Les CFF, la Poste et RUAG doivent corriger les revenus de leur boss

Entreprises publiquesLe Conseil fédéral veut limiter la part variable des revenus des dirigeants. Qui est touché? Nous avons fait le calcul.

Image: Philippe Fornay

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Depuis le succès de l’initiative sur les rémunérations abusives, la grogne populaire contre les salaires des dirigeants d’entreprise n’est pas vraiment retombée. Le sujet reste chaud et il s’est étendu aux patrons des grandes entreprises publiques. Ces derniers ne gagnent pas des millions mais ils ont vu leur revenu exploser ces dernières années. Face aux critiques, le Conseil fédéral a décidé de serrer (un peu) la vis. A la fin 2016, il a renforcé ce qu’il appelle le «pilotage des rémunérations des cadres du plus haut niveau» dans les entreprises proches de la Confédération.

Sont particulièrement visées: La Poste, les CFF, RUAG et Skyguide. Ainsi les assemblées générales de ces entreprises auront la compétence de fixer chaque année à l’avance une limite supérieure pour la rémunération des membres de la direction. Le Gouvernement édicte déjà une règle: la part variable du salaire ne devra pas dépasser 50% de la part fixe.

Nous avons donc fait le calcul (voir tableau ci-contre). Trois grandes entreprises sortent des clous: la société d’armements RUAG, les CFF et La Poste. La première explose le critère du Conseil fédéral. La part variable de son patron Urs Breitmeier se monte à 108% du salaire fixe. Comment RUAG va-t-elle réagir?

«Il y a plusieurs scénarios en discussion. Mais rien n’est encore tranché»

Va-t-elle par exemple baisser à 50% le salaire variable du CEO et donc diminuer fortement sa rémunération globale? Cela serait étonnant. Va-t-elle augmenter fortement la part fixe et diminuer la part variable afin d’arriver au même montant global de rémunération? Cela semble plus probable.

Interrogée sur ces questions, l’entreprise ne dévoile pas ses cartes. «Il y a plusieurs scénarios en discussion. Mais rien n’est encore tranché», explique le porte-parole Jiri Paukert. Il assure cependant que «RUAG a pris en compte les exigences du Conseil fédéral et s’y conformera».

Du côté de La Poste, on est un peu au-dessus de la norme (53,6%). Mais on n’est guère plus disert sur la question. Lors de l’apéro de Noël du géant jaune à Berne, la directrice Susanne Ruoff nous a déclaré: «Pour mon salaire, demandez au président du conseil d’administration.» Ce que nous avons fait puisqu’il participait aux réjouissances au Café Einstein. Mais impossible d’obtenir la nouvelle formule magique salariale. Urs Schwaller, qui vient d’arriver à la présidence, lâche simplement qu’une commission va examiner la question.

Annexes généreuses

Restent les CFF. Là, ce n’est pas tant la part variable du salaire d’Andreas Meyer qui pose problème. Avec un pourcentage de 56,8% pour le salaire variable, l’entreprise va pouvoir ramener sans heurt la rémunération dans les clous. En revanche, les prestations annexes posent un problème plus épineux. Le Conseil fédéral exige que ces dernières ne dépassent pas 10% du salaire fixe. Or, en la matière, le patron des CFF crève le plafond. Il reçoit 116 600 francs de prestations annexes, soit près de 20% du salaire fixe.

Comment se fait-il que l’on arrive à un montant pareil pour des revenus annexes? La différence vient du gros coup de pouce de l’entreprise pour la prévoyance professionnelle de Meyer. Elle lui verse 60 000 fr. par an pour une prévoyance surobligatoire.

Cette somme s'ajoute au volume de cotisations normales de prévoyance déjà versées par l’employeur qui se monte à 156 000 francs annuels. Outre les frais de représentation (25 000 fr.), Meyer jouit encore d’un abonnement familial de première classe pour lui, sa femme et ses trois enfants d’une valeur de 11 800 fr.

Que vont faire les CFF? «Notre conseil d’administration en discute actuellement étroitement avec la Confédération», répond la porte-parole Donatella Del Vecchio. Elle ajoute que «les prestations reçues par les membres de la direction des CFF sont définies selon des critères transparents et clairs».

Et que ces derniers «sont adaptés et équitables, en plus de répondre au marché». Pourquoi le patron des CFF touche-t-il 60 000 fr. pour une prévoyance surobligatoire, ce qu’on ne retrouve pas chez les autres dirigeants des ex-régies publiques? «Ce type de prestations annexes était déjà versé à Benedikt Weibel, le prédécesseur de M. Meyer». (24 heures)

Créé: 09.01.2017, 06h59

Pas de plafonds pour les rémunérations

Le Conseil fédéral se refuse à fixer lui-même le moindre plafond pour les rémunérations des dirigeants des grandes entreprises publiques. Il reste persuadé que ce serait dommageable pour le recrutement des «tops shots». L’argument? Si un patron de La Poste ou des CFF ne peut pas gagner plus que 500 000 francs annuels, les plus compétents ne postuleront pas. Les vrais cracks préféreront gagner deux à trois fois plus dans le privé.

Le Gouvernement n’a pas dévié de cette ligne depuis le début du millénaire. En 2001, le conseiller national genevois Patrice Mugny (Verts/GE) demandait déjà qu’on fixe comme plafond le salaire d’un conseiller fédéral. Le Gouvernement avait dit non. Il avait cependant promis de faire toute la lumière sur les revenus et les prestations annexes des dirigeants des entités publiques. Ce en quoi il a tenu parole. Chaque année, la Confédération publie le détail des revenus des présidents et directeurs ainsi que la somme globale perçue par les membres du conseil d’administration ou de la direction.

Détail amusant? Le Conseil fédéral estimait en 2001 que la publication transparente de ces rémunérations augmenterait «la pression exercée sur les entreprises pour qu’elles suivent une ligne acceptable du point de vue politique». Cette modération salariale est restée un vœu pieux. La transparence est là mais les rémunérations se sont envolées.

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