Elle sait voir la tendresse sur sa route

PortraitXochitl Borel vient de recevoir le prix Lettres-Frontière 2015 pour son livre «L'alphabet des anges»

Xochitl Borel travaille aux éditions de l'Aire comme secrétaire et coresponsable d'une collection vouée aux premiers romans.

Xochitl Borel travaille aux éditions de l'Aire comme secrétaire et coresponsable d'une collection vouée aux premiers romans. Image: CHANTAL DERVEY

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Le premier roman de Xochitl Borel (prononcez Sotchil ce prénom aztèque), joliment titré L’alphabet des anges, vient de recevoir le Prix Lettres-Frontière 2015, une distinction littéraire attribuée par près de cinq cents lecteurs répartis dans la région Rhône-Alpes et en Suisse romande. Son livre n’avait pas attendu cet honneur public pour faire son chemin en librairie: l’écriture originale et profonde de la jeune femme, la force de l’histoire d’Aneth, une enfant pas comme les autres – ou comme beaucoup d’autres – ont déjà conquis un nombreux public.

Enfance au Nicaragua

Pour esquisser un juste portrait de Xochitl, peut-être aurait-il fallu la connaître toute petite déjà, quand elle vivait avec ses parents et ses deux sœurs au Nicaragua. «Une enfance simple à jouer au ras de la terre et de la nature, entre l’ombre et la lumière sous les arbres. Un début de vie très sensoriel», résume-t-elle d’une voix qui aime les mots dont elle dit: «Ils me permettent de me concrétiser.»

Il aurait aussi fallu quitter, avec elle, l’Amérique centrale quand elle avait 5 ans et regarder ses yeux découvrir la Suisse, ce monde sans mer, ce pays d’ordre et de lenteur tellement à l’opposé du Nicaragua où les conflits et les tempêtes pouvaient secouer le rythme de vie en trois jours. «Mais il n’y a pas un pays qui est moins bien que l’autre, la communauté humaine m’intéresse partout.»

Le tour du monde à 12 ans

Enfin, il eût été enrichissant de suivre toute cette famille qui s’en va sac au dos – avec beaucoup de livres – faire le tour du monde quand Xochitl a 12 ans. «Mes parents sont des aventuriers qui ont du flair et un instinct de survie, on n’allait pas n’importe où. Je me suis rendu compte combien la terre est belle, que le rire existe partout mais les horreurs aussi. J’observais tout, ces personnes qui étaient autour de moi mais dont je ne savais rien et que je ne reverrai jamais; ces carrefours inattendus où nous menait le hasard, alors que tout près il y avait des monuments ou des lieux célébrissimes que nous ne voyions même pas. Nous sommes passés dans les environs du Taj Mahal sans le savoir!»

Muette à l'école

Il a bien fallu revenir. Se retrouver à l’école. «J’y suis devenue muette. J’ai appris à dire ce que le prof attendait que je dise, pour faire des bonnes notes, c’est la règle, mais c’est frustrant. J’y ai découvert l’ennui, qui est fécond; je m’y suis heurtée aux faiblesses relationnelles, aux questionnements sur la manière d’entrer en communication avec l’autre.»

Plus tard, l’élève brillante s’inscrit à l’Uni en sciences politique dans l’idée de devenir journaliste, mais très vite elle se rend à l’évidence: «La vraie école, c’est la vie.» Alors elle repart, seule, sac au dos, enfin pas tout à fait seule puisqu'elle emporte des livres et des carnets. L’Irlande, la Turquie, ce goût du bonheur qui prend le corps et l’esprit quand il faut s’adapter aux changements qui s’offrent et «saisir ce qui arrive».

Et puis un bistrot

Elle reviendra encore pour ouvrir avec ses proches un café, un peu littéraire, un peu musical, dans le quartier des Planches à Montreux. Et puis, un jour, en quête d’un autre lieu pour ouvrir un autre café où s’épanouiraient ses passions et ses talents – la lecture, la musique, la chanson, la poésie, l’écriture – elle pousse la porte des Editions de l’Aire, au fond d’une cour qui l’hypnotise, rue de l’Union à Vevey. «A ce moment-là, dans ma vie, tout était mouvant. J’ai piqué un livre dans ce dépôt fascinant que je découvrais, ce qui me donnait un prétexte pour le rapporter trois jours plus tard. Accueillie par Michel Moret, je me suis retrouvée dans l’humain, à la source des connaissances immenses et vivantes de cet éditeur au parcours incroyable.»

«Il faut faire confiance à la liberté. Et on survit grâce à l’empathie des autres»

Depuis, elle y est secrétaire et savoure cette ambiance sans doute unique: «Nous buvons le café chaque matin en équipe, nous refaisons le monde en même temps qu’on fait les paquets et les factures, dans une effervescence intellectuelle et humaine où l’anarchiste que je pense être se sent bien. Il faut faire confiance à la liberté. Et on survit grâce à l’empathie des autres.»

Talent et curiosité de l'humain

Mais que pense l’éditeur Michel Moret de cette secrétaire auteur lauréate? «Dès que j’ai connu Xochitl j’ai compris qu’elle était promise à un certain destin. Ses talents sont multiples, mais quand on parle avec elle on est saisi par la force de ses convictions et par sa curiosité de l’humain.»

Xochitl signifie fleur et amour en langage aztèque. En 2013, elle déposait un manuscrit sur le bureau de Moret sans le signer. Il a tout de suite su qui en était l’auteur. C’était l’histoire d’Aneth, fleur et amour, qui parle éléphant en jouant de la trompette. Petite vie âpre et douce, arc-en-ciel triste et drôle. L’anarchiste au sac à dos qui s’est arrêtée au fond de la cour sait voir la tendresse vraie, et la livrer avec une grâce décalée et irrésistible. (24 heures)

Créé: 10.12.2015, 08h56

Son livre

«L’alphabet des anges»
Xochitl Borel
Editions de l’Aire, 125 p.

Carte d'identité

Née le 27 mai 1987 au Nicaragua.

Trois dates importantes

1992 «Nuits de belles étoiles sur une plage du Nicaragua. Le plancton marin lumineux est de la poussière d’étoiles filantes pour mes yeux d’enfant.»

2008 «Pour la première fois sur ce continent, je rencontre un homme qui retient mon prénom du premier coup. Mes premières chansons naissent sous le titre de «L’échappée belle».»

2009 Ouverture du Café L’Ange Boiteux. Trois ans plus tard, au compteur, trois nouvelles terminées, 75 concerts donnés.

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