Déshumanisation, la riposte et l’enjeu

L'invitéePour Françoise Emmanuelle Nicolet, la dégradation des libertés publiques suscite toujours la déshumanisation.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

L’Histoire humaine est jalonnée d’idéologies, de politiques et de stratégies porteuses de déshumanisations radicales. Avec ou sans prétexte religieux.

Exproprier une personne ou un groupe humain de son humanité revient toujours à justifier à son encontre les pires atrocités. Combattre la barbarie et l’asservissement dans toutes leurs figures est un enjeu permanent. L’école publique et laïque a dans cette lutte un rôle central à jouer. Dans son ambition d’égalité, d’émancipation et d’universalité, elle peut et doit assurer un accès égal à chacun et à chacune aux langages et aux savoirs.

Il est essentiel de renforcer les éléments qui doivent être acquis par un travail de construction intellectuelle et non par des savoirs amputés de leurs supports disciplinaires. Ce capital culturel doit être garanti à toutes et tous les jeunes, quelles que soient les compétences que leur prêtent les sélectionneurs de tout poil. Priver un humain de développement de son esprit critique, c’est le début de la déshumanisation. Au contraire, assurer un accès égalitaire et universel à la culture, c’est la base du souci de soi et de la liberté.

Œuvrer à la formation et au développement de l’esprit critique doit être au cœur de l’enseignement et faire la fierté de toutes les actrices et tous les acteurs de l’école. Notre mission est bien d’aider les jeunes à comprendre le monde, à l’analyser pour le saisir, à prendre position et à s’engager, en femmes et hommes libres. Nous avons à former l’esprit face à la menace des déshumanisations, dans une société axée sur l’hégémonie de la performance et du rapport marchand, marquée par une crise de la démocratie vivante, politique et sociale. La dégradation des libertés publiques suscite toujours la déshumanisation.

Affronter une entreprise radicale de déshumanisation exige le développement d’une vie démocratique forte, un engagement politique têtu, une construction intellectuelle qui mette en rapport école et ambition collective de prendre en charge notre destin démocratique.

Le pouvoir et ses oligarchies exercent un effort permanent pour brider celles et ceux qui veulent changer l’ordre des choses. Les retournements sémantiques – comme les célèbres «la guerre c’est la paix» ou «l’ignorance c’est la force» dénoncés par G. Orwell dans 1984 – sont des outils de propagande devenus courants; il faut savoir les déjouer.

Gare aux glissements captieux qui veulent amalgamer le terrorisme à l’insoumission, à la contestation ou à la dissidence. La lutte des majorités sociales pour leur émancipation n’est jamais de l’extrémisme déshumanisant mais elle est toujours de l’insoumission. C’est-à-dire de l’autodétermination, intellectuelle, politique, culturelle et morale. L’école contribue à penser tout cela. Elle offre cette connaissance qui libère.

(24 heures)

Créé: 16.06.2017, 15h16

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

Match sans merci pour les médias électroniques, paru le 21 juin
Plus...