Après leur défaite, les Verts repartent au combat

Sortie du nucléaireLe 27 novembre, les Suisses voteront sur la possibilité de tirer la prise des centrales après quarante-cinq ans d’exploitation.

La centrale nucléaire de Mühleberg à Berne.

La centrale nucléaire de Mühleberg à Berne. Image: Gérald Bosshard

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Les écologistes n’auront pas le temps de reprendre leur souffle. A peine ont-ils terminé, et perdu, la bataille sur l’économie verte qu’ils se relancent dans le combat pour la fermeture de nos centrales nucléaires. Cette deuxième initiative, qu’ils ont lancée après l’accident de Fukushima en 2011, est soumise au peuple le 27 novembre. Son but: limiter la durée d’exploitation de nos installations à quarante-cinq ans. Les Verts, qui sont sortis affaiblis des dernières élections fédérales, doivent miser sur le peuple pour faire avancer leurs idées. Sur ce front, ils ont essuyé un revers le week-end dernier. Comment remobiliser les troupes? «Notre score de dimanche est honorable, relativise la conseillère nationale Lisa Mazzone (GE). Nous avons obtenu un soutien qui dépasse notre base et même celle de la gauche. J’espère que nous gagnerons mais, quoi qu’il arrive, cela n’affaiblira pas nos convictions.»

Le spectre de Fukushima

Si l’économie verte était débattue pour la première fois, le peuple s’est prononcé quatre fois sur le nucléaire depuis 1979. En 1990, quatre ans après la catastrophe de Tchernobyl, il avait notamment soutenu un moratoire à 54,4% mais refusé la sortie du nucléaire à 52,9%. «Depuis, Fukushima a marqué les esprits et montré qu’un tel accident peut survenir de nos jours dans un pays très développé, assure Lisa Mazzone. Cette fois, la peur est de notre côté. Et il y a de quoi avoir peur.»

Il sera donc question de sécurité. Les partisans du changement qualifient nos centrales de «vieil­les casseroles» et notre pays d’EMS pour elles. Ils rappellent que Beznau I, ouverte en 1969, est la doyenne mondiale. «La question est de savoir si l’obligation de fermer les installations après quarante-cinq ans est vraiment plus sûre que la solution actuelle, rétorque Benoît Genecand (PLR/GE). Aujourd’hui, il n’y a pas de limitation, mais une exigence constante de réinvestir dans le contrôle.»

Benoît Genecand, qui a déjà combattu l’initiative pour l’économie verte, remonte lui aussi au front. Et il s’attend à une bataille plus difficile. «Le doute profitera davantage aux initiants», redoute-t-il. La thématique étant connue, Lisa Mazzone espère, elle, que davantage de gens «se feront leur propre opinion», indépendamment de celle de leur parti.

«Cette initiative est une sorte de complément à la Stratégie énergétique 2050»

Si les fronts sont les mêmes que dimanche dernier, les initiants comptent multiplier les intervenants. Des organisations syndicales soutiennent leur proposition et le nucléaire est au cœur du combat de plusieurs ONG comme Greenpeace, dont un représentant est coprésident du comité d’initiative. Chef du groupe socialiste aux Chambres, Roger Nordmann (VD) va s’engager. «Cette initiative est une sorte de complément à la Stratégie énergétique 2050», explique-t-il.

La Stratégie énergétique 2050 devrait être définitivement adoptée par les Chambres vendredi. Elle pourrait encore faire l’objet d’un référendum. Elle prévoit que la Suisse ne construira pas de nouvelle centrale nucléaire, promeut les énergies renouvelables et vise à réduire les émissions de CO2.

En revanche, cette stratégie ne fournit aucun calendrier pour l’arrêt des centrales existantes. Celle de Mühleberg sera fermée en 2019, son exploitant ne la jugeant pas assez rentable. Et les autres? L’initiative, elle, exige de tirer la prise après quarante-cinq ans. Beznau I et II, ouvertes en 1969 et en 1971, seraient immédiatement arrêtées. Gösgen suivrait en 2024 et Leibstadt fermerait la marche en 2029. Précision: Beznau I est provisoirement à l’arrêt depuis un an et demi en raison de défauts du métal de la cuve de pression.

Importer du nucléaire?

Environ 36% de l’électricité produite en Suisse provient des centrales nucléaires. Comment gérer l’approvisionnement sans elles? Cette question ne manquera pas d’alimenter le débat. Selon Benoît Genecand, il n’y a pas, pour l’instant, d’alternative au nucléaire assurant une production régulière de courant. Sa prédiction: «On devra importer du nucléaire de l’étranger.»

Chez Greenpeace, Florian Kasser estime que les potentiels des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique sont amplement suffisants. «Si nous devons malgré tout importer du courant, nous pourrons en acheter du renouvelable. Le pire serait que nos centrales nucléaires soient arrêtées sans que cela ait été programmé, comme c’est le cas actuellement pour Beznau. Il faudrait alors trouver une solution dans l’urgence.» Les Suisses ont jusqu’au 27 novembre pour se faire une opinion. (24 heures)

Créé: 29.09.2016, 17h04

Benoît Genecand Conseiller national (PLR/GE)

«Aujourd’hui, il n’y a pas de limitation, mais une exigence constante de réinvestir dans le contrôle»

Lisa Mazzone Conseillère nationale (Verte/GE)

«Fukushima a marqué les esprits et montré qu’un tel accident peut survenir de nos jours dans un pays très développé»

Roger Nordmann Conseiller national (PS/VD)

«Cette initiative est une sorte de complément à la Stratégie énergétique 2050, où ne figure pas le délai pour la fermeture des centrales»

Florian Kasser Greenpeace

«Le pire serait que nos centrales nucléaires soient arrêtées sans que cela ait été programmé, comme c’est le cas pour Beznau»

Publicité

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

«Roger Moore nous a fait faux bond», paru le 27 mai 2017.
(Image: Valott) Plus...