[Vidéo] Légal, le cannabis «light» cartonne en Suisse

ChanvreLa vente de chanvre contenant moins de 1% de substance psychoactive explose. Visite en vidéo dans une boutique lausannoise

Vidéo: Romain Michaud


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Marcus Mohler n’avait jamais observé tel engouement en vingt ans d’activité. Etudiants, banquiers, ouvriers, de 18 ou 80 ans, les clients se pressent dans son magasin, qui propose, à Bâle, un assortiment de cigarettes électroniques, cendriers, briquets ou shishas (pipes à eau). Et repartent avec la même chose en poche: du cannabis légal. «Cela fait deux mois que j’en propose et, depuis, ça n’arrête pas, du matin au soir!»

«Cela fait deux mois que j’en propose et, depuis, ça n’arrête pas, du matin au soir!»

Marcus Mohler n’est pas le seul à crouler sous la demande en herbe légale, soit celle qui contient moins de 1% de THC, le principal agent psychoactif de la plante. A ce taux-là, la marijuana ne tombe pas sous le coup de la loi sur les stupéfiants. Outre-Sarine, les enseignes vendant ce cannabis «light» se sont multipliées à toute vitesse depuis l’été dernier, de Zurich à Berne en passant par Appenzell ou les Grisons.

A Lausanne, DrGreen s’est lancé, tout comme Wallis’ Roots, à Conthey (VS). La société genevoise Cannaliz en propose, elle, sous forme liquide pour cigarettes électroniques. L’intérêt est tel que des distributeurs d’articles de kiosque et de produits du tabac rajoutent le produit à leur catalogue.

Pas d’effets psychotropes

Les raisons du succès? Le produit a le goût et l’odeur de la marijuana mais, comme il est pauvre en THC, il n’embrume pas l’esprit. Cela plaît aux fumeurs de joints qui ne peuvent pas se permettre de planer au travail ou qui ont des responsabilités.

La substance fait aussi un carton grâce à sa forte concentration en cannabidiol, ou CBD. La molécule, qui donne désormais son surnom au produit, a un effet relaxant. On lui attribue également de nombreuses vertus thérapeutiques. «Nos clients en achètent pour se détendre, mais aussi contre des migraines, des insomnies et toute une série de problèmes de santé», relate une vendeuse chez Green Passion, à Zurich. Qui précise: «Nous ne pouvons pas donner de conseils médicaux.»

La consigne est la même chez Hanftheke, à Berne. Reste que le magasin ressemble plus à une pharmacie design qu’à un temple du fumeur de joints. Il propose du CBD sous sa forme naturelle, mais aussi en capsules ou en gouttes. Les affaires roulent: en quelques mois, trois nouvelles succursales ont vu le jour en Suisse alémanique. Les patrons lorgnent désormais le marché romand et prospectent à Lausanne, à Genève et à Montreux.

C’est l’arrivée sur le marché, en août dernier, de la marque CPure qui a déclenché cette vague verte. Son fabricant, le schaffhousois Bio-Can, a dû faire preuve de patience avant de se lancer. «La loi permet depuis 2011 de vendre du cannabis contenant moins de 1% de THC, mais la vague répressive du début des années 2000 a laissé des traces, personne n’osait essayer, raconte le directeur, Dario Tobler. Alors quand nous avons contacté les autorités pour leur dire que nous souhaitions commercialiser du cannabis légal, beaucoup n’ont pas su comment nous répondre. On était en terrain vierge. Les démarches ont duré deux ans.» Le feu vert est tombé un jour d’août dernier. Le lendemain, le CPure se trouvait en vente libre dans un magasin près de la gare de Zurich.

La concurrence débarque

Aujourd’hui, Bio-Can approvisionne une vingtaine d’enseignes, tandis que les commandes en ligne de particuliers affluent de tout le pays. La concurrence s’est rapidement aiguisée avec l’arrivée de nouveaux fabricants, outre-Sarine. L’emballage et la teneur en CBD des marques Budz, Hempy ou Sonnenfeld diffèrent, mais toutes vantent un produit 100% suisse et bio. Considérés aux yeux de la loi comme des «succédanés de tabac», ces produits arborent la même mise en garde que celle figurant sur un paquet de cigarettes. Les fabricants sont soumis à l’impôt sur le tabac. Certains se soustraient cependant à ces obligations en vendant la substance comme «matière brute». C’est interdit, a dû préciser l’Administration fédérale des douanes lundi: peu importe leur forme ou leur présentation, tous les produits de cannabis qui peuvent être fumés ou vaporisés sont imposables.

La start-up lausannoise DrGreen n’est pas d’accord avec cette interprétation. Elle va la contester avec d’autres producteurs et revendeurs. «Nous paierons la taxe s’il le faut, mais à notre avis le CBD ne peut pas être classé comme un succédané de tabac, défend Paul, l’un des patrons. Nos clients sont responsables de ce qu’ils font avec le cannabis. Et nous avons été étonnés des différents usages. Certains l’utilisent comme encens, d’autres le préparent en infusion.» De l’hypocrisie, pestent ceux qui s’acquittent de la taxe. «95% des clients en achètent pour le fumer», soutient Dario Tobler, de Bio-Can.

Promesses de guérison interdites

Il n’y a pas que le statut fiscal des produits à base de CBD qui nécessite clarification. Après une phase d’expansion tous azimuts, les autorités veulent cadrer ce marché florissant et dissiper les flous juridiques. L’Office fédéral de la santé, celui de la sécurité alimentaire, Swissmedic et les services sanitaires cantonaux s’apprêtent à publier un aide-mémoire sur les conditions de vente du chanvre CBD. Parmi celles-ci, l’interdiction de faire des promesses de guérison. A l’heure actuelle, Swissmedic n’a autorisé qu’un seul traitement à base de CBD.

L’engouement va-t-il perdurer ou n’est-il que passager? Le prix pourrait jouer un facteur décisif. Celui-ci varie selon la marque et le type d’herbe, mais il tourne en général autour de 10 fr. le gramme. Beaucoup trouvent que c’est cher. Mais il pourrait vite baisser si l’offre continue de se développer au rythme actuel. (24 heures)

Créé: 23.02.2017, 14h50

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«Je ne voulais plus d’effets psychotropes»

Vanessa, Lausannoise d’une vingtaine d’années, était une grosse fumeuse de joints «normaux». Il y a deux mois, elle s’est mise au CBD: «J’adore le cannabis, le goût, l’odeur, mais la teneur en THC n’arrête pas d’augmenter et j’ai l’impression que cela a un effet néfaste sur le cerveau. Depuis des années, je me dis que je voudrais pouvoir en consommer sans subir d’effets psychotropes. C’est le cas avec le CBD qui, en plus, me détend.» Son usage d’herbe légale tient Vanessa éloignée de ses anciennes habitudes. «Il est difficile pour moi de ne pas fumer, socialement. Si je ne fumais pas du CBD, je le remplacerais par du cannabis «normal», voire même des cigarettes.»

Comme c’est le cas pour Vanessa, l’Office fédéral de la santé publique estime que le chanvre CBD pourrait inciter certains fumeurs à réduire leur usage de cannabis illégal. Addiction Suisse, de son côté, reste prudente et rappelle qu’aucune étude n’a encore été menée sur cet impact potentiel. «On ne peut pas dire avec certitude que ce produit aide au sevrage, indique Corine Kibora, porte-parole de l’organisation. Il convient d’observer ce nouveau marché et, dans un avenir proche, d’envisager des enquêtes sur les motivations des clients, ainsi que des études sur les effets à moyen long terme de ce produit. On ne connaît pas encore ceux-ci, même si le risque d’addiction semble faible.»

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