Son amour des mots l’a aidé à briser le silence

PortraitPaul Dubuis, régent, pasteur, écrivain.

Image: VANESSA CARDOSO

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En ce jour frileux de décembre, le feu danse dans la cheminée du salon de la rue Tavernier, à Aubonne. Paul Dubuis vient d’y mettre une bûche massive en bois de chêne, «puisque l’interview sera longue», a-t-il précisé, amusé. Le temps est à la fête pour le septuagénaire, qui vient de terminer la rédaction de son premier livre après plusieurs mois de labeur. On finira bien par s’en sortir, l’a-t-il intitulé. Et il s’en est sorti: son recueil paraîtra le 16 décembre!

14 récits pour 14 événements

Après avoir été instituteur, pasteur et chroniqueur dans les journaux locaux d’Aubonne et de Château-d’Œx, le retraité a éprouvé le désir de raconter quelques événements forts de son existence par quatorze récits divers. «J’ai beaucoup écrit d’articles tout au long de ma vie, mais je voulais m’essayer à quelque chose de plus conséquent. Un ami m’a alors conseillé d’écrire des nouvelles.»

«Les mots me font souffrir car je ne suis jamais totalement satisfait de ce que j’écris»

Dès lors, il va se régaler à raconter ses propres histoires, tant à l’écrit qu’à l’oral! On le sent à la manière dont ses yeux vifs, surplombés de sourcils broussailleux, s’animent quand il s’exprime. Il reste de surcroît attentif à la moindre réaction de son interlocuteur, qu’il toise par-dessus ses lunettes, à la manière d’un maître d’école. «J’ai retenu dans mon livre les histoires les plus marquantes, les plus drôles, les plus dramatiques et les plus sérieuses que j’ai vécues.»

Dans ses nouvelles, Paul Dubuis joue avec les mots, et compose avec musicalité. «J’aime trouver le mot juste. Mais les mots me font souffrir car je ne suis jamais totalement satisfait de ce que j’écris.»

Des dimanches avec Jules Verne

Paul Dubuis n’a pas toujours honoré le français. A l’examen d’entrée de l’Ecole normale d’instituteurs, il a été admis avec un 1 sur 10 en orthographe. Puis il a progressé au point d’écrire trois dissertations sur un même sujet, qu’il distribuait à ses camarades en échange de paquets de cigarettes ou d’une thune. «J’ai toujours beaucoup lu. Quand j’étais enfant, je m’enfermais des dimanches entiers à la maison pour y dévorer les Jules Verne, même quand il faisait beau. Mon père m’y encourageait aussi, car il voulait que je m’instruise.»

Fils de paysan, Paul Dubuis a grandi à Château-d’Œx, au Pays-d’Enhaut. Il s’y est marié et y a enseigné durant une quinzaine d’années. Ouvrir son recueil de nouvelles, c’est entrer dans une époque qui sent bon la terre, la campagne, le bois que l’on coupe devant le chalet. Un temps où les jeunes gens dansaient la valse lors des bals villageois. Mais on pénètre aussi dans l’univers du deuil qu’il a vécu au moment de la mort de sa mère.

En écrivant ce livre, il brise le silence. Le silence de son père, qui n’a plus jamais parlé de sa femme après le décès de celle-ci… pour éviter les larmes! De ce silence, Paul Dubuis a beaucoup souffert. «Il m’a fragilisé tout en me donnant une plus grande sensibilité pour comprendre les autres.» C’est pourquoi, en 1978, quand il ressent un appel à devenir pasteur, il y répond en offrant désormais son soutien à ceux qui passent par des épreuves. «Je trouve que les gens n’ont pas la liberté de parler de leurs souffrances», regrette-t-il.

Visites paroissiales à cheval

Pasteur de campagne, il n’était pas rare de le voir surgir à l’improviste à dos de cheval, pour rendre visite aux paysans à une heure matinale. Il venait prendre de leurs nouvelles et s’intéresser à leur travail. «Pour moi, un pasteur ne doit pas être coupé du monde mais sortir dans la société pour y communiquer l’espérance, la paix, la joie et la confiance.»

La souffrance la plus grande qu’imaginerait ce pasteur retraité? La solitude. Heureusement, il ne manque pas de relations en ville d’Aubonne, où il rencontre régulièrement du monde. «Je me sens chez moi partout où je parviens à nouer une relation vraie avec quelqu’un.»

Paul Dubuis est marié, père de quatre filles, grand-père de treize petits-enfants et arrière-grand-père de deux petits garçons. Il ne manquera pas de répéter à sa descendance que: «Dans une vie, il faut avoir planté un arbre, construit une maison et écrit un livre.» Pour lui, les trois choses sont accomplies, mais le septuagénaire, quelque peu hyperactif, ne compte pas s’arrêter là. Concours de photos et concours d’écriture sont au programme. Et s’il pouvait trouver une bonne idée de scénario, il se lancerait peut-être dans l’écriture d’un roman.

En attendant, reste la musique, à laquelle il s’adonne régulièrement: il a toujours sa trompette ou son alto sous la main pour faire traîner les notes avec nonchalance sur un air de jazz. Parfois un peu nostalgique? (24 heures)

Créé: 09.12.2016, 09h13

Carte d'identité

Né le 22 juin 1938 à Rossinière.

Six dates importantes

1958 Obtient le diplôme d’instituteur.

1960 Débuts de journaliste pigiste au «Journal du Pays-d’Enhaut».

1961 Mariage avec Simone Karlen.

1962 Naissance de sa première fille. Trois autres suivront jusqu’en 1969.

1978 Pasteur à l’Eglise évangélique des Amandiers à Lavigny, puis à l’Eglise libre La Rochette à Neuchâtel, jusqu’en 2003.

2003-2015 Journaliste pigiste à «L’Echo rollois et aubonnois».

Le livre

«On finira bien par s’en sortir»

Paul Dubuis

Commandes: valerie.brocard@bluewin.ch

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