Un scandale immobilier met le groupe Coop dans l’embarras

Suisse romandeUn vendeur de villas à bas prix risque un an de prison ferme. Des clients floués estiment que la faute incombe au distributeur.

Propriétaire de cette vieille maison à Crésuz (FR), le Genevois Alan Davidson espérait la raser pour y construire une villa écologique vendue par Coop. Il a dû déchanter.

Propriétaire de cette vieille maison à Crésuz (FR), le Genevois Alan Davidson espérait la raser pour y construire une villa écologique vendue par Coop. Il a dû déchanter. Image: Florian Cella

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Une veille bâtisse avec vue sur le Moléson et le château de Gruyères, sur une parcelle de 1300 mètres carrés. En arrivant à Crésuz (FR), ce jour de 2002, Alan Davidson et son épouse ont eu un vrai coup de cœur. Une heure plus tard, l’affaire était conclue, au prix de 150 000 francs. «C’était pour notre retraite, raconte ce Genevois de 59 ans. Il suffisait d’attendre la bonne occasion pour démolir la maison et en construire une neuve. En 2009, j’ai vu dans le magazine de la Coop un article sur des villas Minergie à partir de 300'000 francs. C’est là que nos ennuis ont commencé.»

Le couple Davidson fait partie d’une douzaine de familles romandes dont le rêve de home sweet home a tourné au cauchemar. Des travaux qui tardent à démarrer, des promesses non tenues, des coûts de construction qui explosent: ces clients ont fini par jeter l’éponge, non sans avoir perdu de fortes sommes. «Dans mon cas, cela dépasse 200 000 francs», affirme Olivier de Raedt, un Jurassien d’origine française séduit par cette offre à bas prix. Ecœuré, il a dû revendre le terrain qu’il avait acquis pour profiter de l’aubaine.

Verdict imminent

L’affaire a débouché sur un procès, fin avril, à Fribourg. Sur le banc des accusés, un seul homme: F.G., qui était entre 2010 et 2011 le principal vendeur en Suisse romande des maisons écologiques estampillées Coop. Cet ingénieur de 58 ans risque aujourd’hui 36 mois d’emprisonnement, dont 12 ferme. Selon le Ministère public fribourgeois, il s’est rendu coupable d’escroquerie par métier, de gestion fautive, de concurrence déloyale et de violation du droit à la marque. Le verdict du Tribunal pénal de la Sarine tombera ce lundi 15 mai en fin de journée.

Le groupe Coop, lui, figure au rang des plaignants, aux côtés des familles lésées. Il estime avoir été victime des méthodes peu orthodoxes de F.G., qui auraient provoqué le désastre. Le prévenu officiait à l’époque en tant que représentant du constructeur autrichien Elk, partenaire du grand distributeur bâlois. «Il n’a cessé de mettre en avant le logo et la crédibilité de Coop pour vendre ces maisons, indique la procureure en charge du dossier, Alessia Chocomeli-Lisibach. Il faisait en sorte de recevoir des mandats supplémentaires pour chacune d’elles.»

«Un beau parleur»

Selon l’acte d’accusation, F.G. a soutiré à ses clients des montants importants, prétendument destinés à leurs projets immobiliers. Au moins 301'000 francs auraient atterri sur le compte de sa propre société, pour être utilisés à son profit. Notamment afin de payer le leasing de sa Mercedes… «C’est un beau parleur», confie Alan Davidson, qui lui a versé comme les autres les 10 000 francs exigés pour «gérer l’opération». Le Genevois, informaticien indépendant, a même accepté de s’improviser vendeur, F.G. lui ayant promis une commission sur chaque maison vendue. Sans succès, précise-t-il. Et d’expliquer sa crédulité ainsi: «Comme Coop était derrière tout le processus, je me disais que ce type ne pouvait pas être malhonnête!»

L’image de marque du grand distributeur bâlois semble avoir pesé lourd dans cette affaire. «Jamais je ne me serais engagé dans cette aventure sans cette garantie, insiste Olivier de Raedt. Les plans des architectes portaient le tampon de Coop, tout comme les cartes de visite de F.G. Et quand je suis allé le voir dans son bureau, à Matran, je me suis retrouvé dans un centre commercial Coop! L’arnaque était d’une grande finesse.» A ses yeux, l’ex-vendeur de l’entreprise Elk n’est qu’un lampiste.

Bons de dédommagement

Avocat du prévenu, Me Julien Membrez défend lui aussi la thèse du bouc émissaire. «Mon mandant n’a pas triché. La responsabilité incombe au groupe Coop, qui a mis sur pied tout un système sans avoir les moyens d’assurer la réalisation de ces maisons. D’ailleurs, les procédures initiales le visaient aussi, mais dès qu’il s’est senti acculé, il a dévié les accusations sur le vendeur. Pour la justice, il était largement plus facile de poursuivre mon client.»

Contactée, la direction de Coop se refuse à tout commentaire avant le jugement. Il apparaît cependant qu’elle a admis une partie des critiques: elle a décidé au printemps 2011 de dédommager la plupart des personnes touchées. Une lettre en notre possession fait par exemple état d’un rabais de 11 000 francs sur l’achat de matériel chez Coop Brico-Loisirs, pour solde de tout compte. En l’acceptant, les intéressés renonçaient «irrévocablement à toute action juridique envers Coop».

Alan Davidson et Olivier de Raedt n’ont jamais reçu une telle proposition. Coop leur reprocherait de ne pas avoir respecté certains engagements. Furieux, les deux hommes ont maintenu leur plainte déposée en 2012 contre le groupe bâlois. Elle n’a pas été classée, fait savoir la procureure Chocomeli-Lisibach. «Le verdict attendu lundi est important pour la suite éventuelle à donner à cette affaire», conclut la magistrate. (24 heures)

Créé: 15.05.2017, 08h30

Le prix bondit de 375'000 à 911'000 francs

Avec un prix de lancement de 300 000 francs pour une habitation de quatre pièces et demie (128 m2), l’offre lancée par Coop en 2009 avait de quoi attirer le client. D’autant que ces maisons préfabriquées arboraient le standard Minergie, garant d’une efficacité énergétique optimale. «Tout ce qu’il faut, c’est un terrain, un permis de construire et trois ou quatre mois de patience jusqu’à la remise des clés», vantait le distributeur bâlois. Qui offrait aux intéressés, en prime, un bon de 16 000 francs pour une cuisine et un autre de 10 000 francs pour du matériel d’aménagement intérieur.
Problème: les coûts annexes (honoraires d’architecte, terrassement, taxes de raccordement, etc.) n’étaient pas inclus dans les tarifs de base annoncés. Le devis présenté à la famille Davidson, à Crésuz, a ainsi gonflé de 375 000 à 690 000 francs. Après de nouveaux calculs, il a bondi à 911 000 francs! Les Genevois ont alors arrêté les frais, tout en conservant leur parcelle dans la campagne fribourgeoise.

En mai 2011, la RTS révèle le scandale. Embarrassé par ces «fâcheux incidents», le groupe Coop annonce vouloir trouver une solution à l’amiable avec les clients concernés et son partenaire, la société autrichienne Elk. La justice est néanmoins saisie du dossier.

Le contrat passé avec Elk prévoyait que Coop encaisserait une commission de 7% sur chaque unité vendue en Suisse. Combien de ces villas sont finalement sorties de terre? Impossible de le savoir, pour l’heure, auprès du distributeur. Une chose est sûre: il a cessé depuis lors toute promotion pour de tels objets.

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