«Le by-pass n’est pas la solution miracle!»

SurpoidsLe Swiss Medical Board veut assouplir les conditions pour le remboursement de la chirurgie bariatrique. Des spécialistes s’y opposent.

Image: Keystone

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Faut-il recourir davantage à la chirurgie pour soigner les patients obèses? Le Swiss Medical Board (SMB) estime que les conditions pour une telle intervention (dite bariatrique) doivent être assouplies. Mais cette conclusion ne fait pas l’unanimité. Le Dr Zoltan Pataky, membre du comité exécutif de l’Association suisse pour l’étude du métabolisme et de l’obésité (Asemo) et médecin adjoint agrégé au Service d’enseignement thérapeutique pour maladies chroniques des HUG , s’y oppose.

- Vous ne croyez pas à la chirurgie bariatrique?
- La chirurgie est une réponse très utile chez les personnes qui n’arrivent pas à perdre de poids malgré des changements des habitudes ou présentent d’autres maladies pour lesquelles une perte de poids plus rapide peut s’avérer vitale. Mais le rapport du SMB la présente comme une option financière intéressante et plus efficace que la thérapie standard: nous ne sommes pas d’accord. Le by-pass n’est pas la solution miracle! Dans 99% des cas, l’obésité trouve son origine dans la sédentarité et l’alimentation trop calorique. Avec les approches conservatrices et pluridisciplinaires, nous travaillons sur ces causes. La chirurgie ne le fait pas et risque de ne pas avoir d’effet sur le long terme si elle ne s’inscrit pas dans une prise en charge plus large. La chirurgie s’occupe de l’estomac mais pas du cerveau.

- Mais les gens perdent davantage de poids après un by-pass.
- 30 à 35% des patients ne vont pas perdre suffisamment de poids ou le reprendront après deux ou trois ans. On les considère comme les non-répondeurs à la chirurgie bariatrique. En outre, la majorité des études portant sur cette question sont limitées dans le temps. La Swedish Obesity Study (SOS) a montré qu’après dix ans, 40% du poids perdu était retrouvé, et 60% après vingt ans. Que se passe-t-il ensuite? Nous ne le savons pas.

- Ces interventions ne sont-elles pas efficaces pour lutter contre le diabète?
- On observe une rémission du diabète chez 72% des patients après deux ans. Mais après dix ans, ce chiffre tombe à 36%. Avec une approche traditionnelle, les patients perdant 5,6 kilos voient leur risque de diabète diminuer de 58%. Même une petite perte de poids améliore significativement et durablement la santé physique et psychique. Elle permet aussi de diminuer la dépression et l’anxiété qui sont à l’origine des troubles alimentaires.

- Dix ans de rémission, ce n’est pas déjà quelque chose?
- N’oublions pas les effets secondaires d’une intervention. Les personnes obèses sont dépendantes de la nourriture, qui est une source de plaisir. Si celle-ci est supprimée d’un coup, sans préparation, les patients risquent de ne pas trouver de compensation. Le taux de suicide augmente. L’alcoolisme aussi, car si elles ne peuvent plus autant manger, ces personnes peuvent boire.

- Le meilleur moyen n’est-il pas de combiner ces approches?
- C’est pour cela que pour obtenir le remboursement de son opération, un patient doit avoir essayé des traitements traditionnels sous surveillance médicale durant deux ans au minimum. Le SMB remet en cause cette règle que l’Asemo défend. Ces deux ans permettent d’anticiper un changement de comportement. (24 heures)

Créé: 01.03.2017, 12h31

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