Une réforme qui en cachera bien d’autres

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Même bancal, parce qu’obtenu de justesse grâce à un Parti vert’libéral à la position moins étrange qu’il n’y paraît (on est contre, mais on vote pour afin que le peuple puisse se prononcer), le compromis sorti de la session de printemps des Chambres fédérales sur la réforme de notre système de prévoyance est une bonne nouvelle. Cela fait si longtemps (une génération!) que l’ouvrage était remis sur le métier parlementaire sans jamais arriver au bout, que le seul fait d’avoir une proposition ficelée destinée à être soumise au verdict des urnes est un événement en soi. Même s’il a fallu pour cela une bataille rangée où chaque camp a montré sa capacité d’entêtement.

Fin septembre, les Suisses diront donc ce qu’ils pensent de ce paquet de pilules à avaler – hausse de l’âge de la retraite des femmes, baisse du taux de conversion des rentes et modeste contribution de plus pour les nouveaux rentiers AVS.

«Le risque, à terme, est de voir le troisième pilier gagner une importance démesurée»

Mais au rythme auquel évolue la pyramide démographique suisse, ce scénario va se répéter souvent, et la réforme de la prévoyance ressemblera à un remake du Jour sans fin. Dans dix ans au plus tard, il faudra repourvoir les caisses de l’AVS. Car les fondements même du système de retraites que nous connaissons depuis les années 1980 sont remis en cause. Non seulement le rapport entre la proportion d’actifs et celle de retraités place sous une pression de plus en plus aiguë son mécanisme de solidarité implicite. Mais, de surcroît, l’évolution de l’économie met à mal les taux de rendement escomptés pour que le cercle vertueux imaginé au XXe siècle tourne encore rond. Depuis la crise financière de 2008, les taux d’intérêt restent très bas en Suisse et en Europe, et ce phénomène peut perdurer encore plusieurs années. Le loyer négatif de l’argent imposé aux acteurs financiers par la Banque nationale suisse, pour empêcher le franc suisse de s’envoler, est un poison pour les caisses de pension.

Pour qui pensait le système actuel intouchable, chaque étape aura la saveur amère du sacrifice. La baisse du taux de conversion rejetée alors tient presque de l’évidence aujourd’hui. Cette systématique – ce qui est inacceptable un jour devient indispensable plus tard – est-elle inscrite dans le marbre? Le risque, à terme, est de voir le troisième pilier, basé sur la capacité individuelle de chacun à financer un bas de laine complémentaire, gagner une importance démesurée. Creusant encore les écarts sociaux entre Suisses. (24 heures)

Créé: 17.03.2017, 18h06

Thierry Meyer, rédacteur en chef

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