Barnabé Delarze portera l’uniforme jusqu’à Tokyo

Armée Le rameur lausannois est le premier Romand à signer un contrat de contractuel sportif.

A 22 ans, Barnabé Delarze devient salarié de l’armée. Un statut qu’il gardera au moins jusqu’aux JO de 2020.

A 22 ans, Barnabé Delarze devient salarié de l’armée. Un statut qu’il gardera au moins jusqu’aux JO de 2020. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Il y a le maréchal des logis Florent Manaudou, triple médaillé olympique de natation. Il y a aussi le brigadier-chef Elodie Clouvel, médaillée d’argent à Rio en pentathlon moderne. Ou encore le brigadier Pauline Ferrand-Prévot, championne du monde de cyclisme. Le sport français compte dans ses rangs 137 sportifs de haut niveau, rémunérés par l’armée. En Autriche, ce nombre s’élève à 190, alors que l’Allemagne salarie 740 contractuels sportifs.

La Suisse se met, elle aussi, au diapason. Mais faute de budget suffisant elle n’emploie pour l’instant que 18 athlètes (10 dans des sports d’hiver, 8 pour des sports d’été). Parmi ces sportifs de pointe figure pour la première fois un Romand, depuis l’introduction de ce programme en 2010. Il s’agit du rameur lausannois Barnabé Delarze (22 ans). Présent aux JO de Rio en quatre de couple, il a rejoint le cercle fermé des sportifs pouvant compter sur un salaire provenant de la Confédération. A l’instar de Max Heinzer (escrime), Luca Aerni (ski alpin) ou Patrizia Kummer (snowboard), Barnabé Delarze reçoit un pécule d’environ 2500 francs par mois.

Employés à un taux d’occupation de 100% en tant que militaires contractuels sportifs d’élite auprès des Forces terrestres, ces sportifs perçoivent un salaire correspondant à 50% du revenu de base à l’armée. «Nous ne voulons pas faire de ces athlètes des assistés, explique Franz Fischer, responsable de la formation des sportifs d’élite à l’armée. A eux de solliciter des sponsors pour compléter leurs rentrées financières.»

«Comme nous sommes quatre sur le bateau, ce sont les résultats individuels qui nous ont départagés»

Toutefois, n’est pas contractuel sportif qui veut. Dans le cas de l’aviron, les performances aux derniers Jeux olympiques lui ont permis de conserver deux places. Pour le plus grand bonheur de Barnabé Delarze. «J’ai tenté ma chance en envoyant une lettre avec mon CV, explique-t-il. J’ai ensuite été convoqué pour un entretien. Comme nous sommes quatre sur le bateau, ce sont les résultats individuels qui nous ont départagés. La situation financière était aussi un critère.»

Dans un sport médiatisé tous les quatre ans, comme l’aviron, cette manne est plus que bienvenue. «Non seulement nous touchons un salaire, mais en plus nous sommes couverts par l’assurance militaire, reprend le soldat Delarze. A titre personnel, cela me permet d’être plus indépendant. Souvent, les sportifs vivent au crochet de leurs parents et de leurs sponsors. Dans le cas présent, cela finance ma collocation et ma nourriture.»

Bonne pub pour l’armée

Le contrat est renouvelé tacitement d’année en année jusqu’aux Jeux de Tokyo, en 2020. Les athlètes souhaitant poursuivre l’aventure olympique jusqu’en 2024 pourront même le faire.

Ce type de programme contribue à forger une excellente image de la Suisse. «Cela montre que notre armée soutient les jeunes athlètes, observe Franz Fischer. Beaucoup de sportifs se sont débrouillés pour être inaptes (ndlr: Roger Federer a invoqué des douleurs dorsales pour ne pas être incorporé). Désormais, il est possible de concilier sport et service militaire. Mais 18 contractuels sportifs, ce n’est pas assez. 80 à 90 conviendraient davantage à notre pays. Encore faut-il être capable de convaincre nos politiques que cet investissement est positif.»

«Il se peut qu’on leur demande d’assister à un séminaire ou à une exposition où l’armée est présente»

Les contreparties de cet emploi au sein de la grande muette sont loin d’être contraignantes. Les athlètes s’engagent à être de bons ambassadeurs de l’armée suisse. Ils doivent afficher leur appartenance militaire dans les médias et sur leur site Internet. «Il se peut qu’on leur demande d’assister à un séminaire ou à une exposition où l’armée est présente, reprend Franz Fischer. Mais rien ne figure dans le contrat. Nous ne les sollicitons que si leur emploi du temps le permet.»

A l’instar de Barnabé Delarze, il n’est même pas obligatoire d’être un mordu de discipline pour se faire engager. «Honnêtement, je ne pensais pas faire carrière dans l’armée, ni de grader, sourit le Lausannois. D’ailleurs, si je suis médaillé d’or à Tokyo, il paraît que je deviendrai appointé chef! Je trouve assez drôle de me retrouver à ce poste, surtout que lors de mes premières semaines d’école de recrues pour sportifs d’élite on m’a menacé d’être renvoyé dans une compagnie normale. Il faut dire que ma tenue n’est pas toujours correcte, il m’arrive aussi d’oublier de faire le salut. Une fois, avec Augustin Maillefer (ndlr: un autre membre du quatre de couple), nous étions mal rasés. Alors, on nous a donné un rasoir jetable. Mais au lieu de nous exécuter en caserne, nous l’avons fait devant nos supérieurs hiérarchiques, dehors, dans la neige. Ils n’ont pas trop apprécié, mais en même temps, on a fait ce qu’ils ont demandé.» (24 heures)

Créé: 08.02.2017, 07h57

Visite guidée à Macolin avec Sylvain Fridlance.

Articles en relation

Sylvain Fridelance: «L'Ecole de recrues à Macolin, c’est trop top!»

Armée A l'instar des pistards Olivier Beer et Cyrille Thièry, le triathlète de Saint-Barthélemy raconte sa vie de militaire. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

«Roger Moore nous a fait faux bond», paru le 27 mai 2017.
(Image: Valott) Plus...