Plantes suisses, alerte rouge

EnvironnementInfo Flora, centre national de données, a constaté une sérieuse dégradation entre 2002 et 2016.

L’unique station rescapée de la saxifrage bouc (à gauche) est dans le Jura vaudois. La destruction des marais lui a été fatale. Cette dernière station se maintient grâce à des mesures de gestion ciblées qui ont montré leur efficacité.

L’unique station rescapée de la saxifrage bouc (à gauche) est dans le Jura vaudois. La destruction des marais lui a été fatale. Cette dernière station se maintient grâce à des mesures de gestion ciblées qui ont montré leur efficacité. Image: Sophie Bornand

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Sur 2613 plantes suisses évaluées par Info Flora pour établir la nouvelle liste rouge – une sorte de bilan de santé –, 725 (28%) sont menacées ou ont disparu. Christophe Bornand, biologiste morgien membre de l’équipe d’Info Flora, explique ce que signifie ce chiffre alarmant.

Christophe Bornand, tout va donc très mal pour les plantes suisses?

Leur situation s’est aggravée et on ne s’y attendait pas forcément, puisque depuis 2002, date de la dernière liste rouge, des efforts avaient été suggérés et des contrats passés avec des exploitants. Mais la dégradation est là. En Suisse, chaque mètre carré de territoire, hormis les montagnes – et encore – est soumis à de rudes pressions. Aucune place n’est laissée à la dynamique naturelle: quand une parcelle est utilisée pour quelque chose, elle l’est uniformément pour des années, au mépris de la diversité nécessaire à la vie.

Est-il plus difficile de faire passer le SOS quand il s’agit de plantes plutôt que d’animaux menacés?

Dès ses premiers pas dans ce milieu, le botaniste sait que les plantes touchent moins le grand public qu’un animal qui bouge et vous regarde dans les yeux. Tant mieux pour l’animal! Pour les plantes, nous ne cherchons pas à revenir à ce qu’étaient leur diversité et leur santé quand leurs ennemis polluants n’existaient pas. Nous ne cherchons pas à rattraper le paysage de jadis, nous acceptons avec amertume les pertes historiques, mais nous voulons repérer les plantes les plus menacées, qui ont le plus besoin de soutien d’urgence. Nous voulons rendre attentif au fait que quand une espèce disparaît, c’est toute une machinerie d’où peut sortir un parfum, un médicament, un aliment, qui disparaît. Et plus simplement, c’est notre patrimoine qui s’amenuise.

On pourrait se dire que la vie est possible sans la germandrée d’eau, par exemple…

Oui, mais c’est un mauvais signe pour l’homme quand une espèce s’éteint. Pour l’homme, et pour beaucoup d’autres espèces liées. On pourrait aussi se demander pourquoi il faut conserver, restaurer, protéger, le tableau d’un grand peintre. Je crois que la personne qui est encore sensible à un simple bouquet de fleurs, à une prairie où chantent les grillons, à un étang vivant, ne se posera pas la question.

Si on évoque un cas particulier…

Concrètement, pour prendre votre exemple de la germandrée d’eau, quand cette petite plante aura disparu, cela signifiera que tout un biotope sera éteint, dans lequel les oiseaux limicoles s’arrêtaient volontiers, et où les ornithologues observent et photographient. Une plante de moins, c’est une étape vers la fin de quelque chose. J’en reviens au plaisir de faire un bouquet de fleurs: un paysan me racontait récemment qu’il y a quelques années, son épouse cueillait directement dans le champ devant la maison les fleurs pour le préparer; puis ces fleurs ont disparu et c’est sur les talus bordant les routes qu’elle les trouvait. Mais c’est fini aussi: les talus sont fauchés, l’herbe est laissée sur place, le lieu est engraissé, les pollutions s’y ajoutent, la diversité suffoque.

Un autre exemple de disparition possible?

Le mouron délicat n’est présent depuis longtemps que dans la région de Vevey-Montreux. Or il n’en reste plus qu’une station, dans cette zone, qui demande une attention particulière. Cette plante est directement liée aux sources, mais comme il n’y a plus que le 1% des sources du Plateau qui jaillissent librement, son avenir est fragile. Il faut donc veiller à l’état du biotope pour peut-être sauver la plante. C’est sur ce plan que les réseaux d’observateurs et de bénévoles sont indispensables. Par exemple, c’est grâce à l’aide de 400 botanistes de toute la Suisse que l’état de santé de nos plantes sauvages a pu être établi pour cette liste rouge. Un grand merci à eux!

Mais que peut faire le commun des mortels pour participer au sauvetage des plantes?

Les personnes motivées peuvent s’inscrire dans des associations locales et régionales, très utiles et efficaces dans l’entretien des biotopes et l’observation de la faune et de la flore. Quant au commun des mortels, il peut s’efforcer de consommer plus respectueusement. L’exploitation intensive de la terre, des sources et des rivières est fortement liée à notre consommation non durable des ressources naturelles. Finalement, chacun peut aussi exiger un plus fort soutien politique à la conservation des dernières miettes de nature. Notre qualité de vie en dépend directement. (24 heures)

Créé: 22.10.2016, 16h46

En savoir plus

www.infoflora.ch

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