Le Père Noël est une ordure et Jésus-Christ une superstar

La rédactionBoris Senff nous donne sa vision des Fêtes de fin d'année.

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Sur l’échelle d’une spiritualité déiste, je me placerais, au mieux, sur le palier d’un agnosticisme prudent, confondant la totalité cosmique avec la divinité, et, au pire, au niveau d’un athéisme épris d’un néant plutôt apaisant. Sur un registre purement symbolique, les croix de bois austères du protestantisme m’ont toujours moins fasciné que les bénitiers de pierre ouvragés des catholiques, aussi peu ragoûtante que soit l’eau qui y croupit… Pourquoi cet aveu de convictions personnelles et qui pourraient le rester?

C’est que, année après année, dans la jungle décembriste des sapins enguirlandés, dans la profusion de loupiotes étoilées, dans le sempiternel amoncellement de cadeaux aussi inutiles que les papiers dorés qui les recouvrent, apparaît avec constance la figure honnie du Père Noël. Avec sa tronche aussi bouffie que bonasse, sa barbe touffue masquant d’inavouables pulsions, le bonhomme emmitouflé dans son drapeau suisse double couche perd sans cesse de ses charmes scandinaves pour gagner en efficacité consumériste, en bras armé (de fourrure) du capitalisme de fin d’année et effigie de l’indigestion généralisée qu’une gorgée de Coca ne saura jamais résorber.

J’ai beau ne plus croire au Père Noël depuis des années, il est toujours là, sa silhouette en surcharge pondérale écrasant la liturgie officielle de la fête, célébration supposée de la naissance du Christ!

Sa barbe à la Alain Delon ne vaut-elle pas mieux que celle du Père Noël et des hipsters?

Même si l’impératif est souvent manié par de suspects chrétiens intégristes, tournons-nous vers le petit Jésus, si délaissé, si fragile entre son âne et son bœuf, si incertain de ses origines entre une vierge, un vieillard impuissant et une entité omnipotente. Trop souvent réduit à une décoration murale pour bigots en manque d’imagination, le supplicié millénaire ne vaut-il pas mieux que son concurrent rougeaud et triomphant?

N’est-il pas l’Homme personnifié? Sa barbe à la Alain Delon ne vaut-elle pas mieux que celle du Père Noël et des hipsters réunis? Le beatnik antique n’a-t-il pas fusé – et sans moto! – au cœur du désert pour se confronter au diable? Dans sa fréquentation confraternelle des catins et des adultérins n’a-t-il pas ouvert la voie à la tolérance LGBT? Bien avant qu’il ne soit pris en otage par une mafia vaticane avide de lin et d’or purs, habillé d’un seul pagne souillé, n’a-t-il pas réhabilité avec fierté la condition de pauvre bougre, aujourd’hui si conspuée quand elle n’est pas dissimulée?

Avec lui, les marchands du temple avaient les boules et une trace de sandale imprimée sur le fessier… Et que l’on ne vienne pas me dire qu’il ne savait pas faire la fête, lui qui distribuait généreusement le vin à ses ouailles! Une consolation: le Père Noël sent le sapin et Jésus est si jeune dans sa crèche que ce punk éternel semble avoir l’avenir pour lui.

(24 heures)

Créé: 20.12.2016, 15h54

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