Ski alpin
Russi, «l'architecte olympique», est satisfait de la piste de Sotchi
Bernhard Russi a dessiné la piste de Sotchi (Rus), site des JO 2014 et pour la première fois au programme en Coupe du monde ce week-end. L’Uranais de 63 ans est un habitué du genre, lui qui a conçu près de 20 descentes pour la Fédération internationale (FIS). Cela n’empêche pas le champion olympique de 1972 de se montrer «très nerveux». Interview.
La Coupe du monde découvre votre piste. Comment vous sentez-vous?
Je me sens très nerveux. Ce ne sont pas les parties tournantes qui m’inquiètent, mais celles où l’on trouve les sauts. Ils doivent être à la fois spectaculaires et sûrs. Nous allons voir comment ils fonctionnent, quitte à les adapter après les entraînements. J’espère que les skieurs ne vont pas se montrer trop inconscients. Si ces sauts sont abordés proprement, les coureurs peuvent voler loin (réd: 80 mètres), sans se mettre en danger.
Vous rappelez-vous de votre première prise de contact avec cette montagne?
C’était très agité. Le premier jour, nous sommes venus en hélicoptère. Mais à cause d’une tempête, je n’ai pas pu remonter dans l’appareil. Je suis alors rentré à pied avec deux personnes, avec qui je ne pouvais pas communiquer en allemand ou anglais. J’avais sur moi une carte, une boussole, une lampe de poche et une bouteille d’eau. Le téléphone ne servait à rien, vu qu’il n’y avait pas de réseau à l’époque dans ce secteur. Après une longue marche dans la forêt et les broussailles, nous somment finalement rentrés à trois heures du matin.
Aujourd’hui, êtes-vous fier du travail accompli?
J’ai dessiné beaucoup de pistes dans ma vie. Mais mercredi matin, à l’heure du premier entraînement, je me suis dit pour la première fois: "C’est génial de faire ce travail, de contribuer à un tel projet". J’ai ressenti une belle satisfaction.
Comment construit-on une piste?
Je cherche d’abord des pistes attractives. Cela signifie que ce tracé doit disposer de passages difficiles. Si c’est le cas, je ferai peu de modifications. C’est plus rationnel en termes de temps, d’argent et d’écologie. Mais cela ne suffit pas de disposer de passages difficiles. Il faut ensuite veiller à contrôler le tempo de la piste et à travailler sur la sécurité. Bref, c’est un tout.
Cette piste va-t-elle couronner un descendeur parfait en 2014?
Oui, pour autant que les conditions climatiques soient équitables. Dans cette région, le temps peut passablement changer. Le site se trouve sur une latitude peu commune pour le ski alpin (réd: Sotchi se trouve sur la même latitude de Nice par exemple).
Une portion de la descente a été baptisée «Accola Valley», en hommage au travail de Paul Accola. Le nom de Russi n’est en revanche pas cité. Pourquoi?
J’ai moi-même demandé à citer le nom de Pauli. Au début des travaux, il est venu à deux reprises durant trois semaines avec ses pelleteuses (réd: l’ancien champion grison s’est reconverti dans les machines de chantier). Si le nom de Russi manque, c’est parce qu’il pourrait prêter confusion avec ’Russia’. Comment s’est déroulé votre collaboration avec les Russes?
Il faut apprendre à gagner la sympathie des Russes. Ils peuvent sembler froids au début. Mais rapidement, vous pouvez vous faire de vraies amitiés. En plus de la barrière de la langue, j’ai dû composer avec une autre philosophie de travail. Cela n’était pas facile de me faire entendre auprès d’ingénieurs russes, qui n’avaient aucune notion dans la construction de pistes.
Et votre relation avec Vladimir Poutine?
Il n’a pas encore vu le produit fini. Mais je l’ai rencontré durant la réalisation des travaux. Je n’ai pas son numéro de téléphone personnel, mais un numéro où je peux le contacter. Je ne l’ai utilisé qu’une fois. A l’époque, je n’avais que deux jours à disposition et je voulais survoler la piste avec un hélicoptère. Mais on m’a dit que ce n’était pas possible. J’ai compris que ce refus venait de la présence de Poutine, qui était en train de skier. J’ai alors utilisé ce numéro. L’ancien coach de l’équipe russe m’a répondu et un quart d’heure plus tard, j’étais en haut de la piste. (Propos recueillis par David Bernold / SI/Newsnet)
Créé: 09.02.2012, 11h08
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