Fin de règne difficile pour Didier Burkhalter

Suisse-UEIsolé sur la politique européenne, le ministre essuie une pluie de critiques, même dans son parti. Décryptage.

On reproche à Didier Burkhalter de ne pas suffisamment communiquer sur le dossier européen.

On reproche à Didier Burkhalter de ne pas suffisamment communiquer sur le dossier européen.

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Vous souvenez-vous de la dernière fois que Didier Burkhalter s’est exprimé sur la question européenne? Poser la question, c’est y répondre. Alors que Doris Leuthard annonçait il y a deux semaines le déblocage des dossiers avec l’UE, le silence assourdissant du ministre des Affaires étrangères nourrit les critiques.

En début de semaine, le Tages-Anzeiger ouvrait les feux en lui reprochant de ne pas s’engager sur le terrain pour défendre l’accord institutionnel. Reproches relayés hier par Le Temps, qui décrit un ministre isolé au sein même de son parti. «Il se tait dans toutes les langues, c’est sans doute son côté polyglotte», taclait dernièrement sur la RTS l’ancien conseiller national Claude Frey (PLR/NE). Oublié donc, le Burkhalter président de l’OSCE, encensé pour son engagement international.

Le bourbier européen

Le malaise semble aujourd’hui profond. Il est directement lié à la question européenne, un dossier dans lequel Didier Burkhalter a peu à peu perdu la main. Le Neuchâtelois voit les négociations avec Bruxelles lui échapper lorsque Jacques de Watteville, qui vient du Département fédéral des finances, est préféré à son secrétaire d’Etat Yves Rossier. Puis ce sont Simonetta Sommaruga et Johann Schneider-Ammann qui lui font de l’ombre en prenant le lead sur l’immigration de masse. Le parlement finit par régler le problème. Au final, Didier Burkhalter apparaît largué. «L’image qu’il reste de lui, c’est celle d’une longue négociation qui finit en pataquès», résume un PLR.

Aujourd’hui, le scénario semble se répéter avec l’accord institutionnel censé consolider les Bilatérales. Le Neuchâtelois avance isolé comme jamais sur ce dossier pourtant explosif. «Il n’y a pas de consensus au sein du Conseil fédéral, explique un fidèle du ministre. Burkhalter est le seul à vraiment croire à cet accord. Au PLR, les Alémaniques n’en veulent pas. Pour éviter la mauvaise nouvelle, on préfère tuer le messager.» Un élu ajoute. «Il fait bien le job pour mener les négociations, mais semble oublier que c’est en Suisse qu’il faut convaincre.»

Beaucoup lui reprochent un optimisme qui ressemble parfois à la méthode Coué. «Il fait le beau à l’externe, mais à l’interne, ça n’avance pas, constate un collaborateur du DFAE. Avec lui, tout va toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes. Lorsqu’il dit qu’un accord avec l’UE est à bout touchant alors que les difficultés s’accumulent, vous vous dites d’abord qu’il a un certain recul. Au bout d’un moment, vous vous demandez quand même s’il ne refuse pas de voir la réalité en face.»

Mauvais communicateur

Un des problèmes majeurs du Neuchâtelois: sa communication. «Didier Burkhalter n’est pas quelqu’un qui fait feu de tout bois», reconnaît un de ses proches. Ce silence est d’autant plus dérangeant que le ministre, qui ne pipe mot sur la question européenne, commente volontiers l’état du monde. «Pour la Suisse, le dossier crucial de son département, c’est quand même l’Europe», s’énerve un élu.

Au sein du PLR, on relativise l’ampleur du problème. Les Romands saluent au contraire sa politique des petits pas. «Une modestie, une forme de calvinisme.» Et de rappeler que ce n’est pas parce que vous n’êtes pas tous les jours dans les médias que vous ne faites pas le boulot. «Derrière le sourire de Doris Leuthard à Bruxelles, il y a un gros travail du DFAE.»

La méthode Burkhalter

Outre-Sarine, on est moins tendre. La méthode Burkhalter et son attachement viscéral à Neuchâtel en agacent plus d’un. L’homme serait davantage à la maison qu’à son bureau, assène le Tages-Anzeiger. Un ancien collaborateur nous décrit pourtant le ministre comme un work-addict. «C’est quelqu’un qui répond à vos mails à 3 heures du matin.» Un proche ajoute: «Ministre des Affaires étrangère, c’est du 24 h sur 24 h. Pas besoin d’être à Berne pour passer des coups de téléphone. La méthode Burkhalter, ce sont des contacts directs.»

Vers un départ en 2019?

Fragilisé, Didier Burkhalter est désormais l’objet de toutes les spéculations, d’autant que le climat politique s’est considérablement tendu. «Avec son profil consensuel, il est devenu l’homme à abattre pour l’UDC, qui pensait pouvoir mener une politique à droite toute. Il est régulièrement attaqué par Roger Köppel et sa clique en commission», commente un fidèle.

D’aucuns décrivent un ministre usé par huit ans de pouvoir et parient sur un prochain départ. «Les difficultés du dossier européen peuvent avoir entraîné une certaine morosité», analyse un proche. Un départ en 2019 lui permettrait de passer la main avant le vote crucial sur l’accord institutionnel.

Un scénario crédible? «Il y a six mois, c’est Johann Schneider-Ammann qu’on donnait partant, rappelle un PLR. Il y a sans doute dans les critiques à l’égard de Burkhalter certains espoirs d’accéder un jour au Conseil fédéral.» Un des proches du ministre ajoute: «Après huit ans au Conseil fédéral, il pourrait aussi bien s’agir d’une fin de règne que d’une première mi-temps.» (24 heures)

Créé: 20.04.2017, 07h26

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