«Gardez Fabrice A. en prison jusqu'à son dernier souffle!»

Procès de Fabrice A.Les parents d'Adeline «supplient» le tribunal d'opter pour l'internement à vie.

Les parents d’Adeline lors de leur témoignage.

Les parents d’Adeline lors de leur témoignage. Image: Patrick Tondeux

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On ne sort pas indemne de ce quatrième jour de procès devant le Tribunal criminel. Ce jeudi, Adeline, la jeune sociothérapeute tuée par Fabrice A., y est omniprésente. Son père, sa mère, son compagnon, les êtres les plus chers évoquent sa personnalité. Et, avec tact, le juge Fabrice Roch leur accorde la place dont ils ont besoin durant cette audience pour exprimer ce trop plein de souffrances contenu depuis maintenant presque quatre ans. Ils décrivent la fillette joyeuse et studieuse. La jeune fille brillante qui a obtenu «la meilleure maturité de la commune d'Avusy». Son tempérament chaleureux, sa foi en l'être humain, «la relation humaine, c'était son truc». La jeune femme chaleureuse, rayonnante qui suscitait la sympathie. Elle aimait, elle était aimée, mais ce 12 septembre 2013, dans les bois de Bellevue, le prévenu l'a égorgée après l'avoir attachée à un arbre. «Pourquoi est-elle morte? se demande son compagnon. A cause d'un type qui avait envie de se masturber».

Le conjoint d'Adeline parle du deuil, de ses propres envies suicidaires, de leur petite fille de huit mois pour laquelle il a tenu bon.«Le compagnon voulait partir, mais le père voulait rester». Il évoque le premier anniversaire de l'enfant, la première fois où elle a marché. Toutes ces premières fois, qu'il rêvait de partager avec Adeline et qu'il a vécu seul. «J'ai dit à ma fille: maman est partie au ciel, mais elle n'en avait pas envie. Elle voulait rester avec nous. C'était un accident. Un jour, plus tard, elle comprendra. C'est pourquoi je veux aller jusqu'au bout de tout.» Ils devaient se marier, avoir un deuxième enfant. Il parle de la maison qu'ils aménageaient. Elle est longtemps restée en chantier. «Maintenant j'y suis retourné, mais la tristesse et la mort y sont omniprésentes».

Questions personnelles

Il se tourmente aussi souvent. Aurait-il dû voir des signes précurseurs de ce drame, lui qui travaillait également à la Pâquerette comme éducateur et enseignant? Il se souvient que Fabrice A. se montrait «collant et envahissant» avec Adeline. Il agissait de même avec une stagiaire qui était morte de peur. Il avait une fois enfermé cette dernière dans la serre. Un gardien en avait averti la direction, «mais rien ne s'était passé». Lorsque Fabrice A. a compris qu'il y avait à son sujet un plan de fin de peine, qu'il pourrait sortir et que la Pâquerette le laisserait choisir avec quelle sociothérapeute, «son insistance est devenue très forte pour que ça soit Joëlle ou Adeline». Comme il était isolé du groupe, il a été le dernier a apprendre que lui et Adeline formaient un couple. «Il est alors venu me dire qu'il ne voyait pas ce qu'on avait à se dire avec Adeline. Et une autre fois que ce n'était pas professionnel que nous soyions en couple».

Comme les collaborateurs de la Pâquerette mangeaient tous les soirs avec les détenus, Fabrice A. a commencé à poser des questions personnelles. «Mais tu vois ta fille tous les jours? Tu vis avec elle?» Le compagnon d'Adeline s'est senti mal à l'aise. Le jour du drame, ce 12 septembre, au cours de la réunion du matin, Fabrice A. avait l'air «joyeux et excité», mais pas d'une manière qui aurait pu faire penser à une situation hors normes. «Avant de partir avec Adeline, il lui a jeté: Tu a pris les sous chérie? tout en me regardant dans les yeux avec un petit sourire. Il était clair que c'était une provocation à mon égard, mais je n'ai jamais imaginé la suite». Le détenu avait préparé des affaires - bien trop chaudes pour la saison - et «il trépignait».

Les détenus étaient payés par les HUG pour suivre une thérapie

Quelques mois avant le drame, Adeline ne voulait plus travailler à la Pâquerette. Beaucoup de choses la dérangeaient. La tension, la violence et l'irrespect de certains détenus. «Elle avait pourtant la capacité de positiver, pas moi», dit son compagnon. Il explique: «Au début, le concept me plaisait. Sur le papier, la réinsertion c'est beau». Mais peu à peu, il ne comprenait plus quel était vraiment le but recherché avec ces prisonniers pervers et psychopathes. «On ne devait pas parler des délits et il n'y avait pas de plan de rééducation. Pour moi, il n'y avait pas de structure, c'était très mouvant.» Il se rendait compte que les détenus ne souffraient pas de ce qu'ils avaient fait, mais juste d'être en prison. «Donc, je ne voyais pas en quoi nous pouvions les aider.» Il ajoute: «Ils savaient que sans thérapie, ils ne sortiraient jamais, mais comment les obliger? Cerise sur le gâteau, ils étaient payés 500 francs par mois par les HUG pour suivre une thérapie! Ils devaient participer aux réunions 5 heures par semaine. On les payait, même s'ils ne disaient rien....»

L'homme raconte comment, au cours de l'enquête Chappuis, il a ressenti qu'on lui reprochait presque de ne pas avoir réagi de manière adéquate pour éviter le drame. «Donc, en gros, c'était un peu de ma faute». Comment il a eu un choc, lorsqu'il a reçu une lettre d'un avocat de l'Etat, lui disant que les HUG ne donneraient pas un sou pour sa fille orpheline parce qu'Adeline avait, à l'époque du drame, l'intention de démissionner de la Pâquerette. Par la suite, les choses se sont arrangées.

«Le plus dangereux parmi les plus dangereux»

Il souligne que la Pâquerette a fonctionné durant 27 ans avec 120 détenus. «Pas un n'a fait de mal à une sociothérapeute, pourtant ce sont les détenus les plus dangereux de Suisse. Un seul a agi ainsi. C'est le plus dangereux parmi les plus dangereux. Les experts psychiatres l'ont déjà dit il y a 15 ans! (ndlr: lors de son deuxième procès pour viol) Le pire pour moi est d'imaginer ce qu'Adeline a pu vivre durant les derniers instants. Il reste des zones d'ombre. Fabrice A. n'a pas tout dit, il n'est pas bête, il sait qu'il pourrait ramasser encore plus.»

«Adeline voyait une étincelle dans chacun des détenus, se souvient sa mère. La suite nous a montré qu'elle avait tort de croire à cette étincelle. Après son congé maternité, elle n'avait plus envie de retourner à la Pâquerette. Elle avait peur, elle a commencé à chercher un autre emploi.» Son père évoque la dernière image de sa fille. «Avant de partir au travail ce matin là, elle a entrebâillé notre porte, pour nous dire de veiller sur la petite.» La mère de la défunte souligne que sa fille «a vécu le paroxysme du mal et c'est ce qui hante nos nuits». Combien de temps a duré l'égorgement? Que s'est-il vraiment passé? «Et pourquoi? Pourquoi? Nous ne le saurons jamais» Les parents d'Adeline «supplient» le tribunal d''infliger la prison à vie à Fabrice A. «On ne peut pas transformer un crocodile en petit chat. Aucun traitement ne le changera. Gardez-le en prison jusqu'à son dernier souffle!» (24 heures)

Créé: 18.05.2017, 14h30

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