«Race for Water» part pour cinq ans d'odyssée contre le plastique

EcologieLe catamaran solaire est parti ce dimanche pour un tour du monde exceptionnel, entièrement tracté par des énergies renouvelables.

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Planté sur un étrange pont tapissé de panneaux solaires, cheveux au vent, Olivier «Bunny» Rouvillois affiche un sourire radieux. «Jamais je n’aurais cru fouler un jour ce sol-là, s’extasie l’intendant du navire Race for Water. C’est un sentiment incroyable, unique.» Olivier Rouvillois fait de grands signes d’adieux à la nuée de petits bateaux qui gravitent autour de l’immense catamaran pour fêter son départ. Le voici parti pour cinq ans d’aventures.

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Dimanche, le bateau de la fondation suisse Race for Water est parti de Lorient, en Bretagne, pour rejoindre Madère, première étape d’un tour du monde composé d’une vingtaine d’escales: son équipe jettera l’ancre à Hamilton à l’occasion de l’America’s Cup cet été, aux JO de Tokyo en 2020 ou encore aux Emirats arabes unis en 2021, date de l’Exposition universelle à Dubaï.

«Notre drôle de bateau va attirer du monde.»

Le catamaran, spécialement apprêté pour sa mission, est unique au monde: il fonctionne sans énergies fossiles, uniquement propulsé par le vent, l’eau et le soleil. Son pont, recouvert de panneaux solaires, porte également des réservoirs à hydrogène ainsi qu’une grande voile (lire ci-dessous). L’ensemble lui donne un petit air de vaisseau du futur. «Notre drôle de bateau va attirer du monde: la presse, les décideurs, les habitants de nos escales, prédit Marco Simeoni, président de la fondation et initiateur du projet. C’est le but: nous voulons non seulement faire la démonstration concrète de la transition énergétique, mais aussi faire passer notre message sur les déchets plastiques.»

Race for Water est avant tout une course après le temps, explique l’entrepreneur vaudois. La fondation lutte contre la pollution au plastique qui envahit nos océans et s’y accumule toujours plus au fil des ans. Dans la cabine du spacieux bateau, une petite exposition présente de tristes chiffres: chaque jour, pas moins de 20 000 tonnes de plastique sont déversées dans les mers. Une quantité qui ne cesse d’augmenter et constitue une catastrophe pour la faune et la flore marine. Selon les estimations, il y aura en 2050 davantage de bouteilles en plastique dans la mer que de poissons.

Soupe de déchets
Les occupants du bord se relayeront au fil des mois. L’équipage sera en permanence composé de cinq marins et de sept scientifiques. L’équipe de Ricardo Beiras, coordinateur du projet scientifique Ephemare, effectuera aussi un tournus. Les chercheurs de ce projet européen réunissant plus de vingt pays réaliseront des analyses sur l’impact toxicologique des microplastiques sur les écosystèmes marins. «L’image des continents de déchets est fausse. C’est vrai que les courants ont tendance à les rassembler au milieu de la mer, mais il faut plutôt parler de soupe, car il s’agit de tout petits déchets.»

Impossible donc de les récupérer facilement, et ce d’autant plus qu’une fois coulés en bas des profondeurs marines, nul ne sait ce qu’il advient des rebuts. «La matière plastique en soi n’est pas dangereuse. Par contre, pour coller des parties ensemble, les producteurs utilisent des composants qui peuvent être toxiques, explique Ricardo Beiras. Or, personne n’a réellement examiné l’impact réel sur la faune et la flore, en particulier les planctons.» Une question cruciale: ces derniers représentent près de 50% de la matière organique produite sur notre planète.

L’énergie plastique
Race for Water a ainsi adopté une philosophie d'anticipation. «Nous sommes tous portés par la même conviction: nettoyer les océans de leurs déchets plastiques est une tâche utopique, tant d’un point de vue pratique qu’économique, déclare Serge Pittet, directeur de la fondation. Il faut donc agir en amont.» Pour éviter que le plastique se retrouve à l’eau, il faut évidemment sensibiliser les populations et les encourager au ramassage. Mais pas uniquement: dans notre monde, une activité devient rarement pérenne si elle n’est pas économiquement profitable.

C’est là qu’un autre aspect innovant du projet entre en scène. Le bateau présentera aux quatre coins de la planète l’invention de l’entreprise partenaire française ETIA, qui a développé une machine capable de transformer le plastique en énergie. «Le principe est somme toute assez simple, souligne son directeur général, Olivier Lepez. Le plastique est un matériau à fort potentiel énergétique. Le déchet est chauffé à 800 degrés – sans oxygène, car on ne veut pas qu’il brûle. Ce procédé conduit à l’obtention d’un gaz de synthèse principalement composé de méthane et d’hydrogène, qui peut ensuite être converti en électricité.»

Rendre profitables les déchets
Actuellement en phase de test, l’appareil, qui tient dans un conteneur, est destiné à la commercialisation. «Dans de nombreuses villes, des personnes sont payées pour récolter l’aluminium, le verre, le carton ou encore le PET afin que des infrastructures les prennent en charge. Les plastiques ne sont pas ramassés car ils n’ont aucune valeur marchande. Voilà notre solution: donner une rentabilité aux déchets plastiques», conclut Marco Simeoni.

En cinq ans, le bateau Race for Water va ainsi passer deux ans en mer et trois en escales. Juste avant le départ, une foule joyeuse de curieux s’amasse sur le quai. Prêts à embarquer, les marins du futur enlacent leurs proches. Quelques larmes s’échappent de ceux qui restent à terre. Certains partent quelques semaines, d’autres plusieurs mois. La première grande traversée aura lieu dans quelques jours. Après Madère, Race for Water mettra le cap sur les Bermudes: une traversée qui durera trois semaines. L’équipage ne semble guère inquiet, à un détail près. «On n’a pas de cuisinier, relève en plaisantant Edouard Kessi, grand navigateur et membre temporaire de l’équipage. On va se relayer, mais je sens que c’est moi qui vais m’y coller. Il faut que ce soit bon, sinon cela ne va pas aller!» (24 heures)

Créé: 09.04.2017, 11h56

Le «couteau suisse du navire d’exploration»

En réalité, «Race for Water» a déjà fait le tour du globe, sous le nom de Planet Solar. De 2010 à 2012, l’explorateur neuchâtelois Raphaël Domjan a accompli la prouesse de mener son catamaran sur plus de 60'000 km, uniquement poussé par de l’énergie solaire. Gérard d’Aboville, capitaine de Race for Water, menait déjà la barre de «Planet Solar». «Il y a quinze ans, le projet paraissait complètement insensé, raconte le navigateur. Un entrepreneur allemand a tout de même accepté de nous financer, à une condition: une fois sa mission terminée, le bateau devrait connaître une seconde vie.»

En 2015, Raphaël Domjan lègue donc son esquif à Marco Simeoni, qui décide d’aller plus loin. En plus de son pont recouvert de 500 m2 de panneaux solaires, le bateau est désormais équipé de 25 réservoirs à hydrogène et d’une voile à traction de 40 m2. «C’est le couteau suisse du navire d’exploration!» s’exclame Gérard d’Aboville. Le bateau est effectivement devenu le premier modèle au monde à propulsion hybride solaire-éolien-hydrogène. Le catamaran est désormais doté d’un système qui permet de dessaler puis de convertir l’eau de mer en hydrogène. Un gaz qui possède un avantage non négligeable sur l’énergie solaire: il se conserve bien plus facilement et longtemps. L’énergie solaire produite par le bateau lorsqu’il est à quai, parfois pendant de longues périodes, est donc aussi convertie en hydrogène. Développée par l’entreprise suisse Swiss Hydrogen, la technologie permet d’obtenir six heures d’autonomie du bateau.

La grande voile hissée à l’avant du catamaran permet quant à elle d’éteindre les moteurs lorsque les conditions le permettent. «Il s’agit d’une voile de kite, qui vole en décrivant un huit, explique l’un des développeurs du concept, Stephan Wrage. C’est lorsque la voile se retrouve dans le creux du huit que le vent est le plus puissant.» A tel point qu’elle est capable de tracter toute seule les 120 tonnes du bateau. «Cela a déjà fonctionné sur des bateaux plus gros encore. Nous sommes habitués à équiper des cargos», souligne encore Stephan Wrage.

Comment apprend-on à piloter un navire pareil? Le directeur technique du navire, Jean-Marc Normant, aborde le défi avec sérénité. «Il n’y a pas de formation pour conduire un tel engin. Mais il est très lourd, ça devrait donc être simple.»

Galerie photo

Race for Water, un bateau contre la pollution des océans

Race for Water, un bateau contre la pollution des océans Le catamaran suisse Race for Water (anciennement Planet Solar) entame une odyssée de cinq ans afin d'étudier la pollution des océans par le plastique et sensibiliser la population.

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