Trois Tessinois à l’assaut d’un fauteuil de ministre

Succession BurkhalterDix-huit ans après le départ de Flavio Cotti, les Italophones ont une chance historique de placer l’un des leurs au Conseil fédéral. Mais la stratégie pour y parvenir divise.

Agé de 56 ans, Ignazio Cassis est le favori.

Agé de 56 ans, Ignazio Cassis est le favori. Image: DR

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Le compte à rebours a commencé et il fait monter la température au sud des Alpes. Les Tessinois intéressés par la succession de Didier Burkhalter ont jusqu’à lundi pour faire acte de candidature. Le délai a été fixé par la section cantonale du PLR, qui a une chance historique de propulser l’un des siens au Conseil fédéral.

Qui tentera sa chance? Trois noms sont régulièrement cités. Celui d’Ignazio Cassis, président du groupe PLR aux Chambres. Si le conseiller national ne pipe mot sur ses intentions, personne sous la Coupole ne l’imagine décliner l’offre. Face à celui qu’on présente comme le favori, deux personnalités moins connues de la Berne fédérale. Laura Sadis, ancienne conseillère nationale et ancienne conseillère d’Etat, qui affirme être à la disposition de son parti. Autre challenger: Christian Vitta, actuel conseiller d’Etat. Celui qui est aussi l’un des vice-présidents du parti suisse a affiché ses intentions cette semaine.

Dix-huit ans après le départ de Flavio Cotti, les constellations sont des plus favorables pour le retour d’un italophone au gouvernement. Consciente de l’enjeu, la présidence du PLR tessinois s’est très tôt rangée derrière l’idée d’une candidature unique. L’objectif étant de ne pas disperser les voix, ce qui pourrait favoriser l’élection d’un Romand. Une stratégie critiquée depuis.

Vers un ticket à deux?

Avec trois personnalités de valeur, des voix s’élèvent pour que la section propose un ticket à plusieurs. L’option est défendue par certains ténors de la politique au Tessin, à l’image de la vice-présidente du Parti socialiste suisse, Marina Carobbio, ou du conseiller national PDC Marco Romano, mais aussi par des poids lourds alémaniques comme le conseiller national Christian Wasserfallen (BE). Cette variante permettrait d’offrir un véritable choix à l’Assemblée fédérale, à l’heure où les accointances d’Ignazio Cassis avec le monde des assurances provoquent des poussées d’urticaire à gauche.

Quelle stratégie a le plus de chances d’être gagnante? «Compte tenu de la qualité des personnalités en course, les Tessinois peuvent tout à fait se limiter à un seul nom, répond Philippe Nantermod, vice-président du PLR. Mais je peux aussi comprendre que pour maximiser les chances, certains veuillent présenter deux candidats. Les deux options se valent, et ce n’est pas au PLR Suisse de s’immiscer dans une stratégie cantonale.»

Entre ces deux options, l’assemblée du PLR tessinois devra trancher. Elle se réunira le mardi 1er août à Breggia, à l’extrémité sud du canton.


Qui sont cette femme et ces deux hommes pressentis pour représenter la «troisième Suisse»?

Le favori Dès l’annonce surprise de la démission de Didier Burkhalter, c’est vers lui que se sont tournés tous les regards.

Curriculum vitae Agé de 56 ans, Ignazio Cassis est marié et vit à Montagnola. Après des études de médecine à Zurich, il exerce durant 12 ans. Président de Curafutura, l’une des faîtières des assurances-maladie, il a aussi été vice-président de la Fédération des médecins suisses, qu’il a quittée pour divergence de vues. Elu au Conseil national depuis 2007, il préside actuellement le groupe PLR aux Chambres. En 2010, il a annoncé sa candidature pour succéder à Hans-Rudolf Merz, mais n’a pas été retenu sur le ticket.

Points forts Sous la Coupole depuis 10 ans, Ignazio Cassis s’est constitué un important réseau à Berne. En tant que président de groupe, il a pris du galon et est respecté par ses collègues. Il sait habilement tisser des alliances aussi bien avec le PS sur les questions européennes qu’avec l’UDC sur les retraites ou les finances. S’exprimant parfaitement dans les trois langues nationales, le Tessinois est décrit comme un politicien fiable, agréable dans le contact et qui tient parole.

Points faibles Ignazio Cassis traîne ses liens avec les caisses maladie comme un boulet. Pour ses adversaires, il est à la botte des lobbys. On le décrit comme quelqu’un qui aime l’argent et le pouvoir. Sa vision très libérale du domaine de la santé en fait aussi un épouvantail à gauche. Il pourrait payer son attitude très vindicative dans le débat sur la grande réforme des retraites, dont la campagne se déroule en parallèle de la course au Conseil fédéral.

L’alternative C’est l’atout femme. Sa cote monte au fur et à mesure que celle d’Ignazio Cassis descend.

Curriculum vitae Agée de 56 ans, Laura Sadis a fait des études en économie politique. Experte fiscale, elle a travaillé comme consultante. Issue d’une famille de politiciens de Lugano, elle entre au Conseil national en 2003, puis est élue au Conseil d’Etat. Elle y dirige le Département de l’économie et des finances. Alors qu’une réélection lui était promise, elle prend tout le monde de court en 2012 en annonçant son retrait, critiquant un climat politique malsain au Tessin.

Points forts A l’heure où la question de la représentation équitable des sexes au Conseil fédéral revient en force, la candidature de Laura Sadis a l’avantage de remplir deux critères: femme et italophone. Sa personnalité a également de quoi séduire à gauche et au centre. Compétente, on la dit humaniste et on loue son intégrité. Plus radicale que libérale, son profil la place dans la lignée de Didier Burkhalter. Elle a également siégé au conseil de banque de la BNS.

Points faibles Lors de son passage à Berne, Laura Sadis n’a pas marqué les esprits. Son réseau sous la Coupole date et il est lacunaire. Sa brusque démission du gouvernement est perçue par ses adversaires comme une incapacité à gérer les crises et les critiques, elle qui était la cible de la Lega. On rappelle aussi à cet effet ses mésententes avec la présidence du PLR tessinois de l’époque, et son manque de transparence dans sa communication. Son europhilie assumée - elle est au comité du Nomes - lui coûtera des voix à l’UDC.

Le challenger C’est la surprise. Si son nom était évoqué, c’était plutôt dans l’optique d’une prochaine succession.

Curriculum vitae Agé de 44 ans, Christian Vitta est marié et père de trois enfants. Docteur en économie, il a fait ses études à Fribourg, avant de poursuivre une carrière académique à l’Université de la Suisse italienne. Au niveau politique, son parcours l’a mené de la mairie de sa commune de Sant’Antonino au Conseil d’Etat, où il a repris en 2015 le dicastère de l’Economie et des Finances de Laura Sadis.

Points forts A l’image d’Emmanuel Macron en France, Christian Vitta joue la carte «jeune», répétant qu’il n’est pas de la même génération qu’Ignazio Cassis. Vice-président du PLR Suisse, il est également à la tête de la Conférence des cantons alpins, et pourrait compter sur la voie des élus des régions de montagne. Autre avantage, et non des moindres: il n’a rien à perdre. S’il ne devait pas être retenu cette fois, il pourrait retenter sa chance dans une dizaine d’années.

Points faibles Si son côté centriste, consensuel et fédéraliste peut plaire au centre et à la gauche, pas sûr qu’il fasse les affaires de l’UDC, ni d’une majorité du PLR qui préfère le profil plus libéral de son chef de groupe. Sa faible expérience dans un Exécutif cantonal – il n’est conseiller d’Etat que depuis deux ans – joue également en sa défaveur. Il accuse aussi un manque de réseau sous la Coupole, et on critique son peu d’engagement au sein du PLR Suisse, dont il est pourtant vice-président. On parle de lui comme d’un politicien de l’ombre au profil un peu lisse et transparent. (24 heures)

Créé: 08.07.2017, 08h03

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