Un restaurant d’un nouveau type met les requérants à la tâche

ValaisAvec ce projet, le Canton veut favoriser l’insertion professionnelle des demandeurs d’asile et les échanges avec les indigènes.

Deux requérantes d’asile servent des boissons lors d’une conférence de presse avant la réouverture du restaurant.

Deux requérantes d’asile servent des boissons lors d’une conférence de presse avant la réouverture du restaurant. Image: KEYSTONE/JEAN-CHRISTOPHE BOTT

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Un restaurant avec des requérants d’asile aux fourneaux et au service en salle. Le concept, inédit en Suisse, sera lancé ce vendredi au rez-de-chaussée du centre de premier accueil des Mayens-de-Chamoson (VS). L’objectif est d’offrir un stage professionnel de trois à six mois à des demandeurs d’asile.

«Il est intéressant qu’un candidat à l’asile (permis N) ou un admis provisoire (livret F) vive de son salaire plutôt que de l’aide sociale. Après sept ans en Suisse, les migrants au chômage sont à la charge des cantons», avance Jérôme Favez, chef du service valaisan de l’Action sociale. Or ils sont souvent les grands absents du marché du travail.

D’où l’intérêt de les former, afin de faciliter une embauche future. «C’est d’autant plus important que les migrants de 2016 sont jeunes et assurés de passer un certain temps en Suisse. Leur origine syrienne, érythréenne ou afghane rend leur renvoi impossible car trop dangereux», note le chef de l’Office valaisan de l’asile, Roger Fontannaz.

Plus que de l’occupation

Les programmes d’occupation ne répondent que partiellement à l’objectif de transition vers le monde du travail. «Ils permettent un train de vie régulier, mais ne confrontent pas suffisamment les demandeurs d’asile aux réalités d’une entreprise. Le rythme n’a rien à voir avec le coup de feu d’un restaurant», image Roger Fontannaz. Les stages dispensés aux Mayens-de-Chamoson permettront à six requérants – trois en cuisine et trois en salle – de se faire une meilleure idée du terrain.

Une fois leur formation terminée, les stagiaires obtiendront une reconnaissance institutionnelle de pratique professionnelle (RIPP). «C’est un papier inférieur à un certificat fédéral de capacité (CFC), car le but n’est pas d’en faire des cuisiniers ou des maîtres d’hôtel, mais plutôt des casseroliers ou des commis. Mais rien n’empêchera les plus motivés de poursuivre leur formation, assure le chef de l’Office de l’asile. Nous collaborons étroitement avec les acteurs de la branche, qui ont en quelque sorte dessiné ces stages de formation, en fonction des besoins de la pratique.»

Pas de concurrence déloyale

En Suisse, les requérants d’asile ont uniquement le droit d’exercer une activité lucrative trois mois après le dépôt de leur demande. Seule une minorité des quatre-vingts résidents du centre des Mayens-de-Chamoson est concernée par cette possibilité. Les six, et peut-être prochainement douze, employés du restaurant étatique travailleront dans un autre contexte: la rémunération de stagiaire qu’ils touchent n’équivaut pas à un salaire d’employé.

Mais pas de quoi voir dans ce restaurant spécial une concurrence déloyale quelconque envers les autres établissements du village ou de la proche station touristique d’Ovronnaz, insistent les autorités communales. «Les prix des plats ne seront pas inférieurs à ceux appliqués par les commerces de la région. Et, de toute manière, un restaurant existait déjà avant la transformation de la colonie Le Temps de Vivre en centre de requérants, rappelle le président de Chamoson, Claude Crittin (PDC). On revient simplement à la situation d’il y a un an.»

Les indigènes et les touristes pourront goûter à des mets traditionnels ou exotiques. «La carte variera régulièrement, en fonction de l’origine du personnel de cuisine», annonce le cuisinier en chef, qui encadre, avec trois collègues, les stagiaires.

La seconde volonté affichée par le Service valaisan de l’action sociale est de faire se rencontrer indigènes et migrants. «Chacun a son idée de l’intégration, pour moi elle commence par le contact», formule la conseillère d’Etat valaisanne chargée de l’asile, Esther Waeber-Kalbermatten (PS). Un point de vue que partage le président de Chamoson. «Beaucoup de craintes avaient été émises à l’annonce de la venue d’un centre de requérants sur le territoire communal. On ne pourra jamais empêcher cette anxiété, mais nous pouvons démontrer par les faits qu’elle n’a pas lieu d’être. En un an, aucun incident n’est à déplorer.» (24 heures)

Créé: 27.07.2016, 06h56

Des actions à Berne et dans les cantons

Faire sortir les migrants de l’aide sociale, qui coûte cher aux collectivités publiques: en Suisse, c’est devenu un objectif prioritaire. «Il faut absolument les former pour qu’ils puissent trouver un travail et être indépendants financièrement», résume le délégué genevois à l’Intégration, Nicolas Roguet.

Dans ce domaine, la pratique varie d’un canton à l’autre et diverses actions sont menées. Des exemples? On peut rappeler que l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM) aide notamment chaque année quelque 360 requérants d’asile ou admis provisoires dans leur recherche d’emploi ou de formation, avec un taux de réussite d’environ 35% en 2015. Ou encore la Ville de Berne, qui a offert, en avril, 140 places d’intégration dans le nettoyage ou la location de vélos.

A plus large échelle, l’Union suisse des paysans (USP) et le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) avaient placé, en 2015, treize réfugiés dans huit exploitations agricoles du pays. Le bilan a été jugé positif en juin, et l’opération se poursuit jusqu’en 2018 au moins. Micarna, filiale viande de Migros, dispense de son côté une formation professionnelle de base à Courtepin (FR) et prochainement à Saint-Gall.

Mais, sur le terrain, la tâche est ardue, en particulier en Suisse romande. Selon les statistiques du SEM, 28,5% des personnes admises provisoirement en Suisse et en âge de travailler étaient actives à fin juin, 22,1% des réfugiés reconnus et 1,6% des requérants. Dans le canton de Vaud, ces chiffres étaient de 20,7%, 14,3% et 1,1%. A Genève, de 16,5%, 8,9% et 3,4%. Parmi les barrières à l’embauche, il y a notamment les difficultés de langue, la concurrence d’autres employés peu qualifiés et les différences culturelles.

Le Conseil fédéral planche aussi sur la question. Un projet, actuellement en consultation, vise à assouplir les conditions d’embauche et à supprimer la retenue de 10% sur le salaire du réfugié.

Aujourd’hui, la Confédération retient ce montant des fiches de paie, à titre de participation aux dépenses consenties durant la procédure d’asile.

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