Les employés redoutent la fin des «jours heureux»

Nations UniesLes fonctionnaires de l'ONU à Genève, qui sont les mieux payés au monde, décrient une baisse de salaire de 7,5%.

Le Palais des Nations à Genève.

Le Palais des Nations à Genève. Image: Keystone

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Sur la longue liste d'employés confrontés à une baisse de salaire, le personnel des Nations unies à Genève a peu de chance de s'attirer beaucoup de sympathie, les employés de l'ONU étant par contrat les fonctionnaires les mieux payés au monde.

Leur salaire non imposable est souvent complété par de multiples avantages, dont des allocations pour le logement, la couverture médicale, le conjoint et les enfants, y compris des bourses scolaires et universitaires qui couvrent 75% des frais jusqu'à la licence.

Ainsi, un employé avec 3 enfants et 10 ans d'expérience au sein de l'ONU peut recevoir par an 147.000 dollars (132.000 euros), allocations comprises.

Une baisse de salaire de 7,5%, qui doit entrer en vigueur en août pour les employés de l'ONU basés à Genève, a déclenché une opposition ferme et suscité des interrogations plus larges sur l'avenir de l'ONU dans un contexte de pressions financières croissantes.

Même avant l'arrivée au pouvoir du président américain Donald Trump, grand critique de l'organisation, des donateurs majeurs avaient demandé à l'ONU de se serrer la ceinture.

Certains opposants de la baisse de salaire à Genève estiment que la géopolitique a probablement influé sur cette décision.

«Je pense qu'il s'agit peut-être d'une anticipation de coupes venant des Etats-Unis (qui contribuent pour environ un quart des dépenses de l'ONU, NDLR) et peut-être d'une volonté de montrer au Congrès américain qu'elle (l'ONU) avait entendu certaines des critiques», a commenté Edward Patrick Flaherty, avocat à Genève spécialisé dans les procès contre les organisations internationales comme les Nations unies.

Perte d'un mois de salaire

Me Flaherty, qui a indiqué qu'il allait défendre le personnel si l'affaire était portée devant le tribunal, a suggéré à l'ONU de moins gaspiller plutôt que de tailler dans les salaires de ses employés.

«Il y a tellement de gaspillage dans le système des Nations unies (...) et probablement d'abus», a-t-il dit à l'AFP.

La réduction de salaire a été recommandée par la Commission de la fonction publique internationale, un organe nommé par l'Assemblée générale de l'ONU pour gérer le personnel de l'organisation.

La Commission a estimé que bien que Genève soit une ville extrêmement chère, l'ajustement du coût de la vie accordé aux employés de l'ONU était excessif et injuste par rapport aux autres bureaux des Nations unies dans le monde.

Les syndicats ont rejeté cet argument et envisagé plusieurs moyens d'action, dont la grève. «Nous parlons de presque un mois (de salaire perdu) dans l'une des villes les plus chères du monde», a déclaré Ian Richards, qui dirige le syndicat du personnel de l'ONU à Genève.

Comme Me Flaherty, il pense que la demande de coupe salariale est probablement venue de certains Etats membres, plutôt que de l'ONU.

Mais il suggère que Genève pourrait avoir été la première victime en raison de tensions avec le quartier général à New York. «Il y a cette envie d'attaquer le siège francophone», a confié M. Richards à l'AFP.

La fin des 'jours heureux'?

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, basé à New York, s'est opposé à la réduction, tout comme le chef de l'ONU à Genève, Michael Moller, et les responsables de toutes les agences basées en Suisse.

Mais même si cette décision est amendée, tout le monde s'accorde à penser que les dépenses de l'ONU vont être rognées, malgré la hausse du coût des opérations à l'étranger.

Dans une interview avec l'AFP fin 2016, M. Moller a qualifié l'ONU et ses généreuses allocations de «dernier système social-démocrate au monde».

Mais «si nos voisins ne reçoivent pas les mêmes compensations, combien d'années pouvons-nous encore continuer ainsi?», a-t-il demandé, en faisant référence notamment aux autres fonctionnaires travaillant à Genève.

M. Guterres, qui a pris ses fonctions en janvier, a promis une large réforme de l'ONU, mais n'a pas encore dévoilé ses plans.

Alors qu'il dirigeait le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) à Genève, M. Guterres avait fait des économies en déplaçant une partie du personnel administratif vers Budapest.

Me Flaherty reconnait que les nouvelles recrues risquent de ne pas bénéficier des mêmes avantages que leurs prédécesseurs. «Pour eux, vous pouvez dire que 'les jours heureux sont terminés'». (afp/nxp)

Créé: 16.05.2017, 14h14

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