Le Papiliorama dévoile ses coulisses pour sauver des espèces

Suisse Le nouvel espace de la fondation permet au public de découvrir le travail de préservation des espèces opéré par les zoos.

La station d'élevage du Papiliorama est désormais ouverte au public.
Vidéo: Anetka Mühlemann


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Au sommet du Nocturama, l’espace réservé aux espèces nocturnes du Papiliorama de Chiètres (FR), le toit translucide du dôme filtre la lumière du jour de façon à lui donner l’intensité d’un clair de lune. Alors que les yeux s’habituent à l’obscurité, une ombre noire s’amuse à frôler les têtes. Ici, la carollia, une petite chauve-souris brésilienne, vole en toute liberté. Elle ne peut toutefois pas suivre les visiteurs dans la nouvelle extension du dôme, inaugurée ce jeudi 30 mars. Entièrement basée sur le concept du «zéro coulisses», celle-ci abrite la nouvelle station d’élevage ainsi que les cuisines du zoo.

«Au départ, les homo sapiens qui s’activent dans la cuisine n’étaient pas fans à l’idée d’être observés. Mais c’est une question d’habitude, plaisante le directeur du Papiliorama, Caspar Bijleveld. Les gens nous demandaient souvent d’aller voir ce qu’il se passe à l’arrière. Ce n’est pas que nous en avons eu marre, mais on s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire.»

Espèces phares

Dans la pénombre, des paires d’yeux fixent les nouveaux venus. Un paresseux affaissé contre un tronc lance un regard désintéressé à cette agitation nouvelle, tandis qu’un pacas vient se joindre à lui. «Ils sont super copains, explique Lorenz Schläfli, membre de l’équipe du Papiliorama. Ils dorment toujours côte à côte.» Les deux animaux font partie des espèces phares de l’institution, à côté des singes de nuit et des porcs-épics. Celles-ci possèdent aujourd’hui de petites populations et font l’objet de soins appliqués, en particulier pour l’élevage. Depuis une vingtaine d’années, les biologistes du zoo s’efforcent de faire reproduire ses espèces en créant plusieurs lignées. «Le but est de créer un maximum de diversité génétique», explique Caspar Bijleveld. En réduisant au maximum les risques de consanguinité, les animaux continuent d’être sains et capables de se reproduire en captivité.

Le Papiliorama fait partie de l’Association Européenne des Jardins Zoologiques et Aquariums. Le réseau européen procède régulièrement à des échanges d’animaux afin de continuer ce processus de diversification. «Nos animaux ne font pas partie des espèces en voie d’extinction. Mais à l’heure où de plus en plus d’espèces sont menacées, il devient impensable d’aller capturer des animaux dans la nature», souligne le biologiste. Des panneaux accrochés dans les couloirs de la nouvelle expansion expliquent ce processus. «Nous voulions faire découvrir au public cet aspect important mais méconnu de notre travail, poursuit Caspar Bijleveld. Depuis plusieurs décennies, nous nous efforçons non seulement de faire collecter un maximum de savoir, mais également d’œuvrer contre l’extinction des espèces.»

Un rôle fondamental

Notre présence ne stresse-t-elle pas les animaux?, demande-t-on devant le regard d’un Capucin boulottant un fruit non sans une certaine gloutonnerie. «Non, nous avons remarqué que les bêtes se reproduisent autant dans les espaces publics que privés», assure Caspar Bijleveld. Le zoo réserve cependant des espaces fermés. Une lucarne est par exemple prévue pour l’observation des soins vétérinaires. «Il sera possible d’observer un porc-épic qui se fait couper les dents ou le limage des griffes d’une chouette. Mais la cellule où les bêtes malades sont soignées restera cachée.»

Ce tout nouveau pan d’exposition est certes fort intéressant, mais il n’a toutefois absolument pas été doté des équipements numériques auxquels zoos et musées nous ont désormais habitués. La fondation vieille de trente ans refuserait-elle de se mettre à la page? Pour l’heure, elle ne souhaite pas aller dans cette direction. «Le numérique est déjà tellement présent, soupire Caspar Bijleveld. Les gens regardent désormais le monde à travers les écrans. A tel point qu’ils se réjouissent de découvrir des cloportes dans notre terrarium, alors qu’il leur suffit pourtant de soulever un caillou pour en trouver. C’est peut-être d’ailleurs là la nouvelle fonction importante du zoo: rapprocher l’humain d’une nature dont il se déconnecte toujours plus.» (24 heures)

Créé: 31.03.2017, 08h58

La captivité comme ultime chance de salut

«Les zoos ne seront jamais des Arches de Noé», peut-on lire sur les murs de l’exposition de la Fondation. Selon Caspar Bijleveld, le processus d’extinction des espèces amorcé au XXe siècle atteindra bientôt son apogée. «Parfois, l’unique moyen pour sauver une espèce est de placer ses individus en captivité», regrette-t-il, citant le cas du Condor de Californie. L’animal a pu être sauvé grâce à un programme de reproduction en captivité. Les jeunes oiseaux ont ensuite été progressivement réintroduits dans la nature.

En Suisse, les autorités ont suivi ce procédé pour le Gypaète barbu, via un programme démarré dans les années 70. Depuis, une grande partie des quelque 500 individus de l’espèce vivent désormais dans les Alpes. Le lynx, le castor et la Cistude d’Europe (tortue d’eau) ont également pu être sauvés de cette façon.

«Ces opérations nécessitent un investissement massif», souligne Caspar Bijleveld. Cela signifie aussi que les espèces menacées qui ne sont pas choisies pour être sauvées ont de fortes chances d’être condamnées.

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