Quand la morale augmente la violence

L'invitéOlivier Delacrétaz se penche sur les conflits armés et place les Occidentaux en face de leur responsabilités.

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Les Etats occidentaux ont pris l’habitude d’aborder les problèmes politiques sous l’angle de la morale. Ils favorisent une révolution ou déclarent la guerre en fonction de la vilenie de tel chef de gouvernement, Bachar el-Assad, par exemple, ou Saddam Hussein, ou Mouammar Kadhafi, ou Zine el-Abidine Ben Ali… Certains rêvent même d’une guerre contre Vladimir Poutine, le vilain par excellence.

Qu’il y ait manipulation des foules et des médias, dans cette moralisation à outrance de la politique internationale, c’est évident. Pensons aux inexistantes «armes de destruction massive» qui ont justifié moralement la guerre préventive d’Irak! Mais une communication mensongère n’interdit pas la sincérité idéologique. Le président Bush était sincère, en janvier 1991, lorsqu’il déclarait au Congrès à propos de l’opération Tempête du désert: «Notre cause est juste, notre cause est morale, notre cause est bonne.» L’ennui, c’est que, par un terrifiant contresens, plus une guerre est dite morale et plus on croit qu’elle légitime l’emploi de moyens immoraux.

Les guerres morales ont certes «dégagé» quelques tyrans, mais, hormis l’ivresse populaire, fortement médiatisée, des premières heures, on ne peut pas dire que les peuples concernés aient des motifs de s’en féliciter. Toutes ces révolutions aggravent la situation, déjà précaire, par les désordres civils et militaires résultant de l’absence d’une autorité politique stable et reconnue. Cela appelle, de la part des comités révolutionnaires, mille mesures d’urgence et d’exception, souvent contradictoires et perpétuellement reconduites, dont le simple citoyen et sa famille font douloureusement les frais.

Qu’une bombe soit lancée au nom de la morale ne change pas grand-chose pour ses victimes

Certains diront que c’est le prix à payer pour faire triompher les droits de l’homme. Ce prix, ce n’est pas eux qui le paient. Et les droits de l’homme ne sont pas forcément au bout du chemin. Parfois même, on le voit en Libye, le pays «libéré» est en proie à l’une de ces guerres civiles endémiques qui, précisément, annulent tous les droits.

Aveuglés par leur propre rhétorique moralisante, les Etats occidentaux n’imaginent même pas que leurs interventions, même «chirurgicales», pourraient être ressenties comme autant d’agressions impérialistes. Car le fait qu’une bombe soit lancée au nom de la morale ne change rien pour les victimes et leurs proches. Nous – je dis «nous» parce que les peuples ne font pas le détail – accumulons depuis des années un ressentiment durable dans le cœur d’innombrables personnes.

Et il y a lieu de craindre que ce ressentiment, avec le désir de réparation qui l’accompagne et que Daech et d’autres s’emploient à radicaliser, ne subsiste chez pas mal de ces migrants que notre moralisme belliciste a contribué à chasser de leur pays. (24 heures)

Créé: 10.01.2017, 12h25

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