Lausanne attend sa maison de naissance

MaternitéLe CHUV va ouvrir quatre chambres dédiées à l’accouchement au naturel. Un lieu géré par les sages-femmes où, sauf pépin médical, médecins et médicaments ne sont pas les bienvenus.

L’Espace physiologique de naissance de l’Hôpital intercantonal de la Broye est équipé d'un lit matrimonial et d'une baignoire. Il a ouvert en 2013; le CHUV veut faire de même début 2018. Le canton de Vaud compte quatre maisons  de naissance. Aucune dans la capitale.

L’Espace physiologique de naissance de l’Hôpital intercantonal de la Broye est équipé d'un lit matrimonial et d'une baignoire. Il a ouvert en 2013; le CHUV veut faire de même début 2018. Le canton de Vaud compte quatre maisons de naissance. Aucune dans la capitale. Image: PHILIPPE MAEDER

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La grossesse n’est pas une maladie, n’a de cesse de répéter la corporation des sages-femmes. La médicalisation de l’accouchement est désormais remise en question par les hôpitaux eux-mêmes. Le CHUV suit le mouvement: la plus grande maternité du canton va ouvrir un espace physiologique début 2018. Pas d’obstétriciens, pas de péridurale ni de césarienne… Ici, la naissance est (ré)envisagée comme un processus naturel dans lequel, sauf complications, la médecine n’a pas à s’immiscer.

Le canton de Vaud compte quatre maisons de naissance; aucune dans la capitale. Seuls quelques mètres sépareront les quatre chambres de la future unité physiologique du CHUV des salles d’accouchement et du bloc opératoire. Une proximité rassurante pour les candidates craignant les complications. D’autant que la demande est là. «Nous en refusons une sur deux, dont beaucoup de Lausannoises», rapporte Barblina Ley, sage-femme à la maison de naissance Aquila, à l’Hôpital d’Aigle. Elle salue le mouvement consistant à «sortir» les maternités de l’hôpital tout en restant près du plateau technique. «Au final, l’essentiel est de donner le choix aux femmes. Toutes devraient pouvoir accoucher physiologiquement si la grossesse se déroule bien.»

Objectifs sanitaires

Le projet du CHUV répond à une demande croissante, mais aussi à des objectifs sanitaires, explique Jérôme Bachelard, directeur administratif adjoint du Département de gynécologie obstétrique: «On sait que les accouchements sans problèmes médicaux particuliers qui se déroulent avec une sage-femme de confiance, sans intervention médicale, permettent de limiter le risque de complications.» Les femmes admises dans l’unité selon des critères stricts pourront repartir après quelques heures ou dormir sur place une ou deux nuits. «Dans la mesure du possible, c’est la sage-femme qui a suivi la grossesse qui assistera l’accouchement», précise Jérôme Bachelard.

«De plus en plus de femmes veulent prendre leur temps et faire de l’accouchement un moment privilégié»

L’Hôpital intercantonal de la Broye (HIB) a ouvert une unité semblable en 2013. Huitante nourrissons y ont vu le jour l’an dernier, soit 13% du total des naissances. «De plus en plus de femmes veulent prendre leur temps et faire de l’accouchement un moment privilégié, remarque Sybile Empis de Vendin, sage-femme cheffe à la maternité de Payerne. Elles disent parfois que ce n’est pas du tout ce qu’elles avaient imaginé. Il y a énormément de fantasmes liés à l’accouchement. Oui, ça fait mal. Mais, quand les femmes ont bien réfléchi et ont pris conscience que c’est un processus physiologique, tout se passe très bien.»

A l’HIB, le taux de transfert pour une prise en charge médicale est d’environ 25%. «Principalement en raison d’une demande de péridurale ou du bébé qui se fatigue, précise Sybile Empis de Vendin. Il n’y a jamais eu d’urgences vitales.»

La place du docteur

La mode est donc aux unités intra-hospitalières. Reste à définir les rôles. A quel moment la pathologie prend-elle le pas sur le physiologique? Quand exactement le médecin doit-il intervenir? A Aquila, les sages-femmes tiennent à leur indépendance. «C’est nous seules qui avons la responsabilité de l’accouchement, jugeons des critères d’exclusion et du moment où se retirer et laisser la main aux médecins, insiste Viera Hubik. Nous ne devons pas rendre de comptes. Au CHUV, les sages-femmes seront employées par l’hôpital et n’auront pas cette liberté totale. Le risque de glissement vers la médicalisation est plus important.»

A l’HIB, par exemple, le protocole prévoit que des médicaments peuvent être administrés pour augmenter les contractions. Côté CHUV, on garantit la «souveraineté» des professionnelles en salle d’accouchement.

«A un moment donné, on avait presque oublié l’existence des sages-femmes»

Si elle reste prudente, la profession se réjouit de sentir le vent tourner. «Nous vivons un moment charnière, observe Viera Hubik. La santé publique promeut les retours rapides, combat la surmédicalisation… Pendant longtemps, l’accouchement se faisait à la maison. Puis le monopole a été pris par les médecins et l’hôpital. A un moment donné, on avait presque oublié l’existence des sages-femmes.» Elles suivent aujourd’hui 90% des Vaudoises, avant ou après l’accouchement. (24 heures)

Créé: 14.06.2016, 07h36

«Le souvenir d’un moment vraiment privilégié»

Enceinte de sa première fille en 2009, Flavienne a opté pour un accouchement en maison de naissance. La jeune femme est alors suivie par une sage-femme d’Aquila, à Aigle. «Une relation magnifique s’était créée avec elle. Une présence connue et rassurante, c’est précieux quand on accouche.» Le jour J, Flavienne prend le chemin de la maison de naissance lorsque les contractions se rapprochent. «Je me suis mise dans la baignoire et j’y suis restée cinq heures, raconte-t-elle. Puis je me souviens vaguement de m’être déplacée, d’avoir testé toutes sortes de positions pour soulager la douleur. Je n’avais pas le sentiment de la subir parce que je pouvais bouger librement dans la pièce. Pas un instant je n’ai songé à demander une péridurale. On perd aussi la notion du temps; c’est comme si j’étais «en dehors de mon corps».

Mon mari était présent pour me soutenir. Au moment de pousser, cela a été plus chaotique. Je me suis évanouie deux fois. Je poussais de toutes mes forces, mais le bébé ne sortait pas: trop gros. L’obstétricien est venu et il a pratiqué un forceps. Et puis on a posé le bébé sur mon ventre et là, tout le monde est sorti de la pièce. Mon mari et moi avons pu faire connaissance avec notre enfant pendant un quart d’heure, en toute intimité. Le cordon n’était pas coupé; le bébé n’était pas lavé. Ce premier contact, c’était merveilleux. On nous a laissés un moment qui n’appartient qu’à nous, un moment vraiment privilégié que l’on a pu vivre pleinement. Nous sommes rentrés à la maison dans les heures qui ont suivi. Je n’aurais jamais pu rester seule à l’hôpital, sans mon mari et parfois séparée de mon bébé.»

Malgré la douleur, elle ne regrette rien. «Je voulais le refaire pour ma 2e fille, mais cela n’a pas été possible. L’accouchement a nécessité un encadrement médical.»

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