Genève
Le froid fait sa première victime en Suisse
L’homme âgé de 31?ans avait pour habitude de dormir dans le camp des Indignés du parc des Bastions. Sa dernière nuit fut celle du 29 janvier, quand des membres du mouvement contestataire l’ont retrouvé inanimé «devant les tentes du parc», disent-ils. «Dans les toilettes», corrige le conseiller administratif Rémy Pagani. Sa mort ravive les tensions au sein du gouvernement de la Ville.
Il est une heure du matin lorsque les secours arrivent. Transporté aux HUG, l’homme décède dans la journée, comme nous l’avons révélé hier sur notre site Internet tdg.ch . Selon nos informations, il aurait consommé «des substances» ainsi qu’une forte dose d’alcool. Un mélange qui peut devenir mortel lorsqu’il est accompagné d’hypothermie.
Rupture de collégialité
Xavier, un Indigné proche de la victime, précise qu’«il n’était pas intégré au campement. Il venait juste pour la nuit car il n’avait nulle part où aller». La victime? «Un ancien forain connu pour avoir eu des problèmes sociaux, relève Stéphane, un Indigné de la première heure. Toxicomane, il avait fait plusieurs tentatives de suicide. Nous l’avions déjà redirigé vers les institutions. Il a fait trois mois à Belle-Idée puis est revenu au camp.»
Un camp qui avait déjà divisé le Conseil administratif de la Ville lorsque le magistrat libéral-radical Pierre Maudet s’était fendu d’une rupture de collégialité en se dessaisissant du dossier le 30 novembre. «Je ne réponds plus de rien en cas d’incident», avait-il déclaré, sans savoir que le temps lui donnerait tragiquement raison. Note urgente de Maudet
Dimanche 29 janvier, c’est Rémy Pagani qui a eu vent en premier du décès. Il en a fait part à ses collègues le mercredi suivant, jour de séance du Conseil administratif. Aucune décision n’a alors été prise. En fin de semaine, c’était au tour de Pierre Maudet d’envoyer une note urgente aux autres magistrats, demandant l’évacuation immédiate du campement. Une lettre restée sans suite. Interpellé, le magistrat de tutelle du dossier des Indignés, Rémy Pagani, ne décolère pas: «Moi-même ancien assistant social, j’ai déjà eu affaire avec des toxicomanes. Je peux vous dire que cette mort n’a rien à voir avec le camp des Indignés!» L’élu estime avoir fait «son boulot» en tant que médiateur. «La note urgente de mon collègue n’est que de la provocation, un coup de force!»
Aujourd’hui, la question est pourtant sur toutes les lèvres: le drame aurait-il été évité si la Ville avait exigé le démantèlement du camp? Et surtout, pourquoi n’a-t-elle pas procédé à son évacuation immédiate après avoir appris le décès du trentenaire? Des questions que ne manqueront pas de poser les élus municipaux à leurs magistrats. (24 heures)
Créé: 06.02.2012, 16h32








