La chèvre, le chou et les prostituées de rue

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La Municipalité de Lausanne se félicite. Elle a réussi à faire passer mardi sa vision de la prostitution en ville, contre l’avis des Verts et de l’extrême gauche. Cette nouvelle politique âprement débattue déploiera ses effets au printemps: le périmètre dévolu au racolage sera réduit de plus de moitié dans le quartier chaud de Sévelin.

Sur le papier, tout le monde est gagnant: les travailleuses du sexe ne sont pas chassées hors les murs, tandis que les riverains dormiront du sommeil du juste. Moins de nuisances, certes, mais pour qui? En tant que locataire d’un des 350 logements douillets qui viennent de sortir de terre sur la friche de Sébeillon, je devrais me réjouir. Il n’y a pourtant pas de quoi, sauf à vouloir se voiler la face. Car rendre moins visible ce qui se joue tous les soirs, toutes les nuits, sous nos fenêtres, c’est prendre le risque de fermer encore plus les yeux sur une réalité insoutenable dont nous sommes déjà les complices.

«Rendre invisible ce qui se joue toutes les nuits sous nos fenêtres, c’est fermer les yeux sur une réalité insoutenable dont nous sommes déjà complices»

Même sans remettre en question la prostitution en tant que telle (une activité légale qui reste profondément ancrée dans nos mentalités comme «le plus vieux métier du monde» ou «un mal nécessaire»), on ne peut plus faire semblant d’ignorer qu’à Lausanne, comme ailleurs, les prostituées de rue sont une population extrêmement précaire. Une étude menée à Sévelin et publiée en 2011 dans la Revue Médicale Suisse le confirme: 96% des prostituées interrogées sont d’origine étrangère, 66% sans titre de séjour valable.

D’ailleurs, les habitants de Sévelin n’ont pas besoin de statistiques pour constater que «ces dames» – comme les appellent volontiers ces messieurs – sont pour la plupart de très jeunes femmes issues de la migration. Quant à prétendre qu’elles sont là par choix, on se fiera à l’expérience récente de la réalisatrice Elise Shubs. La cinéaste s’est immergée une année entière dans ces bas-fonds pour tourner son documentaire Impasse. Toutes les femmes qu’elle y a rencontrées ont été jetées sur le trottoir, contraintes par un réseau, un village, une famille ou un époux.

Quitte à cautionner l’exploitation sexuelle de personnes vulnérables, ayons la décence de tout faire pour qu’elles puissent travailler dans les moins mauvaises conditions possibles. C’est tout le contraire que Lausanne s’apprête à faire en les entassant à l’abri des regards sur 700 mètres de bitume. (24 heures)

Créé: 17.02.2017, 23h31

Joëlle Fabre, Rédactrice en chef adjointe

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