La voyageuse solidaire en quête de l'autre

PortraitBastienne Joerchel, nouvelle directrice du Centre social protestant Vaud

Image: VANESSA CARDOSO

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Au premier coup de téléphone, il a fallu briser la glace. Bastienne Joerchel a beau diriger le Centre social protestant Vaud (CSP) depuis janvier, de là à imaginer qu’un journal veuille raconter sa vie, il y a un pas, qui la prend au dépourvu. Installée dans un café quelques jours plus tard, elle s’en amuse: «Il a fallu que j’aille courir pour imaginer ce que je pourrais bien vous dire.» Dans un cahier quadrillé, des notes bien ordonnées sont là, au cas où elle manquerait un chapitre.

Queue-de-cheval, grosse veste et sac à dos, de prime abord, la quinquagénaire a des airs de jeune femme sage, les yeux pétillants et ouverts sur le monde. De son enfance dans une famille sans histoires, elle ne tire pas de grands discours pour expliquer son engagement auprès des plus fragiles. «Je n’ai jamais eu de plan de carrière», assure-t-elle. L’engagement social jalonne pourtant son itinéraire depuis des années. Avant de rejoindre le CSP, elle a dirigé la section lausannoise de l’Association Lire et Ecrire, qui aide des personnes de tous âges et de toutes origines à sortir de l’illettrisme. Celle qui a siégé 22 ans au conseil de la Fédération vaudoise de coopération et qui est encore engagée bénévolement au comité de Swissaid a aussi travaillé pendant dix ans pour Alliance Sud, bras politique des grandes œuvres suisses d’entraide et d’aide aux populations défavorisées du Sud.

Comme souvent, tout commence par un appel du large. Elle y répond par un voyage en Chine, à 23 ans, sac au dos, avec une amie. «C’était juste avant les manifestations de la place Tian’anmen. Il faut s’imaginer un pays où il n’y avait encore que des vélos et pas de lumière dans les rues à la tombée de la nuit.»

«J’ai conscience de vivre une vie privilégiée, mais dans mon travail, on ne fait pas que donner. Il y a toujours un échange»

Son diplôme en poche, après un autre détour par Boston, Bastienne Joerchel fait ensuite ses premières armes en défendant l’intégration de la Suisse dans l’EEE. En vue du vote de 1992, qui a finalement vu les Helvètes bouder l’Europe, le conseiller d’Etat jurassien François Lachat la nomme chargée de mission aux questions européennes. Elle dont les parents allemands ont connu la guerre et vécu à Berlin Ouest. Elle qui, à 12 ans, est passée par les «faiseurs de Suisses» pour obtenir le passeport à croix blanche. «Ça a été mon éveil à la vie citoyenne suisse.»

Depuis ce marchepied, elle aurait pu se rêver diplomate et poser ses valises à Berne. Mais c’est le monde associatif qui l’appelle, et c’est Renens qu’elle choisit pour installer sa famille, il y a presque vingt ans. «Notre entourage nous demandait si c’était une bonne idée pour les enfants, mais on ne voulait pas d’un cocon doré. Renens est une ville où il y a quantité d’enjeux sociaux et culturels passionnants.» De quoi ouvrir l’appétit d’une jeune maman de trois garçons que le multitasking n’effraie pas. Elle passe neuf ans à siéger au Conseil communal. «J’ai toujours voulu tout faire en même temps, être active en tant que femme, viser si possible des postes à responsabilité. Je fais partie de cette première génération pour laquelle il était possible de vivre cette vie.»

Si fil rouge il y a, c’est l’appel de l’autre, qu’il soit ici ou à l’étranger: «Peut-être parce que j’ai grandi à Genève, j’ai vite eu un intérêt pour les enjeux internationaux, avec cette idée que nous pouvons vivre ensemble en paix dans ce monde.» Un idéalisme à la Suisse, facile quand on n’a pas connu la rudesse d’une existence cabossée? «J’ai conscience de vivre une vie privilégiée, mais dans mon travail, on ne fait pas que donner. Il y a toujours un échange.» Elle regrette que l’on mette souvent des étiquettes sur les gens quand ils vivent dans la précarité. «Derrière chaque personne en difficulté, il y a une vie et des histoires passionnantes. Et ce n’est pas parce qu’on ne les a pas vécues que l’on ne peut pas être solidaire.» (24 heures)

Créé: 21.02.2017, 10h37

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Carte d'identité

Née le 22 février 1965

Cinq dates importantes

1996 Mariage avec Philippe Anhorn.

1998 Installation à Renens.

2000 Présidence de la Fedevaco.

2009 Participation au Forum social mondial de Belém, au Brésil, pour Alliance Sud.

2017 Directrice du CSP Vaud.

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