Le bloc de droite se lézarde sur la grande réforme des retraites

Prévoyance vieillesseLe bras de fer continue sous la Coupole. Un compromis est avancé par les paysans et les Vert’libéraux.

Le Ministre Alain Berset est au pied du mur. Les deux Chambres n'ont toujours pas réussi à se mettre d'accord sur la réforme des retraites.

Le Ministre Alain Berset est au pied du mur. Les deux Chambres n'ont toujours pas réussi à se mettre d'accord sur la réforme des retraites. Image: Keystone

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A première vue les fronts sont figés sur Prévoyance 2020. Comme le Conseil des Etats en décembre, le Conseil national a campé sur ses positions mardi. La majorité ne veut pas entendre parler du bonus AVS de 70 francs défendu par la gauche et le PDC. La droite persiste dans sa volonté de compenser la baisse des rentes LPP directement par des mesures correctives dans le deuxième pilier. Une décision qui a entraîné une avalanche de réactions, entre des milieux patronaux soulagés et des syndicats outrés.

Si le bras de fer continue, la grande réforme des retraites n’est pas forcément dans l’impasse. Le psychodrame de l’échec de la RIE III est encore dans tous les esprits et, en coulisse, certains s’activent pour tenter de dégoter un compromis. A la manœuvre: les Vert’libéraux. Alors que jusqu’ici deux blocs se faisaient face, le parti avance une troisième voie. Refusant la politique «arrosoir» d’un bonus AVS versé à tous les nouveaux rentiers, il propose de cibler cette hausse uniquement sur les bas revenus. Si le projet a été balayé pour des raisons tactiques – les deux Chambres sont encore au stade où elles montrent les muscles –, il pourrait revenir sur la table.

«Si les deux Chambres campent sur leurs positions, c’est l’échec annoncé. Il faudra bien que quelqu’un lâche du lest dans ce dossier»

Car il n’y a pas que les Vert’libéraux qui sont prêts à s’éloigner de la ligne défendue par le PLR et l’UDC. L’idée d’une augmentation ciblée de l’AVS trouve un certain écho auprès du très puissant lobby agricole. Ses porte-parole ont d’ailleurs déjà pris contact avec différents sénateurs pour que cette idée soit proposée lors du débat au Conseil des Etats.

Le bloc de droite est-il en train de se fissurer? «Si les deux Chambres campent sur leurs positions, c’est l’échec annoncé, explique Isabelle Chevalley, vice-présidente des Vert’libéraux. Il faudra bien que quelqu’un lâche du lest dans ce dossier.» A ceux qui accusent son parti d’opportunisme de dernière minute, la Vaudoise rétorque qu’il s’agit au contraire de construire des ponts. «Vous ne pouvez pas proposer un compromis avant d’avoir constaté que la situation est bloquée.»

Bonus AVS ciblé

Du côté des agriculteurs, on reste aussi droit dans ses bottes. «Pour les paysans qui ne peuvent pas compter sur le deuxième pilier, une hausse de l’AVS est essentielle, explique Pierre-André Page (UDC/FR). Nous allons donc tenter de revenir au Conseil des Etats avec une hausse pour les retraités qui touchent moins de 42 000 francs par an.» Agricultrice elle aussi, Alice Glauser (UDC/VD) reconnaît qu’elle pourrait se laisser tenter par un bonus AVS ciblé, même si elle reste convaincue par la version du Conseil national qui apporte «de vrais avantages aux femmes, en particulier celles qui travaillent à temps partiel et ont de petits salaires qui seraient entièrement soumis au 2e pilier».

Vert’libéraux et paysans ne font pas de majorité au Conseil national, mais dans une réforme serrée où toutes les voix comptent, il suffit de quelques défections pour faire pencher la balance. Face à ces frondeurs de droite, Isabelle Moret (PLR/VD), grande artisane de la solution défendue par le Conseil national, reste sereine. «Les Vert’libéraux se disent qu’il faut boucler cette réforme maintenant à tout prix. Notre objectif, c’est de garantir le niveau des rentes pour les classes moyennes. C’est pourquoi nous refusons la version du Conseil des Etats. Si cette solution devait s’imposer, je n’hésiterai pas à la rejeter en votations finales. Je suis également prête à me battre avec la gauche de la gauche dans un éventuel référendum. On ne peut pas demander aux femmes de travailler un an de plus pour financer un bonus de 70 francs pour l’AVS de millionnaires.»

Treize ans pour réussir

La possibilité existe en effet que ce soit la version actuelle du Conseil des Etats qui l’emporte à la fin. Ses partisans sont majoritaires en conférence de conciliation, et plusieurs élus PDC et socialistes ont réaffirmé qu’ils refuseraient tout compromis. Un scénario qui fait figure d’épouvantail à droite. «Si je sens que la réforme n’a aucune chance devant le peuple, alors je n’hésiterai pas à la rejeter», prévient Isabelle Chevalley.

Peut-on prendre le risque de couler ce dossier alors que tous les partis affirment que la réforme des retraites est indispensable? «Nous avons treize ans pour réussir cette réforme, explique, confiante, Isabelle Moret. C’est beaucoup plus que pour la RIE III. En cas de refus par le peuple de ce qui est finalement qu’un AVS plus light, nous pouvons rapidement présenter un nouveau projet. Le parlement ne repartirait pas de zéro, mais du projet du Conseil fédéral.» (24 heures)

Créé: 28.02.2017, 22h14

Quatre heures de débat et de belles envolées lyriques

Prévoyance 2020 a beau épuiser les parlementaires (plus de cent quarante-cinq heures de débats), ces derniers ne sont pas en reste lorsqu’il s’agit de défendre des positions avec moult métaphores. Compte rendu non exhaustif des perles du jour.

Isabelle Moret (PLR/VD) a marqué les esprits en dénonçant la politique de l’arrosoir du bonus AVS de 70 francs. Un brin populiste, elle a expliqué sa position ainsi. «Ce sera donc aux femmes de financer l’augmentation des rentes d’Alain Berset, qui doit sûrement gagner un peu plus qu’une caissière de supermarché.»

Le Fribourgeois n’est pas en reste. Face à une réforme en pleine tempête, le capitaine Berset a appelé les élus à se concentrer sur l’objectif final de Prévoyance 2020. «Dans ces conditions, je dois vous rappeler qu’il ne faut jamais prendre l’écume pour la vague. Il faut se concentrer sur la vague, pas sur l’écume.» Répétée deux fois en français et une fois en allemand pour que tous les moussaillons comprennent bien.

La proposition de compromis de dernière minute des Vert’libéraux n’a pas fait plaisir à tout le monde. «C’est bien de vendre ses propositions à la télévision alémanique, mais c’est mieux de les présenter d’abord en commission», a taclé le conseiller national Lorenz Hess (PBD/BE).

Olivier Feller (PLR/VD), lui, s’est attiré les railleries d’une partie de la gauche lorsqu’il a posé une question à Isabelle Moret. Dans un excès de flagornerie, il a déclamé: «Madame Moret, dans le canton de Vaud, vous êtes connue comme une élue dotée d’une certaine sensibilité sociale. Comment arrivez-vous, en votre for intérieur, à concilier votre sens de la cohésion sociale et votre refus de l’augmentation de la rente de 70 francs pour les futurs retraités?»

On peut enfin s’interroger sur les cas de recopiage entre conseillers nationaux. Lorsqu’il s’est agi d’évoquer la compensation des rentes, pas moins d’une dizaine d’élus ont rappelé que c’était là «le cœur de la réforme». Y a-t-il des cas de tricherie sous la Coupole?

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