«Französisch ist so wichtig»

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L’enseignement du français prend l’eau en Suisse alémanique. Déjà, il n’est plus qu’un «problème». Bientôt, il ne sera qu’un souvenir. Cette affaire m’inspire une immense lassitude. J’ai envie de dire à nos cousins germains: si vous voulez vraiment vous tirer cette balle dans le pied, go ahead! Les premiers appauvris, ce sera vous.

Début mai, un reportage sur RTS La Première nous emmenait au cœur de la mutation en cours: dans une école primaire thurgovienne, là où, à la rentrée, les heures de français seront probablement supprimées. Au micro, on entendait une maîtresse donner sa leçon. Puis, dans une interview, livrer un vibrant plaidoyer pour la langue de Ramuz. Elle s’exprimait avec conviction. Sauf que… c’était en allemand.

«Une prof de français dit l’importance du français, sur les ondes d’une radio francophone -en allemand»

Voilà qui résume, mieux qu’une savante analyse, le pourquoi de l’échec de l’enseignement des langues en Suisse. Je reprends. 1) Une prof de français dit l’importance du français, sur les ondes d’une radio francophone – en allemand. 2) La journaliste ne donne aucune explication, elle ne relève même pas l’incongruité. Elle trouve ça normal et nous invite, implicitement, à trouver ça normal (et passe magistralement à côté du sujet central de son reportage).

Puisque l’enseignante ne nous a pas expliqué son choix, je m’autorise à le faire: elle a péniblement appris le français à l’école thurgovienne. Elle n’a pas d’aisance dans cette langue, elle craint de faire des fautes et d’être jugée par les auditeurs. Et encore, elle aime le français et le parle probablement mieux que la plupart de ses collègues. Question: comment, dans ces conditions, voulez-vous que ça marche?

Aujourd’hui – surprise! –, c’est un UDC dissident qui commente la nudité du roi: Peter Maag, directeur de la Chambre de commerce thurgovienne, propose d’engager des enseignants de langue maternelle. Eureka! Au lieu de dépenser des millions pour inventer des méthodes «vivantes» à l’épreuve de l’ignorance des profs, on pourrait mettre le paquet sur un programme massif d’échange d’enseignants. Instaurer, pour tout prof en formation, une année obligatoire de pratique de l’autre côté du Röstigraben. Mais aussi: puiser dans le vivier des locuteurs de langue maternelle sur le territoire. Tous ces conjoints francophones (respectivement germanophones) qui feraient d’excellents profs mais qui n’ont pas le bon diplôme.

«Pour enseigner le français en Thurgovie, il faut être diplômé de la Pädagogische Hochschule Thurgau»

Non. Pour enseigner le français en Thurgovie, il faut être diplômé de la Pädagogische Hochschule Thurgau. Le papier idoine passe avant la connaissance de la langue. Allez vous étonner, ensuite, que l’enseignement précoce du français n’ait pas «porté ses fruits». Car tel est le grand argument des opposants, «recherches scientifiques» à l’appui.

Je ne sais pas combien ces recherches ont coûté, mais je dis: c’est de l’escroquerie intellectuelle institutionnalisée. Tenez, quand j’y pense, la lassitude fait place à la colère. Quel gâchis. Was für eine Verschwendung. Che scempio. (24 heures)

Créé: 19.05.2017, 21h32

Anna Lietti, chroniqueuse

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