Un provocateur en visite en Corée du Nord

PortraitOlivier Racine a tiré un livre de son voyage insolite à Pyongyang. Rencontre avec un personnage hors normes.

Olivier Racine, ici dans son appartement lausannois, est connu pour ses voyages extrêmes aux quatre coins du globe.

Olivier Racine, ici dans son appartement lausannois, est connu pour ses voyages extrêmes aux quatre coins du globe. Image: Patrick Martin

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Dans son appartement sis à deux pas du Château d’Ouchy, Olivier Racine s’active en permanence. Il s’assied, puis se lève aussitôt pour remettre de l’eau pour le thé, sort un bibelot, cherche le livre qu’il évoque. Il s’interrompt pour faire une démonstration de ses prouesses avec un didjeridoo – «celle-là, je ne la fais qu’aux femmes: profitez-en», plaisante cet Indiana Jones de 1,92 m au fort accent vaudois. Et quel bagou! Un flot ininterrompu de paroles, déversées avec un débit extrêmement rapide. Ses histoires sont à tiroirs, un épisode appelle inévitablement une digression. Les aventures qui jalonnent ses 54 années d’existence sont aussi innombrables qu’improbables.

Succès en librairie

L’une des plus folles est probablement celle qui fait l’objet de son livre sorti à la fin de 2015, Cervin et Toblerone en Corée du Nord. Edité aux Editions Mon Village, l’ou­vrage connaît un certain succès en librairie, malgré un style d’écriture très oral. En 2012, Olivier Racine, connu pour ses voyages extrêmes aux quatre coins du monde, se met en tête de rencontrer Kim Jong-un. Un pari avec ses collègues de l’assurance-maladie pour laquelle il travaille alors. Quitte à aller jusqu’au bout, autant le faire bien: Olivier Racine décide d’offrir en cadeau au leader nord-coréen un bout de Cervin et un Toblerone. S’ensuit une série d’anecdotes plus rocambolesques les unes que les autres, de l’obtention du visa pour la Corée à l’ascension du Cervin pour récupérer son bout de roche – épopée qui lui vaut au passage une engueulade jusqu’au procès avec son guide valaisan – en passant par la découverte par la douane coréenne des présents destinés à Kim Jong-un. Il finit par recevoir les honneurs du gouvernement nord-coréen et est décoré par le directeur du cabinet ministériel des Affaires étrangères.

Olivier Racine ne se désarçonne pas lorsque ses détracteurs lui reprochent ses pitreries dans un pays bonnet d’âne au niveau des droits humains. «Il s’agit bien sûr d’un régime terrible. Mais personne ne s’offusque des touristes qui se rendent en Chine, en Thaïlande ou en Inde, alors que ces pays ne sont pas tristes non plus, argumente celui qui a vécu plusieurs années en Asie. Un Thaï s’est par exemple fait arrêter début décembre pour crime de lèse-majesté pour s’être moqué du chien du roi. Il est toujours en taule à l’heure actuelle.»

On peut lui objecter que le récit du cadavre ensanglanté qu’il a aperçu dans les rues de Pyongyang témoigne d’un niveau supplémentaire de terreur et d’autoritarisme. Olivier Racine ne le nie pas, mais considère qu’il est allé voir au-delà des faits présentés autant par les autorités coréennes que par l’Occident. Sa méthode? Faire tourner en bourrique ses hôtes. Comme lorsqu’il échappe en courant à la vigilance de sa garde rapprochée. Ou qu’il plaisante avec son guide des camps de travail du régime, qui officiellement n’existent pas. «Je suis allé gratter derrière la façade. En les déstabilisant, j’ai fait tomber le masque, estime le baroudeur. C’est ainsi que l’on parvient à découvrir l’autre.»

«Je flaire les situations»

Ce type est-il fou, mythomane, indécrottable imprudent? «Même si je me trompe parfois, je sens les situations et les limites», assure le provocateur. S’il y a eu la Corée, il y a aussi eu des procès contre ses ex-employeurs UBS et Swatch, une blessure par balle aux Philippines ou encore une rencontre avec Sharon Stone. «Je sais que je peux inspirer de la méfiance, mais j’ai la preuve de tout ce que j’affirme. Il suffit de consulter les archives. S’il m’arrive toutes ces choses, c’est parce que je suis un curieux. Un opportuniste, aussi. Je flaire les situations.»

On peut tout de même soupçonner Olivier Racine de nourrir un certain penchant pour le conflit. Il n’hésite pas à rendre la monnaie lorsqu’il s’estime floué – «mais toujours gentiment». Le philosophe Michel Onfray, qui l’a poussé à écrire son livre, refuse d’en signer la préface? Il lui dédicace l’ouvrage «pour l’embêter». L’auteur Yann Moix, qui lui a promis de l’aider à publier, l’ignore dès son retour à Paris? Olivier Racine dénonce le snobisme du chroniqueur dès qu’il en a l’occasion. «Je me tiens toujours à ce que je dis. J’ai horreur des gens qui n’en font pas autant. Je suis un homme honnête.» Il l’est effectivement lorsqu’il admet que citer ces noms connus sert également à la vente de son livre – «un juste retour de bâton à des personnes qui m’ont pris de haut».

Une véritable anguille. Olivier Racine raconte qu’il est reparti de Corée avec davantage de questions qu’à l’arrivée. On peut dire la même chose de lui après l’avoir rencontré. (24 heures)

Créé: 15.02.2016, 21h41

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