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Santé

Surmenés, les toubibs sont au bord de la crise de nerfs

Par Marie Nicollier. Mis à jour le 02.03.2012 41 Commentaires

Les cas de burnout se multiplient dans la profession, conduisant parfois au suicide. Un médecin généraliste sur trois est touché. Des Vaudois témoignent

Coprésidente de l’Association Médecins de famille Vaud, le Dr Hedi Decrey Wick estime que le phénomène s’est aggravé ces dernières années. Elle mise sur la prévention.

Coprésidente de l’Association Médecins de famille Vaud, le Dr Hedi Decrey Wick estime que le phénomène s’est aggravé ces dernières années. Elle mise sur la prévention.
Image: Gérard Bosshard

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On pousse la porte de leur cabinet quand ça va mal. Sans se douter que de l’autre côté du bureau, face au patient, les blouses blanches n’en mènent parfois pas large. Horaire à rallonge, sollicitations incessantes, pression des caisses maladie, système de santé en perpétuel chamboulement… L’épuisement mine la profession, conduisant certains médecins au suicide. En première ligne: les docteurs exerçant seuls, en périphérie.

«Il y a trop de burnout», confirme Karim Boubaker, médecin cantonal. En 2005 déjà, une étude nationale révélait qu’un généraliste sur trois était victime de cette pathologie du travail. «Je pense que le phénomène s’est aggravé ces dernières années», estime Hedi Decrey Wick, coprésidente de l’association Médecins de famille Vaud. La Société vaudoise de médecine – qui consacrait récemment un dossier au phénomène dans sa revue Le?Courrier du médecin vaudois – s’apprête à sonder l’ampleur des dégâts dans le canton. «Les rangs se dégarnissent; des gens disparaissent de la circulation sans prévenir. C’est un problème très inquiétant qu’il faut traiter sur la durée», réagit le secrétaire général, Pierre-André Repond.

Le syndrome d’épuisement professionnel, Pierre* et Vincent* connaissent. Les deux médecins vaudois racontent, sous couvert d’anonymat, la dégringolade. «S’efforcer de répondre à chaque demande, prendre sur soi tous les soucis, accompagner, pendant ses vacances, un patient jusqu’à son décès… Je me sentais valorisé parce que j’étais demandé et je ne savais pas – ne voulais pas? – dire non», se souvient Vincent. Le praticien s’engage à fond, y compris dans la politique professionnelle. «Une griserie s’est installée. Le sommeil a manqué. Les réveils précoces étaient mis à profit pour répondre aux e-mails, les week-ends pour rattraper le retard administratif et rédiger les rapports médicaux. Je crois que ce qui m’a déstabilisé a été de percevoir des messages négatifs de la part de collègues. J’ai été envahi par l’anxiété et j’ai perdu confiance en moi.»

Des refus difficiles

L’accumulation de «petites choses» a aussi eu raison du moral de son confrère Pierre. «C’est le principe des tranches de saucisson: une petite en plus chaque fois. Rapidement, la surcharge s’installe. Dans ce métier passionnant, il y a des demandes continues. On veut aider, bien faire. Et on a donc de la peine à dire non. Non, je ne prends plus de patients, non, je ne peux pas vous aider maintenant. Tout à coup, le mur m’est tombé sur la figure.»

Après six ans de pratique couplée à des projets universitaires et l’acceptation de fonctions annexes, la machine s’enraie. «Une mauvaise nouvelle dans ma vie privée a fait déborder le vase. Je faisais des choses inhabituelles, comme engueuler un patient, pleurer tout seul dans ma voiture ou passer une nuit à faire un travail que j’aurais pu achever bien plus vite. On a l’impression terrible que chaque chose est une montagne infranchissable.»

Poussés à bout, les deux praticiens ferment leur consultation pendant plusieurs mois, la mort dans l’âme. «Heureusement que je me suis soigné, relève Pierre. Je ne sais pas dans quel état je serais aujourd’hui sans cela. Ni même si je serais encore là.»

La charge de travail n’est pas seule en cause dans ces témoignages. «Les chicaneries administratives sont de plus en plus pesantes et perfides dans les propos et la manière, raconte Pierre. Ce sont des sous-entendus, des mises en doute, des critiques au sujet de la médecine. Or il n’y a pas de vérité dans ce domaine, il y a une gestion de l’incertitude. Cette incertitude et notre engagement auprès des patients sont bousculés par des personnes qui ne comprennent pas notre métier, comme des administrateurs d’assurances.»

La profession serait-elle particulièrement exposée au burnout? «Enormément de facteurs font que ce métier présente plus de risques de surmenage physique et psychologique que d’autres, estime Karim Boubaker. Les médecins de premier recours ne comptent pas leurs heures. Et ça ne s’améliore pas avec la pénurie de soignants. Ce métier confronte aussi à la misère humaine, à la maladie, à la mort. Ce ne sont pas des études universitaires qui peuvent vous préparer à tout cela.»

A ces éléments s’ajoutent la complexité du système de tarification TarMed, les avancées scientifiques permanentes et les procédures de contrôles des coûts de la santé. «La charge administrative imposée a augmenté, confirme Hedi Decrey Wick, coprésidente de l’association Médecins de famille Vaud. Il faut absolument tout justifier aux caisses maladie.»

Sujet tabou

Autre facteur d’abattement: l’image écornée de la profession. «Le médecin est plus exposé, critiqué, développe Hedi Decrey Wick. Autrefois, il retirait davantage de son investissement.» Le docteur est tombé de son piédestal; sa chute a laissé des stigmates. «La non-reconnaissance croissante de notre engagement par la population, les politiques, le système et les médias nous dévalorise», appuie Pierre. Même refrain chez le Dr Michael Peltenburg, directeur du programme de soutien aux médecins ReMed (lire ci-dessous). «Notre travail est moins estimé, c’est très subtil mais ça se sent. Un exemple: avant, l’AI suivait les propositions du généraliste. Plus aujourd’hui. On peut comparer ce dernier à une femme de ménage. Il met en ordre ce qui ne va pas dans le système de santé, mais il n’est pas reconnu pour son travail.»

Même si les langues se délient, le tabou du docteur malade subsiste. Consulter un collègue pour un burnout sonne encore souvent comme un aveu d’échec. «Ces situations pourraient être détectées avant, mais les médecins n’en parlent pas parce qu’ils ressentent probablement une certaine honte, réagit Karim Boubaker. Ils sont habitués à prendre des décisions importantes mais pas à demander de l’aide.» La difficulté de trouver un remplaçant est un autre frein au traitement.

Le canton de Vaud compte sur son partenariat avec la Société vaudoise de médecine pour soulager la profession. Karim Boubaker précise: «En tentant de réduire les problèmes administratifs et d’améliorer l’organisation des gardes, par exemple, nous voulons leur permettre de s’occuper davantage des patients.»

* Prénoms d’emprunt.


Ligne d’urgence pour médecins sous pression

Les docteurs à bout de souffle peuvent s’adresser à ReMed. Projet pilote en 2007, le réseau de soutien de la Fédération des médecins suisses est actif depuis un an dans l’ensemble du pays. Une centaine de personnes ont composé le numéro de la permanence téléphonique l’année dernière.

«Il y a beaucoup de situations d’épuisement, rapporte le Dr Michael Peltenburg, directeur du programme. Mais ce qui nous a surpris, ce sont les nombreux appels de jeunes travaillant dans les hôpitaux, surtout des femmes. Des gens en crise qui se demandent ce qu’ils font là et si c’est réellement leur voie.» Le généraliste a vu des collègues sombrer dans la dépression, la drogue ou la psychose. «On est avant tout là pour écouter. Puis analyser avec le médecin les possibilités de se faire soigner et de trouver un remplaçant.»

Côté prévention, l’Association Médecins de famille Vaud mise sur le dialogue. «Ils ont tout à gagner à intégrer des cercles de professionnels, tout particulièrement ceux qui exercent seuls, réagit Hedi Decrey Wick, coprésidente. Cela permet d’échanger sur des situations qui nous tracassent.» Le 16 février dernier, la structure organisait une journée ski de fond «anti- burnout» au Mollendruz. Une vingtaine de médecins ont répondu à l’appel.

Sortir du cabinet, c’est aussi l’une des recettes du Dr Philippe Vuillemin, député au Grand Conseil. «Tous les médecins devraient avoir une activité annexe. Je donne des cours et je fais de la politique; cette diversification fait que j’ai constamment un air nouveau qui m’oxygène le cerveau.» L’élu conseille encore d’éviter tout conflit avec les caisses maladie en soignant la facturation. «Il y a aussi des médecins très contents de leur sort! conclut-il. C’est mon cas. Si je devais refaire ma vie, je choisirais le même métier.» (24 heures)

Créé: 02.03.2012, 23h08

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41 Commentaires

Jay Lefer

03.03.2012, 00:19 Heures
Signaler un abus 7 Recommandation 0

J'etais etudiant en medecine a Lausanne pendant les annees cinquantes. Quelle difference! La Suisse imite les Etats Unis et le resultat est un catastrophe. Répondre


a. vision

03.03.2012, 07:13 Heures
Signaler un abus 7 Recommandation 0

Je suis surprise de cet article. Car lorsque je vais chez un médecin, quel qu'il soit, il prend une personne tous les 1/4 d'heure ! C'est évidemment un stress psychique pour lui vu qu'il sait très bien qu'en un quart d'heure il ne peut pas écouter la personne, établir un diagnostic, prendre la pression, etc. Donc déjà il faut ESPACER LES R-V à une demi-heure, celui lui laisse le temps de souffler. Répondre



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