. Une explosion jouissive de la vie.

Asger Jorn. Une explosion jouissive de la vie.
Image: DR

Pratique

«Asger Jorn» à la Fondation de l’Hermitage, 2, route du Signal à Lausanne, du 22 juin au 21 octobre.

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, le jeudi jusqu’à 21h.

Informations au 021?312?50?13 ou sur le site www.fondation-hermitage.ch

Nombreuses animations

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Viscéralement anarchique, l’exubérance de sa touche peut décourager. Elle pourrait même tenir à distance parce qu’insondable pour un regard furtif. Mais le magnétisme de l’œuvre d’Asger Jorn l’emporte. Qu’il sanctifie la vie dans une explosion jouissive ou qu’il la maudisse dans un magma de noirceur, le Danois électrise, happe dans son cosmos plus habité qu’il n’y paraît. Libre, il crée des formes et les enchevêtre. Des animaux? Des lutins? Des êtres? Peut-être tout à la fois. Libertaire, Jorn incite chacun à devenir le créateur de son propre tableau en s’immergeant dans les siens.

Révélé aux Lausannois par Alice Pauli en 1963 – dix ans avant sa mort, à l’âge de 59?ans –, le théoricien qui déclarait «L’art nordique est dangereux, il ne s’intéresse pas aux symboles clairement déchiffrables» a envahi la Fondation de l’Hermitage. Dense, la rétrospective suit pas à pas l’élève de Fernand Léger qui rêvait d’avoir Kandinsky comme prof. Elle donne la pleine mesure de l’enfant du surréalisme devenu, avec le groupe Cobra, le chantre des énergies spontanées.

Un ailleurs peu défriché

Infatigable créateur de réseaux, Jorn n’a cessé de lancer des mouvements, de fédérer les talents, de valser entre les épopées artistiques. Mais, d’une Mona Lisa aux accents empruntés à Picasso aux Nouvelles défigurations que le peintre impose aux tableaux chinés aux puces, il est resté seul maître de sa saga. Parfois rêveur, parfois mélancolique et souvent ironique.

Comme les succès en librairie signés par les Suédois Stieg Larsson et Camilla Läckberg, comme l’expressionniste norvégien Edvard Munch dont la rétrospective attire les foules partout où elle passe – Paris, Francfort et maintenant Londres –, Jorn vient de cet ailleurs culturel encore peu défriché par le reste de l’Europe. Et lorsque, en 1936, il avale 1239?kilomètres sur une moto échangée contre la seule promesse de devenir célèbre, il n’arrive pas seul à Paris. Etranges créatures, trolls et lutins sont du voyage. Pareil lorsque, dix-huit ans plus tard, il quitte définitivement le Danemark pour la Suisse, la France puis l’Italie.

Une certaine moquerie

Ressuscité après une tuberculose, l’homme fuit en avant, sans rancune, mais ne peut s’empêcher de se retourner avec une certaine ironie. «Une certaine moquerie même», avance Teresa Ostergaard, conservatrice du musée de Silkeborg, au Danemark. Avant de lui léguer son atelier, Jorn l’avait doté de plus de 5000 pièces (Ernst, Picabia, Léger, Dubuffet). «Sans doute que l’idée d’ouvrir une fenêtre culturelle internationale dans ce petit bourg l’amusait, poursuit la conservatrice. Ado, il avait déjà dû convaincre la bibliothécaire de s’abonner à diverses revues d’art pour avoir accès à la culture.»

Bien bâti, un air ténébreux à la Marlon Brando, Asger Jorn n’avait pas que le physique du Nordique. Il a toujours revendiqué une appartenance scandinave, mais, note Teresa Ostergaard, «sans jamais expliquer sa portée ni sa signification».

Avoir osé

Sans doute faut-il lire une influence mythologique dans le traitement anthropomorphique des figures, la déceler dans la liberté de la composition et dans cette obsession de désolidariser la couleur de toute rigidité linéaire. La conservatrice du Musée Jorn y ajoute une certaine mélancolie et pointe un signe particulier: «Si, chez nous, les ego surdimensionnés sont assez mal vus, Jorn ne s’est pas laissé impressionner. Il est l’un des premiers artistes à être sorti du pays. A avoir osé.»

(24 heures)

Créé: 20.06.2012, 11h57

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