Parcours d’une pionnière, féministe, libre et engagée

PortraitChantal Balet a longtemps joué les méchantes de l’économie romande. A 65 ans, l’intrépide Valaisanne prend la vie avec une insatiable curiosité.

Image: Odile Meylan

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Tout commence par un petit échange coiffure. Longtemps brune à cheveux courts, Chantal Balet est désormais blonde, avec un carré qui lui adoucit les traits. Mais ne cherchez pas la femme fatale. «En vérité, je suis surtout blanche», s’amuse-t-elle. Elle est comme ça, Chantal Balet. Directe et sans chichi. Elle affiche un sourire chaleureux, comme une lampe allumée. Et vous regarde avec curiosité. Une gourmande de la vie, voilà. Prête à dévorer l’instant présent.

A 65 ans, Chantal Balet est une des personnes qui comptent en Suisse romande. Elle a longtemps été la voix de l’économie et d’une certaine vision du libéralisme, lorsqu’elle était responsable romande d’EconomieSuisse. Elle appartient aujourd’hui au cercle étroit des administratrices les plus courues. A son tableau de chasse: la Vaudoise Assurances, la Banque Cantonale du Valais, Implenia, les caves Gilliard à Sion. Et désormais la Clinique de Valère, toujours dans la capitale valaisanne, dont elle reprend la présidence. «Trouver quelle est la place d’une clinique privée dans l’offre médicale valaisanne est un défi super-intéressant. Les nouvelles technologies sont en train de bouleverser le domaine de la santé.»

La foi en l’avenir

Si elle court d’une assemblée à l’autre, Chantal Balet a l’habitude de regarder plus loin que les pages de son agenda. «C’est vrai, j’ai une sensibilité à l’avenir. Je sens les enjeux.» Ce qui la préoccupe? «Le conservatisme, le refus de s’adapter au changement. Cette peur est inquiétante. Il faut au contraire réfléchir à la manière de vivre et de s’organiser face au changement. S’y opposer ne sert à rien.»

La Valaisanne a pourtant grandi dans un canton conservateur et patriarcal. Une vision du monde contre laquelle elle se construit. Il faut dire que dans la famille, on cultive l’esprit de liberté. «On allait à l’église le dimanche, mais on discutait le sermon à table. Mon père était très critique. Et ma mère aussi.» Dernière de quatre enfants, elle bénéficie du statut de petit chouchou que l’on laisse très libre. «J’étais entourée de gens qui m’aimaient, mais j’ai un peu poussé comme la mauvaise herbe. Je suis rentrée seule à la maison dès mon premier jour à l’école enfantine. Toute petite déjà, j’étais très autonome, avec un tempérament fort et ce souci d’indépendance. L’envie d’être agissante, d’exercer une influence.»

Elle fait des études, ce qui, dans le Valais des années 60, n’allait pas de soi. Sa mère l’encourage. Après un diplôme de droit à Lausanne et un brevet d’avocat notaire en Valais, elle décroche son premier emploi à Berne, comme juriste au sein de l’Administration fédérale. «C’était ennuyeux à mourir. Mais j’en ai profité pour rencontrer des gens.» Elle noue des amitiés politiques, notamment au sein du Parti libéral suisse, où elle se lie avec Martine Brunschwig Graf. Après un an, la voilà de retour en Valais, comme greffière au Tribunal cantonal, avant de créer sa propre étude d’avocat, à Martigny.

Le défi libéral

Elle participe à la fondation du Parti libéral valaisan et siège dix ans au Grand Conseil. «Une des raisons de mon engagement, c’est l’envie de bousculer le conservatisme de mon canton. Mes convictions libérales m’ont beaucoup compliqué la vie. J’ai compris que dans un système majoritaire, on passe de reniement en reniement. J’ai dû faire preuve de modération.»

Au passage des 40 ans, sa vie semble sur des rails bien tracés. Trop même. «J’avais le sentiment que tout était joué. Que je serais avocate jusqu’à la fin de mes jours.» Erreur. Deux ans plus tard, Chantal Balet fait table rase. Elle s’installe à Genève, à la tête du secrétariat romand d’EconomieSuisse, où elle succède à Martine Brunschwig Graf. «Je sentais qu’elle avait besoin de changement, raconte son amie. Et il était évident pour moi qu’elle avait un vrai sens politique, qu’elle saisissait les enjeux. Chantal, c’est quelqu’un de courageux et qui aime entreprendre. Elle n’a pas peur des défis.»

Très vite, la Valaisanne s’impose dans les médias. Elle devient la méchante de l’économie romande. Une image publique difficile à porter? «Non, on sentait bien que je n’étais pas une méchante. Il n’y a jamais eu de hargne ni d’attaque personnelle contre moi. Et puis, beaucoup de personnes partageaient mes opinions. Cela a été un épisode très agréable de ma vie professionnelle.» Les grandes batailles politiques du moment sont européennes. Il s’agit de défendre les accords bilatéraux, puis Schengen-Dublin, et l’élargissement de la libre circulation aux pays de l’Est. Encore dix ans, et Chantal Balet renoue avec sa liberté. Elle fonde un cabinet conseils avec Edgar Fasel et Raymond Loretan. Comme lobbyiste, elle développe des stratégies de communication pour les entreprises. «Je mets à disposition mon expérience et mon réseau.»

Le credo féministe

De son parcours de pionnière, s’il est une chose qui lui tient à cœur, c’est l’engagement pour les femmes. Dans les années 80, Chantal Balet se bat pour le nouveau droit matrimonial, ou encore le droit à l’avortement. «Ça énerve beaucoup les féministes de gauche qui ne croient qu’à l’engagement de l’Etat, mais on peut être féministe de droite! insiste-t-elle. J’ai toujours soutenu et encouragé les femmes. Mais je suis contre les quotas. Moi, j’ai eu une chance énorme, car on cherchait des femmes partout. Reste qu’il n’est pas simple d’être la seule femme autour d’une table. Il faut occuper la place. Alors, si vous êtes là au nom des quotas, ce n’est pas possible. En tout cas pas dans notre culture un peu machiste.»

Si elle est optimiste de nature, Chantal Balet est préoccupée par le nouveau discours conservateur ambiant sur les femmes. «Entre l’UDC qui veut les renvoyer à la cuisine et Les Verts qui veulent les envoyer au jardin pour cultiver les légumes bio, les jeunes femmes feraient bien de se méfier.» Et de faire son mea culpa. «On a fait une erreur, c’est de laisser croire aux femmes qu’elles peuvent tout faire et tout faire bien. Moi aussi, j’ai cru au mythe de la superwoman. Mais il faut faire des choix, trouver des aménagements dans la durée. C’est compliqué.» (24 heures)

Créé: 10.05.2017, 09h44

Bio

1952 Naissance en Valais, à Grimisuat, au-dessus de Sion. Elle est la dernière d’une famille de 4 enfants.
1985 Mariage, «une étape importante». Elle épouse son voisin, qu’elle rencontre chez des amis. Le couple n’aura pas d’enfants. Mais Chantal Balet est plusieurs fois grand-mère à travers les enfants de son conjoint.
1992 Grosse crise personnelle au passage de la quarantaine, avec le sentiment que sa vie est sur des rails, et qu’elle finira avocate.
1994 Le début des années genevoises. Chantal Balet est engagée comme responsable romande de la Société pour le développement de l’économie suisse (SDES), qui deviendra EconomieSuisse. Elle devient la voix des entreprises, et un personnage public incontournable.
2001 Décès de son père.
2016 64 ans, et l’âge de l’AVS. «Il faut faire une vraie réflexion».

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