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Mobilité

Le permis séduit de moins en moins les jeunes adultes

Par Clémentine Prodolliet . Mis à jour le 02.08.2012 9 Commentaires

Avoir son «bleu» n’est plus un must chez les 18-24 ans. Beaucoup dénoncent la cherté des démarches à entreprendre et préfèrent prendre les transports en commun

Environ vingt-cinq heures de conduite avec un moniteur sont requises pour passer son permis en Suisse.

Environ vingt-cinq heures de conduite avec un moniteur sont requises pour passer son permis en Suisse.
Image: Odile Meylan

En chiffres

L’an passé, 143 606 Suisses et Suissesses ont tenté l’examen théorique nécessaire pour passer ensuite l’examen pratique, selon l’Association des Services des automobiles (ASA). Un peu plus de 99 000 d’entre eux l’ont réussi, soit un taux de 69,3%, toutes tentatives confondues. Une proportion qui a légèrement augmenté depuis 2005. (52,9%).

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Décrocher son permis de conduire, symbole incontournable du passage à l’âge adulte? De moins en moins. Les 18-24 ans sont aujourd’hui nombreux à dédaigner le «bleu».

La raison: les jeunes citadins n’en sont plus vraiment tributaires et la route qui mène à l’obtention du Saint-Graal est désormais semée d’embûches, surtout financières.

Le recul du nombre de titulaires de permis parmi les 18-24 ans est spectaculaire. Alors qu’ils étaient encore 71% en 1994, ils n’étaient plus que 59% en 2010. Cette baisse va de pair avec une hausse du nombre d’abonnements généraux CFF chez les jeunes adultes. C’est ce qui ressort de l’enquête «Microrecensement mobilité et transports» réalisée par l’Office fédéral de la statistique (OFS) et l’Office fédéral du développement territorial (ARE).

Selon l’OFS, la tendance ne se constate pas au niveau du permis deux-roues: moins cher, moins difficile à obtenir, il est aussi plus pratique lorsqu’on circule en ville. Elle ne concerne pas non plus les autres catégories d’âge.

Toujours plus cher
Mais alors pourquoi les jeunes snobent-ils le permis? De l’avis de plusieurs professionnels, le développement du réseau de transports publics, l’introduction de nouveaux cours obligatoires et le coût toujours plus important de l’apprentissage de la conduite sont autant de bonnes raisons pour les jeunes de renoncer à passer leur permis dès l’âge de 18 ans.

Sans compter un fond de conscience écologique, dans l’air du temps. «La mobilité en général a changé. Aujourd’hui, si les jeunes arrivent à s’organiser sans véhicule, ils le font volontiers. D’autant plus que le permis est très onéreux», explique Jean-Bernard Chassot, directeur de la Fédération romande des écoles de conduite (FREC).

3800 francs en moyenne
Le site de l’Association Transports et Environnement (ATE) a fait le calcul: en Suisse, le précieux sésame coûte en moyenne 3800 francs, en tenant compte de vingt-cinq heures de leçons de conduite facturées 90 francs de l’heure. Ce chiffre n’est valable qu’à condition que l’élève passe les deux examens (théorique et pratique) du premier coup.

Sinon la facture prend vite l’ascenseur. Le permis représente donc un investissement considérable pour des jeunes étudiants ou apprentis. D’autant plus que l’introduction du permis «à l’essai» ou formule «2 phases» en 2005 n’a pas arrangé les choses: deux journées de formation doivent être effectuées dans les trois ans après l’obtention du «bleu», pour la modique somme de 700 francs…

Sans surprise, vivre sans permis, et surtout sans voiture, est une tendance qui concerne en priorité les étudiants résidant en milieu urbain, toujours plus nombreux. Mais pour beaucoup, ce n’est que partie remise: «De plus en plus de jeunes des villes font leur permis à partir de 25 ans, se rendant compte qu’ils en ont besoin pour accéder à un emploi», remarque Pierre-André Tombez, vice-président de l’Association suisse des moniteurs de conduite (ASMC).

D’autres raisons, plus sociologiques, pourraient expliquer ce désintérêt progressif pour l’automobile. «Aujourd’hui, les jeunes ont une perception plus pragmatique de la voiture: ils l’utilisent quand ils en ont besoin, constate Gerhard Tubandt, porte-parole de l’ATE. Alors qu’à mon époque, elle était un symbole de statut social et de liberté individuelle. Son attrait était surtout lié à des émotions. Aujourd’hui, les jeunes associent l’innovation et le progrès à d’autres thèmes: internet, smartphone, etc.», poursuit-il. Constat partagé par Pierre-André Tombez. «La voiture n’est plus aussi culte qu’il y a vingt ans. A l’époque, les jeunes n’avaient qu’elle pour sortir et faire des rencontres. Aujourd’hui, ils ont internet.»


Anahi Zolecio, 21 ans, étudiante en Lettres, Neuchâtel
«Le permis n’est absolument pas une priorité pour moi. La procédure est trop compliquée, trop longue et trop chère. Puisque je n’habite pas tout près de chez mes parents, je ne pourrais ni m’entraîner à la conduite, ni disposer d’une voiture pour faire mes trajets. J’étudie à Neuchâtel mais suis domiciliée dans le canton de Vaud, alors la procédure est encore plus compliquée pour moi. Pour l’instant, j’ai l’abonnement général, je préfère donc profiter de cette possibilité plutôt que de perdre de l’argent dans le permis. Finalement, je trouve que le système n’est pas du tout adapté aux jeunes qui veulent passer leur permis à partir de 18 ans. Selon moi, il serait judicieux d’accorder des prêts aux jeunes qui souhaitent passer le permis et surtout aux étudiants. Sans une telle aide, je trouve totalement normal que des jeunes ne le passent pas.»


Raffaele Pracchi, 24 ans, étudiant en anthropologie et sociologie, Fribourg
Pour moi le permis de conduire a été un véritable parcours du combattant. Je l’ai passé en 2007. Je devais encore faire les cours «2-phases» dans les trois ans pour obtenir mon permis définitif. Mais durant cette période j’ai complètement zappé ces cours. J’ai donc dû tout recommencer à zéro. J’étais vraiment dégoûté. Comme j’étudie à Fribourg mais suis résident à Genève, la procédure a été longue: j’ai dû demander des autorisations, faire la navette entre les deux villes. Et j’ai plusieurs fois dû payer 50 francs pour un vulgaire papier, je trouve ça scandaleux! Du coup le permis m’a coûté encore plus cher. Et les employés du Service des autos ne sont pas du tout arrangeants. Je n’avais vraiment pas le sentiment d’être aidé. Au total, mon permis m’a coûté plus de 6000 francs. Le prix est totalement rédhibitoire quand on hésite à passer cet examen.


Vincent Buhagiar, 20 ans, étudiant à l’école de commerce, La Croix-de-Roson (GE)
Comme je viens de la campagne, j’ai voulu passer mon permis très vite. Personnellement, j’ai eu beaucoup de chance, je l’ai eu en cadeau pour mes 18 ans. Mais je trouve que par rapport à d’autres pays, le permis coûte excessivement cher, surtout pour un étudiant! Je comprends pourquoi certains jeunes ne le passent pas. J’ai des amis qui sont bloqués par son coût. Chaque fois que je me rendais au Service des autos, il manquait un papier. Le système n’est vraiment pas adéquat. Je trouverais plus intelligent et plus productif d’instaurer un minimum d’heures de conduites avec un moniteur et de supprimer les cours 2-phases. Je les ai jugés plutôt inutiles et vraiment coûteux. C’était un peu du remplissage de crâne. J’ai juste trouvé intéressant d’apprendre que je pouvais économiser un litre au cent sans rouler moins vite, en adoptant la conduite écolo! (24 heures)

Créé: 02.08.2012, 07h13

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9 Commentaires

Pierre-André GIACOMETTI

02.08.2012, 09:06 Heures
Signaler un abus 20 Recommandation 2

Et dire qu'en 1977, année de mes 18 ans, il suffisait de quelques heures d'auto-école à 30 francs et de répondre à 10 questions pour la théorie. + des cours samaritains. Pas de retrait de permis en 35 ans. Les conditions actuelles pour les jeunes sont beaucoup trop sévères avec des prix exhorbitants pour toutes les nombreuses démarches à accomplir qui dit on viseraient à la sécurité !! Répondre


Rainbird Archer

02.08.2012, 17:33 Heures
Signaler un abus 8 Recommandation 0

Et le plus amusant c'est de voir les Français débarquer en Suisse avec un permis au rabais, en se parquant n'importe comment et avoir une conduite approximative. Il faut aussi savoir qu'un véhicule homologué en France ne passerait pas nécessairement l'homologation en Suisse mais ils peuvent circuler ici avec. Bref ici c'est toujours plus difficile mais nous laissons entrer tout le monde. Répondre



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