Viktor Boyarsky, le plus polaire des Pétersbourgeois

L’explorateur russe a mis sur pied les étapes sibériennes de notre reportage. Il croit en un rééquilibrage de la nature

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Cet homme, que l’on voit dans le film Transantarctica faire sa toilette nu dans la neige par -40°, est entré dans le Livre Guinness des records pour avoir, en 1989-90, participé aux côtés du Français Jean-Louis Etienne à la première traversée sans moyen mécanique du continent blanc, 6300 kilomètres qui restent pour lui les plus marquants de sa vie d’explorateur. C’était l’époque où l’on pouvait encore emmener des chiens à travers l’inlandsis. Depuis, le Traité sur l’Antarctique a été amendé, et toute incursion d’animal domestique y est rigoureusement interdite.

En URSS, puis en Russie, on a décerné à Viktor Boyarsky de ronflantes distinctions dont une qui, dans sa traduction littérale du russe, peut prêter à sourire: «Le plus polaire des Pétersbourgeois».

C’est que la Venise du Nord est fière de ce citoyen d’adoption qui y a débarqué à la fin des années soixante pour devenir marin comme son père. Un défaut de vision en voudra autrement, et, un diplôme d’ingénieur en électromagnétisme plus tard, voilà qu’on lui propose de mettre ses connaissances au profit de l’étude de la banquise. Le jeune Boyarsky saute sur l’occasion sans se douter que c’était un rendez-vous du destin. On est en 1973, en plein marasme brejnévien; les expéditions s’enchaînent, et c’est en arpentant les étendues glacées de l’Antarctique dans des conditions extrêmes et, a priori, inhumaines, que Victor se surprend à découvrir, paradoxalement, l’humanité.

Le désert blanc devient pour lui ce lieu de liberté totale d’où sont absentes toute hiérarchie, toute idéologie et toute norme sociale pour ne laisser de place qu’à l’être humain – nu et démuni, certes, mais subitement entier, comme révélé à soi-même.

En 1991, alors que tout s’effondre, il fonde avec quelques collègues la compagnie Vicaar, spécialisée dans l’organisation de voyages dans le Grand Nord. L’explorateur se fait guide touristique afin de continuer à vivre sa passion. Depuis 1997, il accompagne 3 à 4 fois par année des équipes au pôle Nord, ce point sur le globe où le temps n’existe pas et d’où l’on ne peut regarder que vers le Sud.

A-t-il observé des changements? La couche toujours plus fine de la banquise, le recul de ses limites n’ont certes pas échappé au scientifique. Mais, dit-il, c’est en 2007 qu’a été observé le recul le plus significatif de la calotte glaciaire, depuis elle est dans une phase de croissance. Et d’ailleurs, si le Nord se réchauffe, on mesure dans certaines régions de l’Antarctique des pics de froid inédits. Le réchauffement planétaire, Viktor n’y croit pas. Globaliser les problèmes lui paraît par trop simpliste. Surtout, il doute que l’homme y soit pour grand-chose. La nature retrouvera forcément un équilibre.

C’est d’autres changements qui lui viennent spontanément à l’esprit: le retour en force à partir de 1996 de toutes les tracasseries administratives, qui exigent chaque année plus de paperasserie avec tout ce que cela implique de perte de temps et d’énergie, mais aussi de projets avortés. On sent une pointe de nostalgie dans la voix du baroudeur quand il évoque ces cinq années où la nouvelle Russie, au bord de l’anarchie, lui a permis les projets les plus fous sans avoir à faire signer un seul papier. La liberté découverte aux pôles s’était étendue au pays entier.

Une première à 65 ans

Une parenthèse maintenant refermée, mais Viktor n’a pas l’habitude de ressasser le passé. «J’ai eu tant de chance dans ma vie» répète-t-il, profondément reconnaissant envers sa bonne étoile.

Viktor Boyarsky a été le directeur du Musée arctique et antarctique de Saint-Pétersbourg. Une corde de plus à l’arc de ce connaisseur intime des régions polaires, qui a mis sur pied, avec ses collègues Mikhaïl et Leonid, les étapes sibériennes du grand reportage de la rédaction de 24 heures. Ce soir, il emmène personnellement quatre membres de notre délégation découvrir une région du Grand Nord russe qu’il connaît comme sa poche. Mais, pour la première fois, ce sera en été. A 65 ans, il a encore tant de choses à découvrir et de personnes à révéler.

*Romain Bovy, Vaudois et Russe, est le coordinateur du projet «Grand Nord» de 24 heures

(24 heures)

Créé: 01.07.2016, 17h14

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