Le Zorro financier de Berne admet avoir fait une erreur

Contrôle fédéral des financesMichel Huissoud ne s’excuse pas mais se défausse sur les médias. Curieuse stratégie pour le Genevois qui a bien profité de la presse.

Dans une lettre au Conseil fédéral, Michel Huissoud reconnaît «une erreur d’appréciation», mais accuse les médias d’«amalgame».

Dans une lettre au Conseil fédéral, Michel Huissoud reconnaît «une erreur d’appréciation», mais accuse les médias d’«amalgame». Image: ODILE MEYLAN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Qu’il est dur de reconnaître qu’on a fait une grosse boulette. Chez les journalistes, c’est déjà un exercice difficile. Mais pour le Zorro de l’Administration fédérale, cela demande un effort surhumain. Michel Huissoud, le directeur du Contrôle fédéral des finances (CDF), s’y est résolu mais en traînant les pieds. Il ne s’excuse pas mais présente dans une lettre ses regrets au Conseil fédéral.

Le couac est pourtant clair. La semaine passée, à quelques jours de la votation populaire très tendue sur la RIE III, le CDF publie un rapport critique sur la qualité des messages du Conseil fédéral. Or ce rapport a été initié suite aux informations fausses du Conseil fédéral concernant la RIE II. Les journalistes y voient du coup une immixtion intempestive du CDF dans la campagne politique.

Face à la tempête qui se lève, Michel Huissoud décide le lendemain de descendre de son grand destrier de justicier. Il envoie une lettre au Conseil fédéral où il reconnaît «une erreur d’appréciation» et où il présente «ses regrets sincères». Curieusement, l’autocritique ne porte pas sur le timing de la conférence de presse mais sur… son incapacité à empêcher le compte rendu erroné des médias. Il les accuse d’avoir fait «un amalgame» entre le rapport présenté et la RIE III, pourtant absente du document.

Transparence des rapports
N’est-ce pas un peu fort de café de se dédouaner facilement sur la presse au lieu de reconnaître clairement avoir fait un faux pas avec cette conférence de presse? D’habitude disert, Michel Huissoud se refusait jeudi à tout commentaire sur son étrange lettre dévoilée par le Tages-Anzeiger. Un signe qui montre que le Zorro financier de la Confédération préfère braquer les projecteurs sur les dysfonctionnements de l’Administration fédérale qu’éclairer ses propres manquements.

Il faut y voir aussi une certaine surprise. Car Michel Huissoud filait jusqu’alors une parfaite histoire d’amour avec les médias. Et pour cause. Il a instauré, lors de son accession à la direction, la transparence des rapports du CDF. Une aubaine pour les médias qui peuvent ainsi découvrir les forces et les faiblesses des différentes entités de la Confédération. Certains rapports ont fait beaucoup de bruit comme celui sur l’opacité des ports francs. Ajoutons à cela que Michel Huissoud est un bon client médiatique. Il parle clair, promeut activement ses rapports sur le Web et n’hésite pas à raconter en boucle des anecdotes sur son côté rebelle à l’armée. Zorro est arrivé…

«On en a marre de se faire pisser dessus en public»

Le problème? C’est que ce côté «m’as-tu-vu» de Michel Huissoud passe de plus en plus mal dans l’Administration fédérale. Surtout que les cadres se prennent les rapports du CDF dans les gencives et que leurs faiblesses sont exposées dans les médias. «On en a marre de se faire pisser dessus en public», témoigne un haut fonctionnaire sous couvert de l’anonymat. «Le travail du CDF est nécessaire car nous avons besoin d’une aide extérieure. Mais la publication systématique des rapports discrédite l’administration. Cela cause des dégâts chez les employés. Quant aux cadres, ils y voient un message de défiance: «On vous met la pression publique pour que vous bougiez.» C’est insultant et on fabrique ainsi une génération de cadres qui ne prendra plus de risques.»

A la décharge du CDF et de Huissoud, la transparence est une attente formulée aussi bien par les parlementaires, les médias que le public. Et il est vrai que les médias se focalisent uniquement sur les rapports faisant état de dysfonctionnements. Mais qui achètera un journal pour y lire que les trains sont arrivés à l’heure?

Derrière l’écume de cette affaire, il faut retenir deux choses. D’abord que le CDF produit un travail utile, mais que son chef ne doit pas se prendre pour «le maître du monde». La fixation d’une conférence de presse aux alentours d’une votation populaire était clairement une faute.

Le CDF doit aussi faire attention à la grogne qui monte dans l’Administration, notamment sur le ton des rapports à la «Yaka, Fokon», pas toujours en adéquation avec les moyens d’un office. A défaut, il ne faudra pas s’étonner que le contrôleur Zorro et sa centaine de postes au CDF fassent un jour, eux aussi, l’objet d’un audit. (24 heures)

Créé: 16.02.2017, 21h13

Articles en relation

Une nouvelle RIE III se dessine déjà au parlement

Fiscalité Des élus lémaniques de droite de la Commission de l’économie et des redevances prêts à évacuer les «astuces» fiscales. La gauche disposée aux compromis. Plus...

Record de dénonciations spontanées au bout du lac

Fiscalité L’accord d’échange automatique pousse les contribuables à se plier aux règles. A Genève, la hausse est spectaculaire. Plus...

La droite joue son va-tout sur la RIE III

Fiscalité Le sort réservé par le peuple à la réforme fiscale des entreprises aura des répercussions pour le reste de la législature. Plus...

Publicité

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

Les Suisses dindons de la farce du roaming, paru le 24 juin
(Image: Valott) Plus...