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Les paysans français mettent les Champs-Elysées sur la paille !

CRISE AGRICOLE | Opérations-surprise à Paris et dans toute la France. Les syndicats d’exploitants réclament du gouvernement «la même aide que celle offerte aux banquiers».

© Keystone | Très tôt ce vendredi matin, les paysans ont investi la capitale.

Jean-Noël CUÉNOD Correspondant permanent à Paris | 16.10.2009 | 19:40

Grisante impression. Marcher au milieu des Champs-Elysées à l’heure matinale où des milliers de voitures l’envahissent. Et entendre sous ses pas le bruit de la paille foulée, le crissement des grains de blé. Le soleil se lève maintenant dans la gueule ouverte de l’Arc de Triomphe. La plus grande avenue du monde est vide de véhicules. Le commando des Jeunes Agriculteurs a réussi son coup en la bloquant, vendredi matin dès 7 h. 30, sous le regard des caméras et de quelques journalistes mal réveillés.

L’un des cinquante syndicalistes qui a participé à cette action, nous explique l’opération, minutée chrono en main :

«Très tôt ce matin, onze camions bourrés de ballots de paille, de vieux pneus et de pancartes sont partis de plusieurs coins d’Ile-de-France. Chaque conducteur militant disposait d’une enveloppe contenant les consignes à suivre. Ensuite, ils se sont parqués de façon séparée dans les rues adjacentes aux Champs-Elysées. Et à 7 h. 30, pile, ils ont conduit leurs camions au milieu de l’avenue pour y faire un barrage avec les ballots de paille, les vieux pneus qui ont été brûlés et des grillages».

Le symbole du Fouquet’s

Le lieu choisi pour édifier cette barricade rurale n’est pas fortuit : en face du Fouquet’s, le restaurant branché où Nicolas Sarkozy avait fêté sa victoire à l’élection présidentielle avec ses amis «bling-bling».

Des compagnies de CRS ont été mobilisées avec leur tenue style « Robocop ». Mais elles ont reçu l’ordre de ne pas intervenir. Leurs officiers causaient d’ailleurs aimablement avec les syndicalistes agricoles. Les pompiers ont pu tout de même éteindre les feux de pneus. Et la police a détourné la circulation, provoquant des embouteillages massifs au centre de Paris. A 9 h., les Jeunes Agriculteurs ont débarrassé la chaussée.

Manifs dans 23 villes

Une heure plus tard, une manif plus traditionnelle s’est déroulée aux Invalides sous l’égide du syndicat agricole majoritaire, la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) accusée de mollesse par une grande partie de sa base et, de ce fait, contrainte à se montrer plus offensive vis-à-vis du pouvoir.

Des actions de ce genre – opérations-surprise, blocages de centres urbains et cortèges classiques – se sont déroulées dans 23 villes françaises. Elles sont été animées par 52 000 manifestants en tout, 7000 tracteurs et un millier d’animaux de basse-cour!

Le témoignage d’un céréalier

Les raisons de cette colère ? Godefroy Potin, 30 ans, céréalier du Val-de-Marne (Ile-de-France) nous l’explique : «Comment voulez-vous que je m’en sorte ?  Je suis touché dès le départ. Je dispose de 47 hectares de blé qui me sont payés 9 centimes d’euro le kilo alors que nous avons, en moyenne, 14 centimes de charge. Cette année, je ne gagnerai rien. Alors pour nourrir ma famille, j’ai un deuxième travail. Je vends du matériel sportif. L’agriculture, c’est mon rêve de gosse, ma passion. Je m’accroche. Mais jusqu’à quand? Les exploitations agricoles vont s’écrouler. Et alors, qui nourrira la France et l’Europe»

Maudite mondialisation

La mondialisation est le mot qui revient sur toutes les lèvres : « Nous subissons la pression sur les prix qu’exercent des pays comme le Brésil. Mais leurs charges salariales et sociales sont infiniment plus légères que les nôtres», s’insurge Godefroy Potin. «Le gouvernement  doit protéger le marché agricole français afin que nous soyons rémunérés à la hauteur des prestations que l’on exige de nous!»

Juché sur un tas de paille, le président des Jeunes Agriculteurs d’Ile-de-France, Damien Greffin, harangue ses militants en évoquant ce « second boulot » qu’un nombre croissant de  paysans doit exercer, à l’instar du céréalier Godefroy Potin :
« La pluriactivité des agriculteurs, ce n’est vraiment pas un signe de santé. Il y a le feu dans nos campagnes. Nous sommes à deux doigts de boire la tasse ! »

« Un seul responsable : Sarkozy ! »

Le syndicaliste désigne alors du bras le Fouquet’s :
« Il n’y a qu’un responsable. Un seul. Sarkozy qui, de son bureau à l’Elysée, décide de tout et tout seul. Alors, on a voté pour lui, certes. Ce qui lui a permis de fêter son élection au Fouquet’s. Mais on n’est pas prêt de recommencer ! Le ministre Bruno Le Maire vient de nous promettre des mesures fiscales. Mais c’est une honte ! Ce n’est pas ça qui réglera notre problème. »

Les syndicats agricoles attendent du gouvernement un effort similaire à celui qu’il a consenti aux secteurs bancaire et automobile. Ils réclament donc un plan d’aide de 1,4 milliard d’euros, dont 400 millions en exonérations de taxes. Le but : renflouer la trésorerie, actuellement à sec, des exploitations agricoles.

Dans une interview parue vendredi dans Le Figaro, le président Sarkozy se veut rassurant : « On a vu où a failli nous conduire la dérégulation de la finance. Il nous faut porter (sic !) une nouvelle régulation agricole (…) ». Son ministre de l’agriculture Bruno Le Maire fait chorus : dès lundi, il tentera de convaincre ses collègues européens de réguler les marchés agricoles.

Pour l’instant, ces bonnes intentions laissent de marbre les syndicalistes paysans. Qui veulent des mesures concrètes de toute urgence.

Reportage du Point.fr

 

 




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