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Société

De nouveaux candidats à la mort parmi les aînés

Par Martine Clerc. Mis à jour le 07.05.2012 15 Commentaires

De plus en plus d'aînés, dont l'espérance de vie est encore longue, font appel aux organisations d'aide au suicide. Où fixer les limites? Malaise.

Image: CORBIS

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Ils ont 75, 80, 85?ans, et ils sont fatigués de souffrir. Pas d’un cancer en phase terminale. Mais d’arthrose, de cécité, de problèmes de mobilité, d’incontinence… Une série de maladies de vieillesse, pas mortelles mais incurables, et qui, s’accumulant les unes aux autres, rendent leur existence insupportable sans espoir d’amélioration. Ces aînés-là, et c’est nouveau, sont de plus en plus nombreux à mettre fin à leurs jours via les organisations d’aide au suicide.

Les chiffres sont éloquents: en Suisse alémanique, une personne sur trois qui a aujourd’hui recours au suicide assisté ne souffre d’aucune maladie mortelle. Une tendance en nette hausse dans la région zurichoise, selon une étude du Fonds national de la recherche portant sur les organisations Exit et Dignitas, dont les résultats ont été publiés en 2008. Selon les chercheurs, «une fatigue de vivre» associée à un très mauvais état de santé représente une raison plus fréquente que par le passé de recourir à l’aide au suicide.

Qui a droit au suicide assisté?
En Suisse romande, les chiffres que 24?heures révèle pour la première fois dessinent la même tendance: sur les 111?personnes qui se sont donné la mort via Exit l’an passé, une vingtaine – soit 20% – ne souffraient d’aucune maladie mortelle, et n’étaient pas condamnées à courte échéance. Une proportion en hausse depuis deux ans.

Aider ces aînés à mourir est-il vraiment conforme aux statuts de l’association? Absolument, tranche Jérôme Sobel, président d’Exit Suisse romande, qui rappelle les critères de l’organisation: Exit peut agir lorsque la maladie est incurable avec un pronostic fatal ou lors d’une invalidité importante. La personne doit en outre endurer des souffrances importantes. «Les personnes âgées dont on parle sont atteintes de polypathologies invalidantes. Elles répondent donc à ces critères. Car oui, elles souffrent de maladies incurables. Et l’invalidité est bien sûr importante, tout comme les souffrances, physiques et psychologiques. J’ajoute que leur dernier grand souhait, à l’hiver de leur vie, est parfois de rejoindre ceux qu’elles aiment et qui sont déjà partis.»

Aider ce type de candidats au suicide n’était pourtant pas prévu à la création d’Exit: «Nous traitions alors principalement des cas de cancer en impasse médicale ou des tétraplégiques graves. Nous nous sommes ouverts progressivement à la demande pressante de nos membres.»

Débat chez les médecins
Un tel élargissement des critères crée le malaise. Rien d’illégal, certes. La pratique est autorisée en Suisse si la personne est capable de discernement et le mobile de l’accompagnant est altruiste. Pourtant, pas facile pour un médecin de prescrire la potion mortelle, le pentobarbital, à ces «fatigués de la vie». «Ce genre de question est très glissante et fait débat dans la profession, reconnaît Jacques de Haller, président de la Fédération des médecins suisses (FMH). Même si le rôle d’un médecin n’est clairement pas de faire mourir son patient mais de l’accompagner tout au long de sa vie, il faut toujours discuter au cas par cas, c’est la base de la médecine.»

Les directives de la Commission centrale d’éthique de l’Association suisse des sciences médicales (ASSM) sont limpides à ce sujet: la participation d’un médecin à l’assistance au suicide n’est autorisée que lorsque «la maladie dont souffre le patient permet de considérer que la fin de la vie est proche». Mais elles n’ont aucune valeur contraignante. Tout comme le code de déontologie de la FMH dans lequel elles sont intégrées. Jusqu’ici, aucun blâme ni retrait du droit de pratiquer n’a été prononcé à l’encontre d’un médecin dans ce type de situation.

Exit, au mépris des codes
Pour sa part, Exit Suisse romande persiste et signe. «Nous sommes totalement en désaccord avec ces recommandations, critique Jérôme Sobel. Si nous avions toujours suivi aveuglément les codes de déontologie médicale, il n’y aurait, aujourd’hui, pas d’avortement légal ni de suicide assisté. Ce qui fait foi, pour nous, c’est le Code pénal. Et tous nos cas sont signalés à la justice.» Vice-président d’Exit Suisse alémanique, Bernhard Sutter renchérit: «Le niveau de souffrance tolérable est un palier subjectif et personnel, qu’il est presque impossible de quantifier dans des normes.»

A quoi bon édicter des directives, alors? «Les directives de la Commission centrale d’éthique de l’ASSM sont essentielles pour donner des lignes directrices aux professionnels de la santé, souligne Samia Hurst, professeure en bioéthique à l’Institut d’éthique biomédicale de l’Université de Genève et membre de la Commission. La question de la légitimité ou non de l’assistance au suicide dans ces cas est plus large, c’est précisément pour cela que c’est à la société d’en débattre.» Et de rappeler que la Suisse est le seul pays où l’assistance au suicide est légale, sans participation obligatoire d’un médecin.

«Inquiétante zone grise»
C’est précisément l’absence de débat et la démission des politiques face à la question – les Chambres et le Conseil fédéral ont refusé de légiférer – qui font bondir Bertrand Kiefer, rédacteur en chef de la Revue médicale suisse et membre de la Commission nationale d’éthique. «Je ne suis pas contre le suicide assisté, mais cette extension de la zone grise vers des gens qui ne sont pas proches de la mort me préoccupe. D’autant que cette catégorie de suicides ne cesse d’augmenter.» Il salue la limite fixée par l’ASSM, mais juge urgent de développer plus globalement une «culture du questionnement» dans un pays où le libéralisme éthique autour de la mort est le plus poussé au monde.

«Accepter trop facilement de répondre à la demande de suicide de ces aînés, c’est faire le jeu d’une société où beauté, jeunesse et performance sont érigées en valeurs principales. Avant de répondre à un désir de mort, il faut se demander si la personne peut retrouver un sens à sa vie malgré ses problèmes. Par exemple si elle peut être aidée socialement quand elle souffre d’exclusion. Ou médicalement, si elle est dépressive.» Bertrand Kiefer en appelle aussi à un débat de société sur la place donnée à ces personnes âgées et diminuées se sentant inutiles. Et il déplore «l’opacité» qui entoure les activités des organisations d’aide au suicide, plaidant pour un meilleur contrôle.

Un discours à contre-courant alors que l’espérance de vie ne cesse de croître, et que politiques et population, sondage après sondage, se disent favorables à l’aide au suicide? «Les politiques s’en lavent les mains car il n’y a là derrière aucun enjeu de pouvoir, martèle Bertrand Kiefer. Et la société est peut-être soulagée de déléguer cette question angoissante aux organisations d’aide au suicide.» (24 heures)

Créé: 07.05.2012, 22h53

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15 Commentaires

a. vision

07.05.2012, 22:46 Heures
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pourquoi refuser à des gens âgés qui n'ont plus aucun plaisir de vivre et qui sont malades et souffrants, le droit de partir ? Alors que par un cynisme incroyable on autorise l'avortement de bébés qui n'ont pas eu un mot à dire, on leur enlève le droit à la vie ! Répondre


Caroline Hmida

08.05.2012, 08:10 Heures
Signaler un abus 13 Recommandation 0

On n'interdit pas aux gens de se jeter sous les trains, en bas des ponts ou de se pendre, avec les conséquences pénibles que cela a sur le personnel ferroviaire ou les témoins qui n'ont rien demandé. Alors je ne vois pas pourquoi on interdirait l'aide au suicide. C'est un choix qui doit être respecté, pour les personnes capables de discernement bien entendu. Répondre



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