
Bras menottés, têtes baissées. Débarquement en gare de Lausanne à l’aube. Les premiers pendulaires assistent à la scène en jetant des regards furtifs. Pas de drogue cette nuit-là mais quatre clandestins. Le résultat d’un contrôle dans un train de nuit de Venise pour la France via la Suisse romande. Une soirée pourtant calme pour les gardes-frontière de la région Vaud-Valais.
Depuis l’entrée de la Suisse dans l’Espace Schengen en décembre dernier, fini les «Vous avez quelque chose à déclarer?» de Monsieur le douanier. Aujourd’hui, les frontières sont partout et nulle part. Et les douaniers, mobiles. Leurs interventions ont surpris des citoyens contrôlés dans un Intercity au milieu du pays. Plus question de courir après trois bouts de viande non déclarés. Les mots d’ordre sont immigration, drogue et personnes recherchées.
Des chasseurs, comme ils se nomment eux-mêmes. «Quand le gibier est pris, nous le remettons à la police», lâche l’adjudant Bernard Bapst. Voler le travail de la police, comme on le leur reproche parfois? Une fausse idée, selon lui. «Nous avons un rôle de police de sûreté certes. Mais la police cantonale a un travail judiciaire et remonte les filières. Et du boulot, il y en a pour tout le monde!» Par leur fonction douanière, les gardes-frontière peuvent agir sur tout le territoire depuis 2002 déjà, mais ils assurent se concentrer aux confins du pays et dans les trains internationaux.
Pièces d’identité scrutées
23 heures. Dans les étages de la gare de Lausanne, les gardes-frontière se préparent pour une longue nuit de traque. Sept douaniers, un chien et une arme chacun, un bâton, un spray et un gilet pare-balles facultatif. Départ pour Brigue. «Dans les TGV, on trouve surtout de la drogue, alors que dans les trains venant du sud, ce sont les migrants. Récemment, on a arrêté cinquante clandestins», lance l’adjudant Bapst.
A Domodossola, la fouille des douaniers italiens a déjà commencé. 2 heures du matin, le début d’une course contre la montre pour les douaniers suisses. Un homme explore chaque recoin en quête de stupéfiants. Auprès du steward de la compagnie, le reste de l’équipe dissèque les pièces d’identité des passagers.
Confrontés à la détresse
Deux minutes seulement et les premières irrégularités sont décelées. La cabine numéro 7 est fermée. Un «toc toc» musclé ne suffit pas. Pas le temps de tergiverser, le bâton à la main, un des gardes-frontière force la porte. A l’intérieur, le regard sombre de deux jeunes hommes sans bagage. Une fausse carte d’identité espagnole payée environ 2000 euros à des passeurs, mais pas un mot d’espagnol pour se défendre. Le teint blême et le regard dans le vide, ils ne résistent pas à l’interrogatoire. L’un d’eux, un Afghan, a déjà tenté sa chance en Grèce. Dans la semelle de sa chaussure, les douaniers découvrent un document de réfugié. La cabine se referme, les hommes ont droit à une fouille corporelle.
Quelques wagons plus loin, même scénario. Un Iranien, un Estonien. Peu bavard devant les forces de la Confédération, l’Iranien se confie à nous. «Trop mauvais, mon pays», nous répète-t-il apeuré. Nous lui expliquons qu’après avoir été emmené au poste de Lausanne, il sera reconduit à la frontière italienne le lendemain matin. «Les Italiens les laissent passer, raconte Bernard Bapst. Ils se disent que, peut-être, nous ne serons pas là! Au final, nous jouons au ping-pong!» Un peu blasé mais pas vraiment insensible. «Pour nous aussi c’est dur d’être confronté quotidiennement à la misère du monde.»
Sa solution: augmenter les effectifs à l’heure où leurs tâches se déclinent aussi sur les routes et, nouveauté, dans les aéroports. Récemment, le conseiller national zurichois UDC Hans Fehr déposait une motion visant à engager 300 gardes-frontière. Une excellente idée au dire des douaniers en plein recrutement.
Dans le train, certaines origines ne pardonnent pas. Une Africaine de l’Ouest passe à l’interrogatoire. Rien à signaler. Courtois, les gardes-frontière referment la porte. Un contrôle à la tête du client? «Nous ne sommes pas racistes, mais malheureusement, il y a une réalité que nous ne pouvons omettre, explique l’adjudant Bapst. Dernièrement, nous avons arrêté une femme qui cachait de la drogue dans le lange de son bébé.»
La mission touche à sa fin, pas assez d’hommes pour continuer la fouille. Un homme ivre muni d’une fausse carte d’identité passera entre les gouttes. De retour au poste de Lausanne, le temps est à la prise d’empreinte. Quelques heures, plus tard, les quatre clandestins rejoindront la case Domodossola.
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