Il a le pape et sainte Thérèse avec lui

PortraitDaniel Pittet, catholique victime d’un prêtre pédophile

Daniel Pittet, catholique victime d’un prêtre pédophile

Daniel Pittet, catholique victime d’un prêtre pédophile Image: Vanessa Cardoso

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Daniel Pittet a le pape François et sainte Thérèse avec lui. Pour le premier, c’est un fait. Le Saint-Père vient de préfacer le livre choc où ce Fribourgeois témoigne des abus sexuels dont il a été victime dans son enfance de la part d’un prêtre. Pour la seconde, ce fervent catholique de 58 ans en est convaincu. «Elle est mon joker le plus costaud quand ça va mal.» Ce grand gaillard évoque la sainte par la prière quotidiennement. Et, dans son domicile de la Glâne, sa photo trône en bonne place non loin de celles de Padre Pio ou de sa tribu de six enfants.

«Quand je suis allé trouver le pape pour savoir s’il acceptait de rédiger la préface de mon bouquin, je lui ai dit que c’était sainte Thérèse qui m’envoyait. Et il m’a répondu: «Je sais!» Les deux hommes s’apprécient. Jorge Mario Bergoglio avait fait un sacré coup de pub au livre lancé par Daniel Pittet en 2014. Aimer, c’est tout donner s’était du coup écoulé à 2,5 millions d’exemplaires en quinze langues. Pour cela, Daniel Pittet, que ses amis surnomment «No Limit», n’avait pas hésité à aborder le chef du 1,25 milliard de catholiques devant le micro-ondes du réfectoire de Sainte-Marthe, la résidence papale, où tous deux mangeaient au milieu de dizaines d’autres.

Cette fois encore, le Fribourgeois reversera ses bénéfices à des œuvres caritatives. Si ce simple bibliothécaire a ses entrées au Vatican et qu’il connaît les gardes suisses au point de leur avoir offert récemment 200 biscômes, c’est qu’il est mine de rien une figure dans l’Eglise catholique suisse. Au fil des ans, ce simple fidèle a travaillé avec Sœur Emmanuelle, le Père Guy Gilbert, célèbre «curé des loubards», ou encore Jean Vanier. «Je ne sais rien faire, sauf réunir ceux qui savent faire ce qu’il faut autour d’un projet commun.»

De richissimes donateurs, touchés par son authenticité, se sont plusieurs fois tournés vers Daniel Pittet avec leurs millions. Il les a efficacement redistribués illico. Pittet joue volontiers les naïfs. En réalité, il est du genre malin mais sans malice et n’a peur de rien. Est-ce parce que «l’Amour chasse la peur», comme il aime à le répéter? On en lit en tout cas beaucoup dans son regard clair. Et il sait que, quoi qu’il arrive, «un coup de la Providence» va encore le sauver.

Ce ne fut pas le cas ce dimanche de 1968, où un prêtre vaudois l’abusa sexuellement après la messe alors qu’il était enfant de chœur. Cet enfer durera quatre ans. Daniel Pittet venait d’une famille pauvre très catholique. Il avait grandi sans père. «Avec le recul, j’étais une proie idéale. Pour ma mère, c’était un honneur de me voir prendre en amitié par un prêtre.» La cicatrice ne se refermera jamais complètement. «J’ai pardonné à ce prêtre et j’ai construit ma vie sur ce pardon. Quand je l’ai revu récemment dans le cadre du livre, j’ai réalisé que ce vieux monsieur avait en un sens lui aussi été victime de sa perversion. Et, en partant, je lui ai fait la bise.»

Aujourd’hui, Daniel Pittet se voit comme un «homme debout». Debout, certes, mais claudiquant. Le Fribourgeois est atteint dans sa santé physique. «Je somatise», dit-il. Il parle beaucoup, comme pour meubler l’angoisse qui l’habite. Dans sa jeunesse, il avait tenté de la fuir dans un monastère. Là, la dépression l’avait rattrapé, mettant fin à son envie de se faire moine. Puis il avait apprivoisé ses crises d’angoisse, était devenu bibliothécaire et Valérie était entrée dans sa vie. Six enfants et beaucoup d’amour plus tard, Daniel Pittet ne regrette rien. Sa foi profonde est revigorante car vécue dans le concret et en grande partie affranchie des dogmes enfermants. C’est elle qui l’a aidé à venir à bout de ce livre. «Je l’ai dédié aux victimes de la pédophilie. La plupart n’ont jamais parlé et j’espère que certaines trouveront la force de le faire en me lisant. Car si elles ne sont pas reconnues dans leur souffrance, elles seront en permanence habitées par un malaise.»

Mon Père, je vous pardonne, Ed. Philippe Rey, 230 p.

(24 heures)

Créé: 15.02.2017, 06h50

Carte d’identité

Né le 10 juillet 1959, à Romont.

Quatre dates importantes

1968 Un prêtre abuse de lui après une messe à la cathédrale de Fribourg. Cela durera quatre années.

1973 Etudes à l’abbaye d’Einsiedeln. Il y prononcera ses vœux simples.

1995 Epouse Valérie, avec qui il élève six enfants. S’oriente vers le caritatif.

2002 Témoigne anonymement dans Temps présent sur la RTSR. Dépression.

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