Ski-alpinisme
La méthode de préparation inédite d’une adepte de ski-alpinisme
A quelle fréquence a-t-elle rigolé? Lui est-il arrivé d’avoir des pensées négatives durant son entraînement ou en compétition? A-t-elle passé du bon temps avec ses amis? La qualité de son sommeil, ses moindres douleurs, le niveau de sa motivation, ses coups de déprime… Karin Moebes Maillardet veut tout savoir de Jennifer Fiechter.
La jeune Leysenoude (20?ans le 7 mai prochain) commence donc invariablement sa semaine devant son écran d’ordinateur, à répondre aux non moins invariables 55 questions de son coach personnel, une ancienne sportive d’élite devenue entraîneur Swiss Olympic et préparatrice mentale.
«Ce test a été mis au point par un psychologue américain et adapté aux sportifs, explique Karin Moebes Maillardet. Même si, en fait, je vois très peu Jennifer puisque j’habite La Côte-aux-Fées (NE) et que je ne me rends pratiquement jamais sur les courses, il me permet d’avoir une idée précise de son état mental et physique.»
Un lien virtuel Son lien virtuel avec son entraîneur, la jeune championne de Leysin l’alimente également par le «cahier d’entraînement» dans lequel elle consigne, au quotidien, ses doses effectives de sport ainsi que son ressenti. «Après chaque course, un questionnaire me permet aussi d’analyser ma performance des points de vue technique, physique et psychologique», explique le meilleur espoir romand 2011.
Dans un milieu de montagnards où on aurait plutôt tendance à fonctionner à l’instinct, à l’envie, la méthode peut surprendre par sa précision et sa rigueur. «S’entraîner au feeling, ça ne suffit plus à partir d’un certain niveau, note Karin Moebes Maillardet. Si vous ne structurez pas votre entraînement, vous aurez par exemple tendance à trop vous entraîner dans une période où vous vous sentez bien. Du coup vous n’aborderez pas la compétition dans la meilleure forme possible.»
Jennifer Fiechter, elle, peut compter sur les retours de courriel de son coach pour l’aider à atteindre cette forme optimale. Et en particulier sur une planification hebdomadaire de l’entraînement conçue en fonction des informations qu’elle fournit. «L’avantage de cette méthode, c’est qu’elle permet de réagir immédiatement quand l’athlète a une difficulté, explique Karin Moebes Maillardet. Admettons, par exemple, que je m’aperçoive que la récupération sociale (ndlr: relations à autrui hors du sport et du travail) de Jennifer est insuffisante: nous en parlerions, bien sûr, et, pour rétablir l’équilibre, nous diminuerions sans doute la charge d’entraînement afin qu’elle dispose de plus de temps pour ses contacts avec ses amis et sa famille. Des lacunes à ce niveau pourraient conduire à de mauvaises performances.»
Jennifer Fiechter vient de vérifier l’efficacité de sa collaboration avec sa coach, initiée en décembre 2010: en forme un peu trop tôt l’hiver dernier (ça ne l’avait pas empêchée de rafler quatre médailles aux Mondiaux juniors), elle a mis pile-poil dans la cible lors des récents championnats d’Europe. «Je me sentais en top forme.» Il fallait bien ça pour décrocher le titre de la course individuelle, l’épreuve reine, devant la Française Axelle Moralet, sa grande rivale. Avec l’argent de la course verticale et le bronze du relais, la Vaudoise est revenu de Pelvoux (France) avec toute la panoplie.
Objectif la Patrouille
Avec ses connaissances, son expérience et son très scientifique programme, Karin Moebes Maillardet entend maintenant à amener Jennifer Fiechter à un nouveau pic de forme à fin avril, pour la Patrouille des Glaciers (elle s’y était classée 2e en 2010 sur le parcours Arolla-Verbier). «Comme je cours pratiquement tous les week-ends, la semaine, à cette période de l’année, est surtout consacrée au travail de la vitesse et à la récupération», note la championne d’Europe junior. Plus rien à voir avec les doses d’entraînement de l’été ou de l’automne (64?heures en juillet, le mois le plus chargé). Les conseils de la coach ne restent pas moins précieux à longueur de saison, de mai à avril. «Karin doit souvent me freiner, reconnaît Jennifer Fiechter. J’aime tellement mon sport que j’aurais tendance à trop en faire.» (24 heures)
Créé: 14.02.2012, 22h32
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