Le chasseur d’étoiles connaît son droit

PORTRAITSebalter, chanteur et violoniste.

Image: ODILE MEYLAN

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Du lundi matin au mercredi midi, il est Sebastiano Paù-Lessi, très sérieux juriste spécialiste du droit de l’énergie au service du Canton du Tessin. Le reste de la semaine, il est Sebalter, musicien spontané et extraverti sur scène. Une dualité ressentie de longue date. «A 17 ans, lorsque j’ai commencé à jouer dans un groupe, j’ai créé mon nom d’artiste avec les trois premières lettres de mon prénom et alter, comme dans alter ego».

Avant de sortir son premier album solo*, voici quelques jours, «l’autre Sébastien» a percé médiatiquement l’an dernier. Il avait mis depuis peu un terme à dix ans de participation à un groupe de folk-rock avec lequel il avait enregistré quatre albums. «Une très belle expérience. Mais je voulais pouvoir exprimer plus ma créativité, chanter des choses plus personnelles. Je pensais tourner en solo dans des petits bars.» L’Eurovision va bouleverser ses projets. «J’ai pensé que ce serait une bonne idée de m’inscrire, pour tester et voir les réactions.»

Avec sa chanson Hunter of Stars, Sebalter franchit les étapes, jusqu’à la finale de cet «Eurosong Contest», terminant treizième, soit le meilleur résultat enregistré par la Suisse depuis une décennie. Pour vaincre le stress de la demi-finale, le chanteur et violoniste a puisé dans ses dix ans de scène. «Il fallait dompter le chaos et la nervosité ambiants. Avec mon groupe, on s’est concentré sur la joie de jouer. On est allé des coulisses à la scène en jouant, ça nous a permis d’y arriver plus relaxés, avec l’envie de sauter sur scène. La suite, c’est de l’énergie pure, celle que nous avons puisée dans le public pour la lui rendre.»

Au fond, représenter la Suisse est tout à fait naturel pour Sebalter. Les pieds bien ancrés dans son terreau tessinois, il pratique un bon français appris à l’école, comprend le Schwyzerdütsch depuis ses études de droit à Zurich – pour converser, il préfère le bon allemand. Il s’est aperçu qu’il entend aussi le romanche grâce à sa proximité linguistique avec le dialecte tessinois… et maîtrise l’anglais depuis ses différents séjours à l’étranger. «J’écrivais des chansons en italien, jusqu’à ce que je passe trois mois à Vancouver. J’y ai découvert une facilité à exprimer mes émotions dans des paroles en anglais.»

Il a commencé le violon à l’âge de 6 ans, histoire de faire comme un copain d’école. «Mes parents étaient ravis que je choisisse cet instrument plutôt que le piano, qui aurait pris beaucoup de place dans l’appartement. Heureusement, j’avais de la patience et eux aussi.» Il n’a jamais regretté son choix, qui lui a permis de se former en musique classique avant de passer à autre chose. «Vers 15, 16 ans, je suis tombé amoureux du folk irlandais.» Plus tard, il a pu retrouver avec plaisir les pièces de Vivaldi, de Bach ou des romantiques qu’il aime tant. Et lorsqu’il empoigne un violon électrique connecté à une pédale d’effets, il est capable d’improviser à la manière d’une guitare électrique. Décontracté et charmant, Sebalter n’en est pas moins ambitieux. En 2000, il a commencé à pratiquer le vélo de compétition, se forgeant le caractère dans les cols alpins. «Là, tu fais face à la fatigue, tu dois combattre, tu es confronté à ta personnalité.» Un an plus tard, la vie du jeune sportif a changé de direction et aurait pu se terminer tragiquement lorsqu’une voiture lui a coupé la route. «J’ai eu de la chance, une ambulance était là.» Mais la priorité sera dès lors la musique plutôt que le vélo. «Mon album est la concrétisation de mon parcours musical depuis là.»

Sebastiano Paù-Lessi – un nom typiquement tessinois – affirme que la persévérance éprouvée sur la selle l’a servi au moment d’aller étudier le droit à Zurich, dans une langue qu’il maîtrisait mal. Que même s’il y avait eu une faculté de droit au Tessin, il serait parti. «On doit aller voir ailleurs, faire de nouvelles expériences. Au début, il me fallait une heure pour lire une page. J’ai dû beaucoup travailler. C’est bon pour le caractère. Le droit m’a toujours intéressé. Il reflète la société et évolue avec. Un juriste doit comprendre pourquoi une loi a été faite et ce qu’il y a derrière. Il y a toujours une explication, un motif, c’est passionnant.» Aujour­d’hui, au moment de signer un contrat, Sebalter est redoutable. «C’est important de savoir ce que l’on veut.» A bientôt 30 ans, le bondissant musicien de Giubiasco a roulé sa bosse et multiplié les expériences. «Ça m’a fait comprendre combien je suis attaché au Tessin.» Il y est revenu et s’y épanouit.

*«Day of Glory»
Sebalter
Phonag Records (24 heures)

Créé: 15.01.2015, 09h36

Carte d'identité

Né le 1er juillet 1985 à Faido (TI).

Cinq dates importantes

1991 Premiers cours de violon.
2000 Commence à pratiquer intensément le vélo.
2004 Entame des études de droit à Zurich. Il les complétera à Rotterdam et au Caire.
2006 Passe trois mois à Vancouver et se met à écrire des paroles de chansons en anglais.
2014 Le 8 mai, à Copenhague, décroche sa place en finale de l’Eurovision.

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