Prison à vie et internement ordinaire pour Fabrice A.

VerdictLe meurtrier d'Adeline M. est reconnu coupable d'assassinat, de séquestration, de contrainte sexuelle et de vol.

Fabrice Roch, président du Tribunal criminel, rend son verdict.

Fabrice Roch, président du Tribunal criminel, rend son verdict. Image: Dessin Patrick Tondeux

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Prison à vie et internement ordinaire, c'est la peine et la mesure prononcées, ce mercredi, par le Tribunal criminel à l'encontre de Fabrice A. Les juges ont écarté, l'internement à vie. Pourquoi? «Aucun collège d'experts n'a conclu que Fabrice A. était inaccessible à un traitement sa vie durant», a expliqué le tribunal dans son jugement oral. Les conditions de l'internement à vie ne sont donc, à ses yeux, pas remplies.

Il est vrai que les quatre experts-psychiatres entendus durant le procès ont indiqué que Fabrice A. était certes dangereux et incurable en l'état actuel des connaissances scientifiques, mais aucun n'a pu affirmer qu'il ne serait jamais amendable. Des traitements sont peut-être susceptibles d'apporter des changements favorables dans sa personnalité à très long terme.

Un décès lent et particulièrement stressant
L'homme a fait preuve de «froideur et de lâcheté» en tranchant «sans hésitation, avec un couteau de chasse» la gorge d'Adeline ce 12 septembre 2013, disent les juges qui soulignent la blessure de 18 cm et demi infligée à la jeune sociothérapeute de la Pâquerette. Fabrice A. l'a condamnée à «un décès lent et particulièrement stressant». Sa manière d'agir est «monstrueuse». Jusqu'à la dernière minute, il a bercé sa victime de faux espoirs, en l'assurant qu'il ne la violerait pas alors qu'il savait qu'il allait la tuer. «Il a agi avec perfidie».

«Il a assouvi son fantasme d'égorgement, de domination et de toute puissance». Il a d'ailleurs admis sa jouissance à l'idée d'avoir le pouvoir de vie et de mort sur un être humain. Il voulait savoir ce qu'on pouvait ressentir en ôtant la vie à une personne. Et il a choisi Adeline alors qu'il n'avait jamais eu à souffrir d'elle. «Elle était la gentillesse incarnée», souligne le tribunal. «Elle lui avait tendu la main, lui avait apporté aide et soutien». Ce qui rend son acte «particulièrement odieux».

Les juges estiment que l'assassinat était prémédité. «Tout son esprit était tourné depuis des mois vers le projet de la tuer». Fabrice A. a très vite fait le lien entre Adeline et son ex-copine polonaise. La première lui a rappelé la seconde. Du coup, le deuxième but, tuer Adeline, est venu «telescoper» le but initial qui était de fuir en Pologne pour retrouver son ex polonaise et se venger d'elle. Il s'est excité lui-même, dans sa cellule, en vue d'assassiner la jeune sociothérapeute. En visionnant en boucle la scène d'égorgement dans le film «Braveheart». «Il s'est imaginé en train d'égorger Adeline. Le fantasme s'est construit avec elle. C'était bien elle qui devait être la victime».

«Il a avancé ses pions petit à petit»
Même si Fabrice A. n'a pas planifié son action dans le moindre détail, «étape par étape», même s'il en a rajouté, par la suite, dans son récit aux psychiatres pour se rendre intéressant, la préméditation ne fait aucun doute aux yeux du tribunal. Il ne savait pas à quel moment exactement il allait tuer Adeline, mais il savait qu'il le ferait. Dans ce but «il a avancé ses pions petit à petit». Notamment depuis la Pâquerette, en trompant son monde, en changeant sa commande chez Victorinox. Le cure pied équestre s'est ainsi transformé en couteau de chasse dans le cadre «du projet funeste qu'il nourrissait à l'encontre d'Adeline».

Les juges notent les similitudes avec les viols de 1999 et de 2001 perpétrés sous la menace d'un couteau. Fabrice A. a tout fait pour se retrouver en 2013 dans la même situation de domination. Il a voulu reproduire la scène d'égorgement de «Braveheart», avec une femme attachée à un arbre. «Il ne s'est pas laissé ébranlé par l'horreur de son geste, il a fait preuve du sang-froid qui caractérise les assassins».

Sa responsabilité pénale est pleine et entière. Le tribunal ne retient aucune diminution, contrairement à ce qu'avaient avancé les experts psychiatres suisses. «Il s'en est pris à une jeune mère de famille qui lui voulait du bien. Ce qui rend le sacrifice d'Adeline insupportable» Les juges soulignent qu'il aurait pu réfréner ses pulsions. «Il lui était loisible de ne pas passer à l'acte mais il a préféreré cacher ses pulsions à ses thérapeutes». Des regrets de façade
Pour le tribunal, Fabrice A. n'a pas tout dit sur ce qui s'était passé ce jour-là. Des éléments restent inexpliqués, comme l'écharpe imbibée de sang retrouvée sur les lieux du drame. C'est un homme «froid», qui ne présente que «des regrets de façade». Il n'endosse pas sa responsabilité et rejette la faute sur les autres, notamment sur le fonctionnement de la Pâquerette. Il n'y a pas de prise de conscience. Ses antécédent sont très lourds, «extraordinaires». Le fait d'avoir voulu, depuis sa prison polonaise, monnayer les derniers mots d'Adeline au journal Le Blick pour pouvoir s'acheter des victuailles à l'épicerie de l'établissement carcéral «apparaît abjecte».

Le risque de récidive est très élevé, on peut craindre qu'il ne commette de nouveaux actes du même genre. Mais compte tenu du verdict des quatre experts-psychiatres qui n'excluent pas une amélioration de cet homme sur le long terme, il est impossible de prononcer un internement à vie. Ce sera donc un internement classique et une peine de prison à vie pour l'assassin d'Adeline.

La semaine dernière, le procureur général, Olivier Jornot, avait requis la prison à vie et l'internement à vie à l'encontre de Fabrice A. En soulignant que si «un miracle» devait arriver et que la dangerosité du prévenu devait diminuer drastiquement, même une mesure à vie pourrait être levée.

Me Yann Arnold, à la défense, s'était opposé à cette peine et à cette mesure jugée extrême: «On n'a pas le droit de dire que Fabrice A. restera toujours enfermé dans sa monstruosité.» Il avait rappelé que selon l'une des expertises psychiatriques (celle des experts suisses) la responsabilité pénale de son client était très légèrement à légèrement diminuée au moment de l'acte, ce qui devait atténuer sa peine et exclure la prison à vie. Quant à la qualification d'assassinat et au sujet d'une mesure d'internement ordinaire, l'avocat laissait au Tribunal criminel le soin de trancher.

Rappelons qu'il s'agit du second procès de Fabrice A. Le premier avait été interrompu au mois d'octobre, suite à des tensions entre les experts-psychiatres français, le procureur général, l'avocat des plaignants et le tribunal. A la surprise générale, les juges avaient pris la décision d'annuler l'expertise des médecins français. Mais quelques mois plus tard, ces mêmes juges étaient récusés par la Chambre pénale de recours (CPR) – décision exceptionnelle – pour avoir donné «une apparence de prévention», autrement dit pour avoir semblé peu objectif dans cette affaire. Le 15 mai le procès avait repris à zéro. (24 heures)

Créé: 24.05.2017, 17h51

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