La curiosité insatiable d’un puits de culture

PortraitAlexandre Bidaud, ancien chef de train.

Image: Florian Cella

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Alexandre Bidaud fait mentir le proverbe selon lequel «la curiosité est un vilain défaut». C’est son immense curiosité qui a amené cet ancien chef de train C FF à devenir un puits de science… ou de culture. Car musique, peinture, dessin, cinéma ou danse, aucune forme d’art ne lui est indifférente depuis son séjour linguistique à Londres, en 1967. «La découverte des concerts et des expositions m’a transformé.» Pourtant, à cette époque, son chemin est tout autant parsemé d’épines que pavé de roses. Le divorce de ses parents alors qu’il n’a que 7 ans; la vie en internat, le placement chez des paysans; l’entrée au Petit Séminaire à Fribourg. Et voilà que, soudain, tout vole en éclats. «Un séisme de force trois. A 20 ans, j’apprends que mon père n’est pas mon père. Il me faudra quatre ans pour m’en remettre.»

Sa mère, une Saint-galloise, lui a envoyé un signal quelque temps plus tôt en lui expliquant que son deuxième prénom est Ahmed. Mais sans lui révéler encore que son géniteur est Iranien. Son nom, c’est de Jean-Paul Bidaud, qui l’a généreusement reconnu, qu’il le tient. N’empêche! Une carence affective se fait sentir. «La religion a été un refuge.» Un refuge qui ne résiste pas à la révélation de son origine. «Je suis alors comme un bateau à la dérive.» L’abbé Bullet, vice-recteur du Grand Séminaire et futur évêque auxiliaire, lui apporte son aide. Ils resteront liés plus de trente ans. Mais malgré ce soutien et les cours de philosophie du dominicain Jean-Marie Emonet à Saint-Michel, Alexandre perd toute vocation religieuse.

«La découverte des concerts et des expositions m’a transformé!»

Il se cherche. A Dornach, il s’occupe des vingt pékinois d’une richissime Bâloise. Dans la foulée, il entame une formation de journaliste, puis d’infirmier; fait un séjour linguistique de neuf mois en Allemagne, reprend l’étude de l’anglais. «Le proficiency est mon seul diplôme.» Le voilà portier de nuit dans un hôtel lausannois, saisonnier au golf du Chalet-à-Gobet. «J’ai été mis à la porte pour délit d’opinion.» C’est qu’il a qualifié de «fasciste» un conseiller d’Etat dans un courrier des lecteurs de 24 heures. En ce temps-là, il a le verbe très direct… Après une année à la Bibliothèque cantonale, il se retrouve à la gare de triage de Denges comme «crocheur sabotier». Passé contrôleur, puis chef de train, il restera fidèle aux CFF durant trente-sept années.

Alexandre Bidaud aime voyager. Après de longs périples en Asie, il sillonne l’Europe. Le TGV où il officie durant quatre ans fait de lui un habitué des petits et grands musées parisiens. «Je me suis affûté le regard grâce aux catalogues d’exposition.» Son goût pour le dessin l’amène à se constituer une collection. «J’aime particulièrement le dessin ancien, celui que je ne peux pas m’offrir.» Adepte des transports publics, il utilise trains et bus pour sillonner les provinces les plus reculées en quête d’églises et de chapelles. «L’art roman et l’art gothique me passionnent.» Ou pour fréquenter assidûment les festivals de musique. Qu’il s’agisse de La Roque-d'Anthéron, de Saint-Ursanne ou, bientôt, d’Husum, près de Hambourg. «J’ai une prédilection pour le piano. Plus généralement, la musique classique est mon oxygène.» D’où une discothèque de quelque 2500 CD. Et de plusieurs centaines de DVD. Le mélomane se double d’un cinéphile.

Mais l’homme de culture a un engagement politique. «La doctrine chrétienne revêt un aspect social. Le père Bullet me disait qu’au niveau des idées, je suis de gauche; et de droite, question tempérament.» Membre socialiste du Conseil communal de Lausanne de 1983 à 1999, il est député au Grand Conseil de 2000 à 2007. Lorsqu’en 1997 il assume la présidence du Législatif lausannois, il décide de citer de grands auteurs plutôt que d’invoquer la bénédiction divine. Parmi ses citations préférées, celle-ci de Victor Hugo: «Enfer chrétien, du feu. Enfer païen, du feu. Enfer mahométan, du feu. Enfer hindou, des flammes. A en croire les religions, Dieu est né rôtisseur.»

Et comme Alexandre ne fait jamais les choses à moitié, c’est en direct, sur le plateau de la Télévision romande, qu’il fait son coming out en 1982. Ce qui ne l’empêchera pas, vingt ans plus tard, de partager la vie d’une charmante Alexandra. (24 heures)

Créé: 10.01.2017, 09h50

Carte d'identité

Né le 14 avril 1950

Cinq dates importantes

1967 Séjour de deux ans en Angleterre.
1969 Entre au Petit Séminaire.
1970 Apprend que son père n’est pas celui qu’il croit.
1978 Engagé par les CFF.
1980 Prend sa carte au Parti socialiste.
1997 Président du Conseil communal de Lausanne.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

Match sans merci pour les médias électroniques, paru le 21 juin
Plus...