Médico-social
Berne: un village pour les malades de l’alzheimer
Par Lucie Monnat. Mis à jour le 03.01.2012 2 Commentaires
A De Hogeweyk, au sud d’Amsterdam, des personnes souffrant de l’alzheimer ou de démence vaquent à leur quotidien. Les malades sortent librement de chez eux, mangent au restaurant ou vont refaire leur couleur chez le coiffeur. Une vie totalement autonome en apparence, à la différence près que les habitants ne peuvent quitter le village, et que les commerçants font en réalité partie du personnel soignant d’un institut spécialisé. L’idée originale de créer un village réservé aux malades de l’alzheimer a séduit l’hospice de Haute-Argovie de Wiedlisbach (OPW), dans le canton de Berne. Spécialisé dans l’hébergement et le traitement des personnes âgées atteintes de démence, l’établissement prévoit en effet d’importer le concept en Suisse. «Ce village hollandais est une véritable réussite, s’enthousiasme Markus Vögtlin, responsable de l’hospice bernois. Nous voulons le prendre pour modèle et en réaliser une version suisse.»
L’OPW transformé en village sera ainsi composé de petites maisons abritant chacune une dizaine de résidents malades. Ceux-ci seront répartis en fonction de leur milieu, qu’ils soient issus de la ville ou d’une zone rurale.
Les personnes atteintes de l’alzheimer pourront y vivre une vie relativement normale et exécuter toutes les tâches ménagères du quotidien. A l’extérieur, les rues du petit village auront chacune un nom, tandis que ses habitants pourront à loisir se rendre au cinéma, au théâtre ou chez l’épicier. L’ensemble de ces lieux sera pensé et décoré à l’ancienne: «Les patients régressent de trente ou quarante ans, voire plus, explique Markus Vögtlin. Un village qui leur est dédié, avec une organisation de vie telle qu’elle était à l’époque, leur permet ainsi d’être moins déboussolés et plus tranquilles.»
Un ghetto?
La centaine de malades que le village sera en mesure d’accueillir seront ainsi libres de leurs mouvements à l’intérieur des enceintes de l’établissement. Un point très positif pour la directrice de l’Association Alzheimer Suisse, Birgitta Martensson. «Tout ce qui peut permettre à ces personnes d’être le plus indépendantes et autonomes possible est positif. Pouvoir gérer elles-mêmes les activités de la vie courante les motive et maintient les capacités qui leur restent. Il en résulte moins de frustration, moins de contraintes et moins de travail pour les soignants.»
Outre-Sarine, le débat est engagé: ne risque-t-on pas de ghettoïser les malades? Une question de point de vue, pour Birgitta Martensson. «Lorsque l’on amène son enfant à la crèche, il arrive dans un milieu sécurisé et équipé d’objets adaptés. Il est entouré d’un personnel spécialisé. Parle-t-on de ghetto pour autant?»
Pour la directrice de l’Association Alzheimer Suisse, tout dépend de la manière dont se sent la personne au sein de l’établissement. Un bien-être influencé selon elle par la formation du personnel d’accompagnement. «Un des problèmes, en Suisse, est l’absence de définition des compétences requises pour s’occuper de ces personnes. Pourtant, c’est un fait avéré que la maladie d’Alzheimer demande des connaissances spécifiques!»
Une partie des souhaits de Birgitta Martensson pourrait être exaucée, puisque Markus Vögtlin prévoit pour son village un personnel soignant spécialement qualifié. Quant aux commerçants, ils seront formés en gestion des personnes atteintes de démence.
Vers 300?000 malades
Le but, à long terme, est aussi de répondre à une demande qui augmente de manière fulgurante. En Suisse, plus de 100?000 personnes sont actuellement atteintes de démence. Un chiffre qui devrait tripler d’ici à 2050 en raison du baby-boom des années 1950-60 et du vieillissement de la population. «Pour freiner la dépendance des personnes âgées, la solution du village pourrait se révéler être une bonne idée», estime Birgitta Martensson.
Si le projet a été approuvé au sein de la coopérative, les plans doivent encore être précisés. L’opération devrait débuter l’année prochaine, mais le plan d’investissement et de construction n’a pas encore été défini. Markus Vögtlin prévoit son aboutissement dans cinq à sept ans. (24 heures)
Créé: 03.01.2012, 22h54
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2 Commentaires
Les projets de ce genre auraient dû se faire déjà il y a vingt ans vu l'expansion rapide de cette maladie qui touche les gens dès 40 ans déjà. Il y aura un manque grave d'infrastructures pour les malades d'Alzheimer et ce manque se fait déjà sentir maintenant. Pas d'EMS spécialisés ni d'hôpitaux spécialisés alors que ces patients sont incapables de s'occuper d'eux-mêmes après quelque temps. Répondre


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