Catherine Hettinger, martyre du capitalisme

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Avez-vous acheté un «hand spinner» à votre enfant? Vous savez, cet engin qui fait fureur, une sorte de toupie à trois branches que l’on fait tourner entre le pouce et le majeur. Il paraît que ça déstresse. Ce qui est sûr, c’est que de voir ses gamins concentrés sur autre chose qu’un écran, ça déstresse les parents. Un machin même pas cher, pas bruyant, pas encombrant, pas violent, c’est inespéré, vive le « hand spinner ».

Bon, Forcément, il y a une zone d’ombre à cette belle histoire. C’est le triste destin de l’inventrice du jouet, Catherine Hettinger, la soixantaine maladive, qui assiste à l’explosion planétaro-commerciale de sa créature sans toucher un sou des centaines de millions qu’elle génère.

Sur la photo publiée par le quotidien britannique The Guardian, qui est allé la trouver en Floride, elle n’est pas très jolie à voir, la polytechnicienne paupérisée. Il faut dire qu’elle souffre de myasthénie, une maladie auto-immune qui provoque une faiblesse musculaire persistante. Quand sa fille était petite, raconte-t-elle, elle n’avait même pas la force de ramasser ses jouets. C’est ainsi qu’un jour d’été particulièrement horrifique, elle s’est mise à griffonner le projet d’un engin pas encombrant, pas cher, pas bruyant, avec lequel l’enfant pourrait s’amuser seule.

C’était au début des années 1990. En 2005, Catherine Hettinger renonce à renouveler son brevet : elle n’a simplement pas les 400 dollars nécessaires pour continuer à protéger l’ invention. C’est là qu’Hasbro, sort du bois, lance la fabrication et fait un tabac. Le géant du jouet connaît bien le gadget : il s’y est intéressé quelques années auparavant, l’a testé dans ses laboratoires. Avant de le ranger bien au chaud dans un tiroir et d’éconduire sa créatrice.

Oui, les inventeurs sont les martyrs du capitalisme. Catherine Hettinger doit méditer cette vérité, tout en luttant pour faire rétablir sa ligne téléphonique coupée faute de paiement. Elle s’est documentée : trois pour cent seulement des génies solitaires encaissent les bénéfices de leur création. Trois pour cent, nom d’un roulement à bille.

Maintenant que vous avez offert un « hand spinner » à vos enfants, vous voilà face à la torturante question: faut-il lui dire la vérité ? Livrer la morale de la fable, à savoir : rien ne sert d’avoir des idées nouvelles et audacieuses, l’important est de savoir profiter de celles des autres ? Tant d’obscénité, n’est ce pas traumatisant ?

A vous de voir. Moi, cette histoire m’énerve, j’ai besoin de me déstresser. Comment ? En soutenant Catherine Hettinger, qui fait appel aux dons pour mettre sur le marché le « hand spinner » dans son design d’origine (//classicspinner.com). Courage, Catherine, la roue tourne, encore un effort pour être capitaliste. (24 heures)

Créé: 12.05.2017, 21h19

Anna Lietti, chroniqueuse

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