Hockey
La commotion, ce fléau de la glace
Par André Vouillamoz. Mis à jour le 29.02.2012 1 Commentaire
«Il m’est souvent arrivé de me lever dans le brouillard, plusieurs jours de suite, sans contrôle sur mon corps et mes émotions. La dernière fois, ça a duré plus d’un mois. Tu as tellement mal à la tête que tu ne peux même plus enfiler un casque.» Le témoignage d’un alcoolique abonné au delirium tremens? Celui d’un boxeur se remémorant de sévères k.-o.? Non, Dave Morissette était joueur de hockey professionnel. L’ex-«dur à cuire» du Canadien de Montréal (dans les années 90) raconte, à travers son expérience, ce que quantité de joueurs ont vécu et vivent encore.
Prompt à jeter les gants, Dave Morissette doit plusieurs de ses étourdissements persistants (une vingtaine de commotions durant sa carrière) aux bagarres dans lesquelles il fut impliqué. Si son cas ne saurait être exemplaire, le dossier «commotion cérébrale» est loin de ne concerner que les «policiers» de la glace.
En NHL, ils sont constamment plus d’une vingtaine à être privés de jeu, parfois durant des mois, pour avoir vu 36 chandelles. Huit joueurs commotionnés chez les Penguins de Pittsburgh, sept chez les Flyers de Philadelphie et les Islanders de New York: à ce rythme, on estime que 15% des joueurs auront contracté une blessure à la tête au cours de la saison. Une hécatombe.
Le cas Crosby
Et puis, si le dossier est si brûlant outre-Atlantique c’est bien sûr en raison de la longue indisponibilité de la grande star de la ligue. Victime d’une commotion cérébrale en janvier 2011 (ce serait la 5e de sa carrière), Sidney Crosby (24?ans) a bien tenté un retour au jeu en décembre dernier, mais des symptômes récurrents l’ont contraint à se remettre en mode «pause» après huit matches. Certains analystes de la plus prestigieuse ligue du monde ont même douté revoir un jour le capitaine de Pittsburgh sur des patins.
La NHL, avec ses patinoires aux dimensions réduites, ses joueurs «maousses» jouant les autos tamponneuses et sa culture de la bagarre est, c’est vrai, un terrain particulièrement propice aux commotions. Seulement, il n’y a pas qu’outre-Atlantique que le fléau s’étend. «C’est un problème qui nous occupe tous les jours, témoigne le Dr Daniele Mona, président du comité médical de l’Association suisse de hockey. On n’a pas de statistiques précises, mais le nombre de commotions est en forte augmentation, c’est une évidence.»
Pour une mauvaise charge, pour un coup de trop à la tête, combien ont vu leur carrière brisée. «On tolère sur les patinoires ce qui, dans la vie de tous les jours, finirait devant un tribunal.» Fabian Guignard sait de quoi il parle: formé à Forward Morges puis au LHC (1er match en LNB à 15?ans), l’ex-défenseur de Kloten fut contraint, à 30?ans, de mettre un terme à sa carrière, suite à sa 6e commotion.
«Il m’a fallu quatre ans pour me remettre d’aplomb physiquement et, aujourd’hui, j’ai encore des séquelles», raconte-t-il pudiquement. Le cas de l’ex-«Aviateur» est loin d’être isolé: faut-il rappeler ceux de Benoît Pont (ex-Ambri-Piotta), de Mike Gaul (ex-Gottéron, 7 commotions), deux joueurs que des chocs à la tête ont envoyé à la retraite.
Sans parler des commotions à répétition de tous ces hockeyeurs encore en activité mais souvent fragilisés. «Après une commotion, tu deviens plus sensible, tu te sens plus faible physiquement, témoigne Fabian Guignard. Tu crains alors davantage le contact et le jeu devient pour toi forcément plus dangereux; tu es dans un cercle vicieux, en fait.»
«Le but du jeu n’est pas de fabriquer des invalides pour la société.» Aujourd’hui employé dans une agence immobilière, Fabian Guignard ne reste pas moins concerné par les dangers du hockey. Alors que maints observateurs et techniciens mettent en cause l’accélération du jeu, le Lausannois se dit opposé aux mesures qui, en diminuant la vitesse, nuiraient selon lui au spectacle. Soigner la formation des jeunes, éducation comprise, et sanctionner enfin sévèrement les joueurs dangereux pour l’intégrité physique des adversaires serait à ses yeux bien plus approprié.
«Il se passe des choses terribles chez les juniors déjà, note-t-il. Beaucoup d’entraîneurs n’étant pas des éducateurs, la notion de respect de l’adversaire est reléguée au second plan.» Selon Fabian Guignard, la commotion ferait aussi moins de ravage si on apprenait mieux, depuis tout jeune, à anticiper une mise en échec, à se positionner pour l’encaisser. «Si on m’avait mieux formé dans ce sens j’aurais sans doute joué plus longtemps.»
«Il faut ralentir les joueurs, c’est une priorité»
Stupéfaite par l’escalade des commotions, la Fédération internationale (IIHF) est déterminée à agir. «Une commission est à l’œuvre pour préparer des changements et comme en Suisse nous sommes des pionniers pour ce qui concerne les informations sur la commotion, nous collaborons étroitement avec elle», témoigne Daniele Mona. Pour le praticien, comme pour la plupart des observateurs du reste, il ne fait aucun doute que l’accélération du jeu – suite notamment à la suppression de la ligne rouge et à l’instauration de la tolérance zéro (pour ce qui est de l’accrochage avec la canne notamment) – est une des causes majeures de l’augmentation du nombre de commotions. «Il faut ralentir les joueurs, c’est une priorité, insiste le Dr Mona. Seulement, par peur de nuire au spectacle, les décideurs des règlements ont beaucoup de peine à aller dans ce sens.»
S’il semble que l’IIHF se soit résolue à la réintroduction de la ligne rouge – et donc du hors-jeu des deux lignes –, celle d’un assouplissement de la tolérance zéro ne devrait pas passer la rampe. L’IIHF envisagerait aussi de punir les checks sur des joueurs n’étant pas en possession du puck et d’interdire les charges en zones défensives.
La solution pourrait aussi passer par la généralisation des bandes en plexiglas absorbant les chocs, du genre de celles utilisées en Amérique du Nord. Fabian Guignard et le Dr Mona relativisent l’efficacité des nouveaux casques arrivant régulièrement sur le marché. «Les impacts sont tels qu’il est illusoire de penser qu’on peut les réduire sur 1,5?cm d’épaisseur», remarque le joueur. «Le casque n’est efficace que dans certaines limites, explique pour sa part le médecin. La commotion peut du reste se contracter par transmission continue, suite à un choc mais sans même que la tête ne soit heurtée par quoi que ce soit.» Au niveau de l’équipement, le Dr Mona verrait par contre d’un très bon œil l'assouplissement des épaulières et des coudières, jugées trop rigides, donc dangereuses lorsqu’elles heurtent une tête.
Toutes les mesures du monde ne feront jamais des hockeyeurs des patineurs artistiques. Le danger rôdera toujours sur la glace. Tout comme Fabian Guignard, le Dr Daniele Mona insiste sur la notion de respect. «C’est primordial dans un sport de vitesse et de contact comme le hockey», souligne-t-il. Pas si évident de s’en souvenir dans le feu de l’action… (24 heures)
Créé: 29.02.2012, 22h43
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La rédaction
1 Commentaire
Bonjour,Question pourquoi les Boxeurs professionnel on peut de commission que les HockeyeursSalutations sportivesFab. Répondre
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