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Soins à domicile

Les étrangères travaillent à la limite de l'esclavage

Par Marc-Henri Jobin. Mis à jour le 06.06.2012

Elles viennent de l'Est, d'Italie, de France. Elles résident auprès des personnes qu'elles soignent, jour et nuit, sept jours sur sept, pour un salaire misérable. Les organisations de soins sont choquées.

De plus en plus de personnes âgées devenues dépendantes se font soigner à domicile par des jeunes femmes de l'est dont les conditions de travail sont excessivement précaires.

De plus en plus de personnes âgées devenues dépendantes se font soigner à domicile par des jeunes femmes de l'est dont les conditions de travail sont excessivement précaires.
Image: Keystone

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Vieillir à domicile est un idéal. Même en étant dépendant, dès lors qu'on est bien entouré. Problème, la réalité n'est souvent pas aussi belle et magique que dans les «Intouchables».

De nouvelles sociétés fleurissent en Suisse, qui proposent une prise en charge complète de personnes dépendantes pour 5000 à 8000 francs par mois. Ce n'est pas bon marché, mais très compétitif en comparaison des homes spécialisés.

En principe, deux employés - souvent des femmes venues de l'étranger - assurent le service sur un mois, chacun à raison de deux semaines non-stop passées au domicile du client. Une fois passé ce délai, il faut récupérer. Problème: une fois partagé en deux, le salaire mensuel global de 3000 à 5000 francs versé par l'employeur peine à assurer le minimum vital.

L'effet de la libre circulation

Le phénomène est relativement nouveau en Suisse mais n'est pas près de s'arrêter, constate le Tages-Anzeiger mercredi dans un dossier consacré à la question. Avec le vieillissement de la population, les situations de dépendance physique ou mentale se multiplient, que les familles ne peuvent gérer seules.

Jusqu'ici, les personnes dépendantes étaient en majorité accompagnées quelques heures par jour par les organisations officielles d'assistance et de soins à domicile ou placées dans les homes. Conséquence de la libre circulation des personnes, elles peuvent désormais s'offrir un suivi complet à domicile, avec l'arrivée en nombre de jeunes femmes étrangères en quête d'emploi.

Une étude de l'Université de Zurich commandé par le Bureau zurichois de l'égalité montre que ces nouvelles immigrantes, même si elles travaillent en toute légalité, sont très mal protégées par la loi.

Leur contrat prévoit certes un maximum de 50 heures de travail par semaine. Mais comme elles sont disponibles en permanence, il leur est difficile de tenir cette norme au-delà de laquelle l'employeur se délie de toute responsabilité.

La situation est comparable en Suisse romande. A Genève, ce nouveau marché est aussi en plein essor. Il n'est pas rare en outre que les familles embauchent ces nouvelles «gouvernantes» au noir. «Elles viennent des pays de l'Est mais aussi d'Italie ou de France», observe Béatrice Salone, responsable de l'Assistance à Domicile pour la région genevoise.

Non sans risque

La situation est telle que les organisations officielles d'assistance et d'aide à domicile font pression sur les autorités pour qu'elles mettent de l'ordre dans ce nouveau marché. Aussi, disent-elles, pour éviter aux familles et patients alléchés par des prix bas de prendre trop de risques.

Les personnes engagées viennent de loin et ne sont pas encore intégrées. Elles ne sont souvent pas formées ni même instruites pour faire face aux diverses situations. «Surtout après deux semaines non-stop, il devient hautement probable qu'une personne puisse être débordée face à une situation imprévue», note à cet égard Béatrice Salone.

Sur le plan salarial aussi, on est loin des conditions proposées par les organismes officiels. Ceux de l'Etat proposent en général les meilleures conditions. Le personnel de la Fondation des services d'aide et de soins à domicile de l'Etat de Genève (FSASD) , par exemple, gagne entre 57'000 et 77'700 francs par année, selon l'ancienneté, pour 40 heures de travail hebdomadaires.

La FSASD ne ressent toutefois pas l'effet du développement de l'immigration dans le domaine des soins. La demande pour ses services reste importante, note son responsable Marc Hermant, questionné par 24 heures. La fondation n'éprouve en outre pas de difficulté particulière à recruter du personnel. (Newsnet)

Créé: 06.06.2012, 14h27

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