Les hôpitaux neuchâtelois vont être placés aux soins intensifs

SantéLe conseil d'administration de HNE a démissionné en bloc. Le Conseil d'Etat promet qu'il fera tout pour respecter la volonté populaire. Un appel au dialogue est lancé.

L’Hôpital de La Chaux-de-Fonds devrait recevoir des missions qui lui avaient été ôtées.

L’Hôpital de La Chaux-de-Fonds devrait recevoir des missions qui lui avaient été ôtées. Image: Keystone

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Trois jours après la foudre et la tempête, c’est l’état d’urgence à Neuchâtel. Le Conseil d’Etat se met au chevet de ses hôpitaux placés aux soins intensifs. Car dimanche les Neuchâtelois lui ont infligé un sérieux revers en jetant aux oubliettes sa réforme hospitalière. Mercredi, le gouvernement a signalé sa volonté de traiter vite la crise ainsi ouverte. «Nous voulons tout faire pour respecter la volonté populaire dans les meilleurs délais», a assuré le ministre de la Santé, Laurent Kurth, face à la presse.

Le Conseil d’Etat accepte la démission en bloc du conseil d’administration de l’entité Hôpital neuchâtelois (HNE), qui chapeaute six sites dans le canton. L’équipe de pilotage a pris une décision intègre: elle estime ne pas pouvoir mettre en œuvre le modèle hospitalier validé dans les urnes, qu’elle-même combattait depuis deux ans au nom d’une tout autre stratégie.

Les vainqueurs de dimanche avaient d’ailleurs aussitôt réclamé que place nette soit faite à la tête de HNE. Ce sacrifice ouvre symboliquement la voie au dialogue que le Conseil d’Etat veut rétablir avec les initiants dont le texte a été approuvé. Hostiles à la concentration des soins aigus dans la ville de Neuchâtel, ils réclament l’exploitation de deux hôpitaux de soins aigus autonomes, objectif désormais inscrit dans la Constitution.

Habitants pas entendus

Porte-parole des vainqueurs, le Dr Claude-André Moser applaudit au nouveau climat: «Depuis trois ans, l’attachement des habitants des Montagnes à leur hôpital de proximité à La Chaux-de-Fonds a été systématiquement nié. Nous n’étions jamais entendus, nos avis étaient toujours écartés. Notre légitimité à participer à une solution durable est désormais reconnue.»

Les Exécutifs de La Chaux-de-Fonds et du Locle, qui ont engagé de gros moyens pour combattre la concentration des soins aigus à Neuchâtel voulue par le Canton, sont renvoyés à leurs responsabilités. Le Conseil d’Etat veut les rencontrer la semaine prochaine pour les impliquer. Leur contribution à la cohésion cantonale est souhaitée. Le Conseil d’Etat mentionne au passage que la participation financière des communes et de la région à l’origine de la nouvelle donne sera envisagée.

Les points à traiter pour remplir les objectifs de l’initiative sont nombreux. Gouvernance des hôpitaux, contrats de travail avec le personnel, sort des services médicaux unifiés mais qu’il faudra séparer, cadre financier: la liste donne une idée du chantier titanesque que le Conseil d’Etat ouvre pour les deux ans à venir. Un groupe de travail sera créé pour déblayer le terrain. Cette cellule de crise sera présidée par une personnalité à désigner. Ce sera le premier test de la volonté constructive des deux camps. Il faudra s’entendre sur une figure consensuelle, à l’autorité incontestée, capable de dépasser le clivage entre le Bas et le Haut, et si possible à l’aise avec la matière hospitalière. Mercredi soir, il était aussi question que la présidente du conseil d’administration de HNE, Pauline de Vos, reçoive un mandat temporaire. Du côté de l’Etat et du gouvernement, on se félicite de son travail et on voudrait profiter de sa connaissance intime de l’entreprise pour maîtriser la transition.

La place du privé

Le redéploiement de soins aigus à l’Hôpital de La Chaux-de-Fonds dans l’ampleur réclamée par les initiants posera sans doute la question d’un partenariat avec le secteur privé. Le groupe GSMN exploite la Clinique de Montbrillant dans la cité horlogère. Son président, Raymond Loretan, déclarait hier sur RTS-La Première sa disponibilité pour discuter, tout en restant vague. Claude-André Moser veut croire que l’hôpital et la clinique pourraient se partager les servitudes d’un service d’urgences ouvert 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 à La Chaux-de-Fonds.


Les urgences, une priorité

La question des urgences chirurgicales garanties en permanence va vite se poser. Les initiants voient cette prestation comme une offre de base d’un hôpital de proximité. Mais les conditions fixées par les sociétés médicales pour l’accréditation d’un service formant des médecins urgentistes resteront inatteignables à La Chaux-de-Fonds, pronostique le médecin-chef du Département des urgences de HNE, Vincent Della Santa. Sans cette accréditation, les médecins prêts à s’engager seront rares. D’autres services spécialisés, depuis peu fusionnés, sont dans la même incertitude. L’objectif de les redéployer à La Chaux-de-Fonds pourrait buter sur le veto des médecins.

Le groupe de travail devra échafauder un nouveau consensus. Un projet de loi sera formulé. Les moyens à investir et à consacrer à l’exploitation des deux hôpitaux de soins aigus devront faire l’objet de décrets. Des référendums pourront chaque fois être lancés. C’est dire si les obstacles seront nombreux. (24 heures)

Créé: 16.02.2017, 07h32

La concentration judiciaire contestée

Une nouvelle votation pourrait encore raviver les tensions régionalistes dans le canton: la construction d’un hôtel judiciaire à La Chaux-de-Fonds. Neuchâtel a en effet décidé de supprimer les différentes circonscriptions judiciaires. Le futur bâtiment devrait donc réunir dès 2020 le Tribunal de première instance, le Ministère public, ainsi que le secrétariat. Mais cette concentration est contestée, notamment par des avocats du Bas du canton, qui ont lancé un référendum. Leur texte a fait mouche: près de 9000 signatures ont été déposées mercredi à la Chancellerie cantonale, soit près du double de ce qui est nécessaire.

Les opposants dénoncent ce qu’ils qualifient de «nouvelle lubie du Conseil d’Etat». Pour eux, le projet devisé à près de 50 millions de francs est indéfendable au vu de la situation financière du Canton. Et surtout inutile pour le fonctionnement de la justice.

«S’il y a un domaine dans lequel la concentration n’a aucun sens, c’est bien celui-là. La justice ne sera pas mieux rendue si on réunit tous les juges dans un seul bâtiment, plutôt que deux, l’un dans le Haut et l’autre dans le Bas», explique Michel Bise, président du comité référendaire. Et d’estimer qu’il serait plus judicieux d’augmenter le budget de la justice de quelques centaines de milliers de francs.

Le comité estime que le regroupement dans le Haut priverait deux tiers des justiciables d’une justice de proximité. Et il balaie la question du rééquilibrage régional des investissements. A ses yeux, La Chaux-de-Fonds n’en retirerait aucun avantage, si ce n’est le prestige.

Les partisans de l’hôtel judiciaire refusent, eux, de parler de concentration de la justice. Mais ils évoquent une réorganisation des locaux aujourd’hui insalubres. «Nous devons enfin nous doter d’un Palais de Justice digne de ce nom», avance Freddy Rumo, porte-parole du PDC neuchâtelois. La campagne pourrait être vive. Les Neuchâtelois devront se prononcer d’ici à six mois.

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