Du Mur de Grammont à Istanbul, Alain Rumpf retrouve le goût de l’authentique

CyclismeDe la Belgique au Bosphore, le Vaudois a bouclé la Transcontinental Race (4460 km) en quinze jours.

Quatre crevaisons en 40?km: la Strada dell’Assietta, entre Sestrières et Turin, n’a pas été tendre avec Alain Rumpf, qui en sera réduit à pousser son vélo sur les derniers kilomètres.

Quatre crevaisons en 40?km: la Strada dell’Assietta, entre Sestrières et Turin, n’a pas été tendre avec Alain Rumpf, qui en sera réduit à pousser son vélo sur les derniers kilomètres. Image: Alain Rumpf

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«L’itinéraire demandé est trop long. Veuillez modifier votre itinéraire.» Mot pour mot, ce qui s’affiche sur l’écran lorsqu’on tente de simuler, en cliquant sur l’icône vélo, le périple de la Transcontinental Race. Ce qui déroute Mappy, Alain Rumpf l’a fait. Parti le 24 juillet dernier à minuit du mythique Mur de Grammont, haut lieu du cyclisme professionnel, le Vaudois de 43 ans a rallié Istanbul en une quinzaine. Quand, au Café Hisar d’Istanbul, le cinquième et ultime coup de tampon est tombé sur son brevet de coureur transcontinental, très exactement 15 jours 20 heures et 25 minutes s’étaient écoulés, sans que le chrono ne s’arrête jamais, depuis le premier coup de pédale, sur les pavés flamands.

De jour, de nuit, à travers la Belgique, la France, l’Italie, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie, la Serbie, l’Albanie, le Monténégro, la Macédoine, la Grèce et la Turquie, Alain Rumpf a avalé 4460 kilomètres (280 par jour en moyenne) et près de 40 000 mètres de dénivellation. 48e de cette troisième édition, le Villardou figure parmi la petite moitié de partants (175) ayant vu le Bosphore.

Sans assistance

Voilà pour les chiffres. La TCR ne saurait cependant se réduire à une performance sportive. «Au fil des jours, des frontières traversées (11), l’aventure prend le pas sur la compétition, explique Alain Rumpf. Jamais, je n’aurais pensé que les paysages de l’est de la Bosnie, par exemple, m’émouvraient autant, que je serais touché à ce point par l’Albanie. Au bout du compte, de la Transcontinental Race, davantage que la course, c’est la traversée du continent qu’on retient.»

A l’heure d’un cyclisme professionnel planifié, encadré, aseptisé, le Vaudois n’hésite pas à parler, à propos de ce type de raids au long cours, de «nouvelle frontière du vélo». Laquelle ramène aux sources des courses cyclistes, à une époque où de solides gaillards, mi-aventuriers mi-vagabonds, pédalaient toute la journée, mangeaient ce qu’ils trouvaient, dormaient quand ils le pouvaient. Le retour à un cyclisme simple, authentique. «Romantique» ose même Alain Rumpf. Car sur la Transcontinental Race, la distance proposée est inversement proportionnelle à celle d‘un règlement dont les dix points tiennent sur une page. Les plus importants étant l’interdiction de toute assistance extérieure et l’obligation de «pointer» au sommet du mont Ventoux (France), à Sestrières (Italie), à Vukovar (Croatie), au Mont Lovcen (Monténégro). Entre ces quatre points de contrôle intermédiaires, chacun choisit son itinéraire à sa guise. «La simplicité du concept, pour moi qui ai travaillé durant vingt ans à l’Union cycliste internationale, avait un petit côté rafraîchissant», rigole l’ex-manager de l’UCI Pro Tour. «L’organisation de la TCR est très «light». La finance d’inscription ne dépasse du reste pas les 150 euros.»

Alain Rumpf a alourdi son budget en optant pour la version «confort». Entendez la nuit à l’hôtel. «Si vous prévoyez de terminer en moins de dix jours (ndlr: le vainqueur, l’Anglais Josh Ibbett, a bouclé son périple en 9 jours, 23 heures et 54 minutes), vous n’avez d’autre choix que le sac de couchage et quelques heures de sommeil, par-ci par-là, au bord de la route. Dans mon cas, le choix de l’hôtel fut une des clés de la réussite. Non seulement en raison des quatre à six heures de sommeil quotidiennes, mais surtout parce que ça me permettait, après les quinze à dix-sept heures passées sur la selle, d’avoir chaque soir un vrai repas. Le régime Coca-Snickers, ça va un moment…»

«Mon corps s'arrêtait»

Alain Rumpf a pourtant bien cru ne jamais atteindre le Bosphore. «Le douzième jour, je somnolais sur mon vélo, sur les longues rectilignes surchauffées du nord de la Grèce, quand j’ai eu la «brillante idée» de m’acheter une boisson énergétique pour me donner un coup de fouet. L’effet a été catastrophique. J’ai fait une hypoglycémie, je n’étais pas loin de tomber dans les pommes, je vomissais… mon corps s’arrêtait.»

L‘aventure aurait pu s’arrêter bien plus tôt. Charmes-sur-Rhône aurait à jamais très mal porté son nom, pour le Villardou, s’il n’y avait retrouvé son passeport. «J’avais déjà fait 60?bornes lorsque je me suis rendu compte que je l’avais oublié dans une station-service. Cette bêtise m’a fait perdre cinq à six heures, le temps d’un aller-retour (ndlr: à vélo bien sûr) pour récupérer le document.»

40 km, quatre crevaisons

La troisième «grosse chaleur», le pédaleur au long cours se l’est vu servir sur la très alpine Strada dell’Assietta, un secteur d’une quarantaine de kilomètres davantage recommandé aux 4x4 qu’à un vélo de route. «Disons que je l’ai abordé de façon un peu trop enthousiaste. Résultat: j’ai crevé quatre fois alors que je n’avais que trois chambres à air de rechange. J’ai donc dû les réparer en route. Pour en préserver une, j’ai même poussé mon vélo sur les trois derniers kilomètres. Un moindre mal, car j’aurais pu me retrouver à pied bien plus longtemps…»

Sa carrière à l’UCI derrière lui, Alain Rumpf se lance aujourd’hui dans l’organisation de vacances à vélo. «Peut-être ne seront-elles pas toutes aussi aventureuses que la Transcontinental Race», promet-il. (24 heures)

Créé: 21.08.2015, 08h02

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