Pourquoi les médicaments sont si chers

SantéLes marges des grossistes en Suisse seraient excessives. Galenica, leader du secteur, prospère.

Algifor est commercialisé par la société Galenica.

Algifor est commercialisé par la société Galenica. Image: Keystone

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Les différences peuvent être de taille. En Suisse, le Dafalgan Odis 500 mg (16 pièces de 500 mg) coûte 8,60 francs. Le Doliprane, son équivalent en France – où il serait le médicament le plus utilisé – s’écoule pour 1,12 euro (12 pièces de 500 mg). L’Algifor-L forte (400 mg, 10 pièces): 9,90 francs, contre 2,50 euros pour son jumeau dans l’Hexagone, Advil. Le sérum physiologique Nivea Baby (24 x 5 ml), bien connu des jeunes parents? 9,50 francs sur la pharmacie en ligne Zur Rose. En France, on l’achète 1,69 euro chez LaSante.net avec plus de doses (30 x 5 ml). Anti-Brumm forte, l’antimoustique réputé auprès des voyageurs en Suisse, coûte lui deux fois plus cher que son cousin de l’autre côté de la frontière.

Algifor, Anti-Brumm forte, ces marques sont commercialisées par une société bernoise moins connue du public, Galenica. Une histoire à succès pourtant: ses ventes croissent régulièrement et vite, elles qui ont presque doublé en une décennie (lire ci-contre). Le groupe ne se contente pas d’être le grand fournisseur de médicaments en Suisse, à travers son entité Galenica Santé. Le leader helvétique des médicaments en vente libre a également acquis en février les droits de commercialisation de Merfen et Vita-Merfen, un désinfectant et une pommade cicatrisante qu’on ne présente plus. L’entreprise crée aussi des remèdes par le biais de sa division Vifor Pharma – qui possède un site de production de 200 employés à Genève. Et il peut compter sur un réseau grandissant de pharmacies: outre Amavita et Sunstore, l’entreprise possède en partie Coop Vitality.

Le poids des lobbies

Firme pharmaceutique? Grossiste? Mais aussi pharmacien? D’aucuns y voient une plus-value évidente, d’autres une situation malsaine. Monsieur Prix dénonce régulièrement les tarifs des médicaments en Suisse. En août, il soulignait encore que pour accéder à ces traitements il faut souvent payer deux fois plus que dans les pays voisins. La faîtière des assureurs, SantéSuisse, et la Fédération romande des consommateurs (FRC) dénoncent aussi des prix. «Ces différences sont d’autant plus agaçantes pour les assurés qui, pour être remboursés, doivent acheter en Suisse», selon Joy Demeulemeester, responsable santé à la FRC. Seule Interpharma, l’association des fabricants, estime que les disparités sont négligeables.

Dans une récente étude, SantéSuisse relève que si les marges des grossistes, pharmaciens et médecins étaient ajustées par rapport à celles des pays voisins, 458 millions de francs seraient économisés par an. «Il faut contrôler les marges de façon plus stricte, surtout qu’en Suisse les fabricants sont en position de force pour imposer des prix élevés», indique Andreas Schiesser, chef de projet Médicaments chez SantéSuisse. La loi prévoit que la marge d’un grossiste se situe entre 4% à 6%, pour un médicament de 100 francs. «Avec cela, le grossiste doit payer le stockage, les risques de capital et de dommages, assurer la distribution, les salaires», souligne une porte-parole de Galenica. Pour une substance proposée à 2570 francs ou plus, la marge est plafonnée à 240 francs.

Dans l’industrie, on relève en outre que le marché suisse – restreint, multilingue, réglementé – engendrerait des coûts fixes importants.

Génériques trop rares

Selon Andreas Schiesser, la puissance des lobbies de l’industrie à Berne explique davantage l’îlot de cherté helvétique, alors que la taille des entreprises pharmaceutiques les met en position de force. Seuls les fabricants sont autorisés à faire recours en justice contre les décisions de l’Office fédéral de la santé publique. La haute instance fixe les tarifs des médicaments selon plusieurs critères: efficacité, économicité, utilité, prix à l’étranger ou présence de remèdes similaires.

La part des génériques est faible en Suisse, ce qui exacerbe les prix, et la différence de tarifs avec leurs grands frères brevetés tend à être plus basse qu’à l’international. Le surveillant des prix estime qu’entre 300 et 800 millions de francs par an seraient économisés si les préparations ayant le même principe actif n’étaient remboursées qu’à hauteur du prix du générique le meilleur marché.

Les prix des substances paramédicales – comme le sérum physiologique ou l’Anti-Brumm – ne sont eux pas réglementés, une libre concurrence qui peut engendrer des différences plus spectaculaires encore selon les marchés. (24 heures)

Créé: 15.03.2017, 08h21

Scission prévue

Galenica doit se scinder en deux entités au 2e trimestre. Le groupe bernois va introduire à la Bourse suisse son entité Galenica Santé, spécialisée dans la fourniture aux pharmacies et aux hôpitaux, sous le nom de Galenica. Le groupe actuel adoptera celui de Vifor Pharma. Des décisions stratégiques, en partie liées aux investisseurs, expliquent cette décision, selon une porte-parole. «La séparation permettra aux deux entreprises de se développer de manière plus ciblée et elle donnera aux investisseurs l’opportunité de détenir des entités séparées», indique-t-elle. Le groupe occupe près de 700 employés à Genève et 1500 sur sol vaudois. R.ET.

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