Tricheries et concurrence déloyale sur les routes

Poids lourdsDe mauvais chiffres sur la sécurité et les gaz d’échappement des camions étrangers confirment les difficultés la branche.

Alors que les camions suisses contrôlés se sont tous révélés être aux normes, un quart des camions étrangers rejetaient jusqu’à cinq fois plus de dioxyde d’azote qu’autorisé.

Alors que les camions suisses contrôlés se sont tous révélés être aux normes, un quart des camions étrangers rejetaient jusqu’à cinq fois plus de dioxyde d’azote qu’autorisé. Image: Keystone

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En 2015, 17'173 véhicules sur les 34'066 poids lourds contrôlés n’étaient pas conformes aux normes de sécurité. Même bilan en 2013: sur les 31'324 véhicules contrôlés dans les centres de contrôle des poids lourds suisses, 16'554 défauts ont été constatés.

Le Conseil fédéral a donné ces chiffres vendredi passé, en réponse à une interpellation de Mathias Reynard (PS/VS). Le conseiller national a demandé une vue d’ensemble sur la situation après l’introduction en 2013 du concept «Intensification des contrôles des poids lourds» par l’Office fédéral des routes (OFROU). Celui-ci se base sur un principe clair: «Tout ce qui ne répond pas aux normes n’a pas sa place sur la route.»

A cela s’ajoutent les révélations de la télévision alémanique sur une fraude largement répandue des systèmes d’échappement AdBlue manipulés. Un quart des camions étrangers contrôlés rejettent jusqu’à cinq fois plus de dioxyde d’azote qu’un camion normal. Les camions suisses testés se sont montrés tous aux normes.

Cela fait beaucoup en peu de jours pour le public. Mais au sein de la branche, cette réalité semble faire partie du quotidien. David Piras, secrétaire général de l’association des routiers suisses, décrit une situation où l’on ne se bat pas à armes égales. «Les camionneurs suisses ont perdu quasi la totalité du transport à l’étranger au cours de ces dix dernières années. Aujourd’hui, nous ne faisons pratiquement plus que du transport régional», explique David Piras.

Pourquoi? «Parce que nous n’avons pas les mêmes possibilités de tricher!» répond-il en riant. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, David Piras explique que, tant en matière de pollution que de sécurité, les Suisses ont peu de possibilités de tricher, notamment parce que leurs camions sont équipés de systèmes de mesure plus pointus qu’ailleurs.

Ensuite, la concurrence est devenue trop rude, les salaires des chauffeurs étrangers étant nettement inférieurs. S’ajoute à cela la transgression récurrente de l’interdiction de cabotage (ndlr: transport à l’intérieur du pays, réservé aux entreprises indigènes), leur «plus grand problème» selon David Piras.

«En ce moment, ce sont surtout des transporteurs venus de Roumanie qui pratiquent une concurrence déloyale. Ils chargent sur le territoire suisse dans un espace fermé, puis déchargent discrètement en Suisse. C’est très peu contrôlé, seule une police volante peut le repérer. Mais depuis 5-6 ans, les autorités ont clairement relâché leur vigilance de ce côté-là.»

Plutôt que d’aller vers un durcissement, le Conseil fédéral a décidé, en novembre 2016, de baisser la cadence des contrôles des poids lourds circulant exclusivement sur le territoire national à un intervalle de deux ans au lieu d’un an. Pour ce qui est des transporteurs étrangers, il n’entend pas prendre de mesures immédiates.

Dans sa réponse à l’interpellation de Mathias Reynard, il reconnaît que les «contrôles intensifiés des poids lourds garantissent l’amélioration constante de la sécurité routière (…) et permettent d’éviter tout avantage injustifié en faveur du transport routier des marchandises». Deux centres de contrôle du trafic lourd supplémentaires devraient donc voir le jour au sud des Alpes… «au cours des prochaines années», précise-t-il.

Réponse décevante

Les défenseurs de l’environnement espéraient une réponse plus ferme. «Il faut absolument réaliser à quel point les manques sont énormes dans le contrôle des poids lourds, que ce soit au niveau de la sécurité, de la pollution, mais aussi des conditions de travail, martèle Mathias Reynard. Ces camionneurs étrangers sont tellement peu payés qu’ils n’ont pas le temps de s’arrêter pour un café et cumulent un nombre d’heures incroyable.»

Pour le socialiste, non seulement cette réalité pose un problème de sécurité, mais elle représente aussi une concurrence déloyale par rapport aux transporteurs suisses et au rail. Ce dernier, mieux contrôlé, devient donc moins rentable. «Le Conseil fédéral doit enfin mettre en œuvre le concept d’«intensification des contrôles de poids lourds» créé en 2003», conclut l’élu, qui est également membre du comité de l’initiative des Alpes. Il préparera une intervention en ce sens lors de la session de printemps.

Les Verts déposeront également une motion demandant un plan d’action visant à renforcer les contrôles et les sanctions à l’encontre les camions trafiqués. «Il est urgent d’agir, tant pour la santé publique que pour la protection de l’environnement, estime la conseillère nationale Lisa Mazzone (Verts/GE). Nous attendons une réaction forte de la Confédération. Il faut que des ressources conséquentes soient allouées pour augmenter les contrôles. Les centres de contrôles doivent également disposer de davantage de ressources afin de pouvoir procéder aux contrôles de pollution.»

Des mesures que les routiers suisses verraient d’un bon œil. «Non seulement nous ne craignons rien, mais en plus cela pourrait être bénéfique aux affaires! répond David Piras. Cela rétablirait un peu l’équilibre.» (24 heures)

Créé: 21.02.2017, 09h07

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